Bernard Stiegler

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Dans notre série d’été Visions de l’après-crise, La Tribune a interrogé Bernard Stiegler, philosophe et essayiste. Pour cet auteur prolifique, la crise sonne comme la fin de l’”american way of life” et annonce
l’émergence de nouveaux modèles de croissance, comme celui de l’économie contributive.

Comment percevez-vous la crise actuelle ?

La crise que nous connaissons aujourd’hui est beaucoup plus grave qu’une crise économique: c’est la crise d’un modèle, celui du consumérisme, qui atteint aujourd’hui ses limites. Il y a donc rupture.
Mais c’est une rupture lente dont les premiers signes remontent à 1968 avec le malaise de la première génération de consommateurs.
Aujourd’hui, la chute de General Motors démontre ô combien que le monde
a changé – et qu’il ne sera plus comme avant.

Quels sont les ressorts de notre modèle qui ont été distendus, voire brisés ?

Le consumérisme est une forme de capitalisme née de la rencontre du fordisme avec le keynésianisme de Roosevelt, et qui a donné naissance à “l’american way of life”. Contrairement au modèle industriel de la vieille Europe, fondé sur le productivisme, il suppose l’augmentation du pouvoir d’achat des salariés pour les inciter à consommer. C’est le triomphe du marketing: vendre n’importe quoi à n’importe qui. Ce modèle qui détourne tous les désirs du consommateur vers les objets de consommation se développe tout d’abord de manière heureuse – c’est le plein emploi – mais il se transforme rapidement, comme l’avait prédit
Herbert Marcuse, en machine à détruire la libido. Alors règne laconsommation addictive fondée sur la satisfaction immédiate des pulsions. Le résultat est que la société de consommation ne devient
plus productrice de désirs mais de dépendances. C’est un modèle dangereux: le consommateur y devient malheureux comme peut l’être le toxicomane qui dépend de ce qu’il consomme mais déteste ce dont il dépend. D’où une frustration grandissante et des comportements qui inquiètent comme la destruction de la structure familiale, la peur des adultes à l’égard de leurs propres enfants ou une déprime généralisée.

D’autres facteurs peuvent-ils expliquer cette défiance ?

Il s’est effectivement passé beaucoup de choses depuis les années 1970. Le fameux rapport Meadows en 1972, qui avançait la thèse de la non-soutenabilité de notre société de consommation au-delà du XXIe siècle, prend aujourd’hui singulièrement du poids. La révolution conservatrice et la mondialisation ont également changé la nature, non du capitalisme, mais des capitalistes eux-mêmes. L’entrepreneur s’efface au profit du manager soumis à un capitalisme financier ultra-spéculatif qui n’investit plus dans la durée. Cela se traduit par une pression considérable sur les salaires et la création d’artefacts, dont les subprimes ne sont qu’un exemple, pour compenser la baisse du pouvoir d’achat et perpétuer ainsi, de façon artificielle, le modèle consumériste. C’est la convergence de toutes ces tendances lourdes qui expliquent la crise: un capitalisme, auquel les gens ne croient plus, ne peut plus durer.

Un nouveau capitalisme peut-il émerger de cette crise ?

Selon moi, ce qui est en train de disparaître, c’est un monde où il existe d’un côté des producteurs et de l’autre, des consommateurs. D’autres modèles commencent à se développer avec la révolution
numérique. Sur Internet, il n’y a ni des producteurs ni des consommateurs mais des contributeurs. On entre dans la nouvelle logiquede l’économie contributive, qui repose sur des investissements personnels et collectifs et qui crée une autre forme de valeur. Les exemples ne manquent pas, du logiciel libre à Wikipédia. Une récente étude de l’Union européenne pronostique que près d’un tiers de l’activité dans l’économie numérique fonctionnera sur un tel modèle d’ici trois ans. Mais il ne concerne pas uniquement l’informatique, il peut également se décliner dans l’énergie, avec les modèles
décentralisés, la distribution alimentaire ou la mode…

Mais n’est-ce pas simplement un nouveau discours visant à préserver un statu quo ?

Ce discours exprime une pensée au service d’un combat. Car, à l’heure où tout s’écroule, tout est fait pour empêcher le vieux monde et des vieux acteurs de disparaître. Toute la classe politique défend
la consommation même si elle sait bien que cela ne peut pas durer. On essaye de sauver la télévision, qui n’a pas vu venir le numérique, ou les constructeurs automobiles, qui misaient hier encore sur la surpuissance de leurs moteurs ! Mais les choses avancent. Barack Obama a réussi à faire admettre que le modèle américain était révolu et des puissances émergentes comme la Chine savent bien qu’elles ne peuvent pas suivre le modèle occidental d’hyperconsommation, sous peine de faire exploser la planète.

La mutation de nos économies est donc inéluctable…

Le pire des scénarios serait de promouvoir un consumérisme “new look” et peint en vert. Les nouvelles tensions apparaîtraient très vite dans un monde aux ressources finies et le risque de conflits majeurs serait alors extrêmement élevé. C’est pourquoi les États doivent s’engager à accompagner la mutation de nos économies, à promouvoir les externalités positives. Mais toute activité ne peut être monétisable: il faudra imaginer une nouvelle fiscalité, développer de nouveaux indicateurs, inventer de nouvelles formes de rémunération. Bref, bâtir un modèle de vraie croissance contre la mécroissance qu’est le consumérisme.

Bio Express: Philosophe de formation, élève de Jacques Derrida, Bernard Stiegler est un auteur prolifique avec une quinzaine de livres, dont “Réenchanter le monde” et le dernier, “Pour en finir avec la mécroissance”, en collaboration avec Ars Industrialis (www.arsindustrialis.org). Parallèlement, il dirige le département culturel du Centre Georges-Pompidou après avoir exercé des hautes responsabilités à l’INA et à l’Ircam.

La Fondation Bill Gates

Author:  |  Category: Environnement, Santé

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La Fondation Bill Gates investit des milliards dans des industries bien peu philanthropiques… (LA Times)

Voir en ligne : Dark cloud over good works of Gates Foundation

Le capital dont dispose la fondation est supérieur au PIB de deux tiers des pays du monde

Pourquoi l’institution caritative la plus riche du monde est-elle actionnaire de sociétés qui sont à l’origine des fléaux sanitaires et écologiques qu’elle s’est donné pour objectif de combattre ?

D’EBOCHA (NIGERIA) Justice Eta tend son petit pouce.

Une tache d’encre atteste que ce bébé de 14 mois a été immunisé contre la polio et la rougeole, dans le cadre de la campagne de vaccination financée par la Fondation Bill & Melinda Gates au Nigeria.

Mais la polio n’est pas le seul danger qui menace le petit Justice.

Depuis sa naissance ou presque, il présente des troubles respiratoires.

Son entourage dit simplement qu’il “a de la toux, attribuant sa maladie à la fumée et aux retombées de suie des torchères dont les langues de feu lèchent le ciel à 90 mètres au-dessus d’une raffinerie voisine qui appartient au géant pétrolier ENI.

Or l’un des actionnaires de cette société italienne n’est autre que la Fondation Bill & Melinda Gates.

La clinique de fortune où le bébé a été vacciné et les torchères qui dominent la ville symbolisent parfaitement les contradictions de la Fondation Gates.

A la faveur d’une enquête approfondie, nous avons constaté une grande incohérence entre les initiatives caritatives de la fondation et ses placements financiers : chaque année, elle engrange d’importants bénéfices grâce à des investissements qui vont clairement à l’encontre de ses bonnes œuvres.

Selon le Dr Elekwachi Okey, médecin à Ebocha, les centaines de torchères des raffineries du delta du Niger ont déclenché une vague de bronchites parmi les adultes, mais aussi d’asthme et de troubles de la vision chez les enfants.

Aucune étude n’a réellement démontré les effets de ces usines sur la santé, mais nombre des 250 composés toxiques présents dans les fumées et la suie sont depuis longtemps identifiés comme des facteurs de maladies de l’appareil respiratoire et de cancers.

“Ici, nous sommes tous fumeurs, mais personne n’a besoin de cigarettes, ironise le Dr Okey.

Pour les compagnies pétrolières de la région, il revient moins cher de brûler chaque jour près de 28 millions de mètres cubes de gaz – contribuant ainsi au réchauffement climatique – que de le vendre.

Et elles nient tout rapport entre les torchères et les pathologies présentes dans la région.

Sous la pression des militants, la Cour suprême du Nigeria a pourtant enjoint aux exploitants d’éteindre leurs torchères d’ici à mai 2007.

A partir de cette date, le gaz devra être soit réinjecté dans le sous-sol, soit acheminé par camion et gazoduc pour être vendu.

Mais les autorités ne se font pas d’illusions et il y a de fortes chances pour que la combustion se prolonge encore plusieurs années.

La Fondation Gates a consacré 218 millions de dollars à une campagne de vaccination contre la polio et la rougeole menée dans le monde entier, y compris dans le delta du Niger.

Parallèlement, elle a investi 423 millions de dollars dans le capital d’ENI, de Royal Dutch Shell, d’Exxon Mobil, de Chevron et de Total – les compagnies responsables de la plupart des émissions de gaz qui obscurcissent le ciel d’Ebocha, et ce à des niveaux très supérieurs à ceux tolérés aux Etats-Unis ou en Europe.

Les dirigeants locaux accusent aussi le développement de l’industrie du pétrole de favoriser d’autres fléaux combattus par la Fondation Gates.

Les ouvriers et les soldats qui les protègent attirent par exemple la prostitution, contribuant ainsi à une recrudescence du VIH et des grossesses adolescentes.

Et les trous de forage se remplissent d’eaux stagnantes, devenant des foyers de prolifération idéals pour les moustiques qui propagent le paludisme.

A la fin 2005, la Fondation Gates était dotée de 35 milliards de dollars, ce qui en faisait déjà l’institution caritative la plus importante du monde.

Depuis lors, Warren E. Buffett, l’homme le plus riche de la planète (après Bill Gates), s’est engagé – en juin 2006 – à y ajouter progressivement près de 31 milliards de dollars, prélevés sur sa fortune personnelle.

Sans même compter les dizaines de milliards de dollars supplémentaires promis par Gates, le capital dont dispose désormais la fondation est supérieur au produit intérieur brut de près des deux tiers des pays du monde.

Comme la plupart des œuvres philanthropiques, la fondation consacre chaque année au moins 5 % de ses avoirs à des donations afin de bénéficier d’une exonération fiscale.

En 2005, elle a ainsi distribué près de 1,4 milliard de dollars.

Elle subventionne essentiellement des actions sanitaires, des initiatives visant à améliorer l’enseignement public aux Etats-Unis et des programmes d’aide sociale dans la région du Nord-Ouest Pacifique.

Les 95 % restants sont investis.

Ces placements sont gérés par Bill Gates Investments, une structure qui administre également la fortune personnelle du milliardaire.

Selon Monica Harrington, responsable de la stratégie pour la fondation, les gestionnaires ont un seul objectif : dégager une rentabilité “capable d’assurer la pérennité du financement des programmes et des subventions.

Bill et Melinda Gates demandent à ces financiers de diversifier fortement leur portefeuille, mais ne leur donnent aucune directive particulière.

Si l’on se réfère aux données fournies par des cabinets spécialisés dans l’analyse des pratiques des fonds communs de placement, des fonds de retraite, des agences gouvernementales ou des fondations, on constate que la Fondation Gates détient des participations dans un grand nombre d’entreprises qui contreviennent aux normes écologiques, opèrent des discriminations professionnelles, violent les droits des salariés ou développent d’autres pratiques contraires à l’éthique, et ne remplissent donc pas les critères classiques de responsabilité sociale.

Plusieurs centaines de placements réalisés par l’institution – représentant un total d’au moins 8,7 milliards de dollars, soit 41 % de ses actifs (hors titres d’Etat américains ou étrangers) – concernent des entreprises dont l’action contrarie ses objectifs philanthropiques ou ses préoccupations sociales.

D’après Paul Hawken, spécialiste de l’investissement socialement responsable et directeur du groupe de recherche Natural Capital Institute, c’est là le “secret honteux de beaucoup de grandes œuvres caritatives.

“Les fondations subventionnent des organismes qui s’efforcent de construire l’avenir, mais, par leurs investissements, elles hypothèquent cet avenir. Le plus grave, souligne-t-il, n’est pas d’investir dans des sociétés nocives ou peu respectueuses de l’éthique, mais de ne le faire que pour l’argent, sans même chercher à améliorer le mode de fonctionnement de ces entreprises.

Ce genre de stratégie peu scrupuleuse, ajoute Paul Hawken, récompense en réalité les mauvaises pratiques.

A la Fondation Gates, cette politique est garantie par le strict cloisonnement de la branche caritative et de la branche financière.

Les objectifs de la première ne doivent en aucune façon affecter les investissements de la seconde.

Ses responsables ont d’ailleurs récemment annoncé qu’ils envisageaient d’institutionnaliser cette organisation en plaçant leurs actifs dans une structure distincte, le Bill & Melinda Gates Foundation Trust, dont les deux administrateurs seront Bill et Melinda Gates eux-mêmes.

“Nous fonctionnons depuis plusieurs années selon ces principes, explique Mme Harrington.

Mais une séparation officielle des deux branches clarifiera encore davantage la situation. Les gestionnaires du fonds n’excluent que les fabricants de tabac de leur portefeuille.

Ils n’investissent jamais un centime dans une entreprise au simple motif qu’elle agit conformément aux intérêts philanthropiques de la fondation.

Des milliards de dollars investis dans des industries polluantes

Le milieu caritatif commence pourtant à se rendre compte qu’il est pour le moins paradoxal de donner de l’argent pour promouvoir un monde meilleur tout en réalisant des investissements qui le mettent en péril.

Des études récentes montrent que de nombreuses fondations, dont certaines parmi les plus importantes des Etats-Unis, se sont au moins fixé quelques principes de base pour assurer une certaine cohérence entre leurs placements et leur mission.

Parmi les principales institutions qui fondent essentiellement leur choix sur des critères de justice sociale, de bonne gouvernance d’entreprise et de respect de l’environnement, figurent par exemple les fondations Ford, John D. et Catherine T. MacArthur, Rockefeller et Charles Stewart Mott.

Près d’un tiers de ces institutions jouent leur rôle d’actionnaire en utilisant leurs droits de vote pour infléchir les pratiques des entreprises.

Quelques-unes sont même devenues de vrais actionnaires militants.

Depuis quelques années par exemple, la Nathan Cummings, dotée de 481 millions de dollars, soumet régulièrement au vote des actionnaires, lors des assemblées générales, des résolutions contraignant la société à adopter une stratégie transparente et respectueuse de l’environnement.

Monica Harrington assure, sans plus de précisions, que les gestionnaires de la Fondation Gates votent également ce genre de résolutions.

En mai dernier, elle avait pourtant confié à la revue Chronicle of Philanthropy qu’ils ne se mêlaient jamais de ce genre d’affaires.

La fondation n’a par ailleurs pas autorisé son responsable des investissements, Michael Larson, à répondre à nos questions.

De son côté, Michael J. Smith, directeur des investissements de la Fondation Charles Stewart Mott, estime que les fondations doivent absolument utiliser leurs droits de vote pour améliorer le comportement des sociétés, ne serait-ce que pour des raisons purement financières.

“Les entreprises qui ont une bonne gouvernance sont généralement bien gérées et enregistrent régulièrement des bénéfices, affirme-t-il.

La Fondation Gates serait particulièrement bien placée pour donner le la.

Elle dispose de plus de pouvoir que n’importe quelle autre pour faire avancer le débat, fait remarquer Douglas Bauer, vice-président de Rockefeller Philanthropy Advisors, un organisme à but non lucratif qui conseille les fondations sur les questions de stratégie et d’éthique.

Si elle sélectionnait des sociétés qui partagent ses valeurs, le secteur de la philanthropie dans son ensemble subirait un véritable “séisme, assure-t-il.

La fondation n’a pas répondu à nos questions écrites sur ses éventuelles intentions de modifier sa politique d’investissements.

A Lagos (Nigeria), presque tous les matins, Felix, 56 ans, se rend à pied dans une usine située dans les faubourgs de la capitale pour acheter un pain de glace à 40 cents.

Ce militaire à la retraite en a absolument besoin : il ne doit pas laisser fondre ses médicaments.

Il y a deux ans, son épouse a été emportée par le sida et il a appris qu’il était séropositif.

Il a pris des antirétroviraux et son état s’est amélioré.

Mais il a souvent dû interrompre son traitement, qui, à 62 dollars par mois, était au-dessus de ses moyens.

Cet ancien sergent, père de six enfants, ne touche qu’une pension de 115 dollars – et encore, pas tous les mois.

Plus grave, son organisme a bientôt cessé de réagir à la molécule.

En mai, Felix a commencé à prendre un autre médicament, le Kaletra.

Ce traitement lui a permis d’aller mieux, mais à quel prix ! Sous le climat caniculaire du Nigeria, où le mercure dépasse souvent les 37 °C, les gélules de Kaletra fondent.

Le retraité est donc obligé de les conserver dans une boîte remplie de glace, qu’il faut renouveler chaque jour.

Il doit ensuite prendre son médicament à 10 heures du matin et à 10 heures du soir précises.

Avec de telles contraintes, il lui est difficile de travailler, même en se contentant d’un petit boulot.

Il existe désormais une nouvelle version du Kaletra qui se conserve à température ambiante.

Mais le médecin traitant de Felix, le Dr T.M. Balogun, l’un des directeurs du programme de lutte contre le sida au centre hospitalier universitaire de Lagos, lui a conseillé de ne pas trop espérer.

L’hôpital est subventionné par le gouvernement nigérian, qui touche lui-même des aides du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Cet organisme a reçu 651 millions de dollars de la Fondation Gates.

Pourtant, l’hôpital ne propose pas le nouveau Kaletra.

Il est trop cher.

Plusieurs pharmacies privées le commercialisent à 246 dollars par mois.

Totalement hors de portée pour Felix.

Or le Kaletra est fabriqué par le laboratoire Abbott.

Et la Fondation Gates détenait, en septembre 2006, une participation de 169 millions de dollars dans le capital de ce labo.

En 2005, le portefeuille de la fondation comptait près de 1,5 milliard de dollars d’actions de laboratoires pharmaceutiques très critiqués pour leurs pratiques commerciales limitant l’accès des populations pauvres des pays en développement à des molécules essentielles.

En moyenne, la valeur des actions de ces sociétés a augmenté de 54 % depuis 2002.

Ses investissements chez Abbott et dans d’autres laboratoires ont probablement rapporté à la fondation plusieurs centaines de millions de dollars.

Microsoft, meilleur allié des laboratoires pharmaceutiques

L’industrie pharmaceutique se défend en expliquant que cette protection par les prix est indispensable à la poursuite de ses activités de recherche et développement.

En 1994, à l’issue d’un intense lobbying mené avec d’autres secteurs d’activité fondés sur la recherche, elle a fait adopter l’Accord sur les droits de propriété intellectuelle liée au commerce, qui limite les possibilités de commercialiser des génériques bon marché.

Cet accord assure aux nouveaux médicaments un monopole pour une durée d’au moins vingt ans – confirmant du même coup les droits exclusifs d’Abbott sur la production de Kaletra.

Ce qui explique qu’il n’y ait pas de générique pour remplacer cette molécule, dont Abbott fixe le prix pour le monde entier.

Sous la pression des associations, Abbott a toutefois consenti, comme d’autres laboratoires, à baisser le prix des principaux médicaments contre le sida dans les pays pauvres.

Au Guatemala et en Thaïlande, la nouvelle version du Kaletra coûte ainsi 2 200 dollars par patient et par an – somme à laquelle il faut ajouter les taxes et les droits –, ce qui est très inférieur aux 8 000 dollars facturés aux Etats-Unis.

Au Nigeria, le traitement revient officiellement à 500 dollars par an.

Mais c’est encore beaucoup trop cher pour Felix et la grande majorité des patients.

Cette politique de tarification “fait que, dans les pays en développement, les médicaments ne sont à la portée que d’une petite élite fortunée, déplore Brook Baker, spécialiste de la propriété intellectuelle à l’université Northeastern (Boston), qui n’hésite pas à parler d’un “apartheid pharmaceutique.

Les laboratoires soulignent que leurs détracteurs oublient de parler des milliards de dollars en médicaments qu’ils offrent chaque année aux pays en développement.

Abbott rappelle qu’il a fourni gracieusement des traitements contre le sida à 25 000 patients, offert plusieurs millions de kits de dépistage et contribué à financer un vaste programme d’amélioration des services liés au sida en Tanzanie.

Ces cadeaux sont certes très appréciables, mais ils ont un effet pervers : ils font fuir les fournisseurs de génériques.

“Les dons font disparaître la perspective d’un approvisionnement régulier, explique Ellen ‘t Hoen, qui dirige un programme d’accès aux médicaments de Médecins sans frontières.

Et quand il n’y a plus de remèdes gratuits les patients meurent.

La plupart des médicaments garantissent une rentabilité élevée.

Au troisième trimestre 2006, Abbott affichait une marge bénéficiaire brute de 59 %, et a versé à ses actionnaires des dividendes pour le 331e trimestre d’affilée.

Selon un rapport du Congrès américain, pour le seul premier semestre 2006, les dix plus gros laboratoires pharmaceutiques ont dégagé 39,8 milliards de dollars de bénéfices.

En août dernier, Bill Gates a déclaré à la tribune de la Conférence internationale sur le sida que la grande priorité de sa fondation était d’enrayer ce fléau.

Depuis sa création, celle-ci y a consacré plus de 2 milliards de dollars.

Mais elle n’a pas répondu à nos questions écrites sur les problèmes des patients qui ne peuvent se procurer les médicaments contre le sida en raison de la politique des laboratoires pharmaceutiques.

Parallèlement, la fondation sélectionne les bénéficiaires de ses dons selon des critères bien plus rigoureux que les laboratoires où elle investit une grande partie de son argent.

Son formulaire de demande de subvention précise qu’elle attend des candidats qu’ils “exercent leurs droits de propriété intellectuelle selon des modalités cohérentes avec l’objectif affiché par la Fondation Bill & Melinda Gates de promouvoir …, dans l’intérêt général, la disponibilité des inventions dans les pays en développement à un coût raisonnable. Certains détracteurs de la fondation estiment que, afin de comprendre son incapacité à utiliser ses propres investissements pour servir “l’intérêt général dans les pays en développement à un coût raisonnable, il suffit de remonter à la source principale de sa richesse – Microsoft, dont Bill Gates est président.

Le monopole de Microsoft sur les systèmes d’exploitation informatiques et les logiciels de bureautique relève en effet de la même conception de la propriété intellectuelle et du droit commercial que celle défendue par les laboratoires pharmaceutiques.

“La Fondation Gates a vraiment les moyens de transformer la dynamique pour faire en sorte que les médicaments soient fournis en premier lieu aux pays qui en ont le plus besoin, souligne Daniel Berman, directeur adjoint de Médecins sans frontières pour l’Afrique du Sud. “Mais cela irait à l’encontre des intérêts de Microsoft.

Charles Piller, Edmund Sanders et Robin Dixon Los Angeles Times

Article a voir aussi…
Les origines du Sida
Sida l’Africa test
La Fondation Bill Gates

Vers la privatisation totale des services publics

Sida l’Africa test

Author:  |  Category: Santé

Extrait de l’émission Complément d’enquête “Médicaments: ce que les labos ne disent pas”

Cameroun: les prostituées servent de cobayes pour tester un médicament préventif contre le SIDA.
Quels risques font courir ces tests interdits dans d’autres pays, comment se pratiquent-ils, comment sont recrutées ces femmes, sont-elles suffisamment informées ?

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La Fondation Bill-et-Melinda-Gates (Bill & Melinda Gates Foundation) est une fondation américaine humaniste philanthropique créée en janvier 2000. Son but est d’apporter à la population mondiale des innovations en matière de santé et d’acquisition de connaissances. Elle s’efforce d’utiliser l’effet de levier en encourageant l’implication des personnes et personnalités politiques concernées. Certaines critiques dénoncent toutefois l’implication de la fondation dans le capital de sociétés responsables de divers problèmes sanitaires et humains.
La fondation est financée par Bill et Melinda Gates. Ses dons annuels sont supérieurs aux dépenses de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
D’autres contributeurs lui apportent des fonds. Ainsi en juin 2006, l’homme d’affaires milliardaire américain Warren Buffett annonce le versement de 37 milliards de dollar.

Critiques.

En janvier 2007, le Los Angeles Times a fait paraître un article moins flatteur sur la Fondation Gates, accusant l’organisation d’investir 95 % de ses fonds dans des investissements rémunérateurs gérés par des financiers chargés de « diversifier fortement leur portefeuille mais sans directives précises ». Le quotidien souligne ainsi que certaines de ces initiatives sont contradictoires avec son action philanthropique. L’article cite le cas de campagnes de vaccinations financées dans le delta du Niger notamment par la Fondation Gates qui investirait parallèlement dans des entreprises comme ENI, Royal Dutch Shell,Exxon Mobil, Chevron Corporation et Total, des compagnies éminemment responsables de la pollution dans cette région.

Ce genre d’affaires ne serait pas isolé, selon le Los Angeles Times, qui souligne que la fondation a investi avec profit dans plusieurs compagnies reconnues pour leur impact néfaste sur l’environnement et la santé, mais aussi dans des compagnies de crédit immobiliers accusées d’avoir dépossédé des milliers de personnes, ou des sociétés employant des enfants. La Fondation Gates n’aurait « pas usé de sa puissance et de son immense richesse pour changer le comportement des compagnies dans lesquelles elle investit ».

The Los Angeles Times

Silence On Vaccine

Author:  |  Category: Santé

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Un film qui soulève bien des questions et qu’on essaie de dénigrer par tous les moyens. Les médias l’ont banalisé et “débunké”.

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Entretien avec Sylvie Simon, auteur de nombreux livres sur la dictature médico-pharmaceutique.
La nouvelle dictature médico-scientifique

Corruption qui gangrène un certain monde scientifique, médicaments mortels, manipulations génétiques, sang contaminé, pollutions diverses, trafic d’organes et d’hormones, animaux malades, mensonges sur le cancer et le sida, révélations troublantes sur les vaccinations… Il y a neuf ans, sur ces sujets brûlants, Sylvie Simon avait déjà donné la parole à des chercheurs, des biologistes, des médecins qui tous tiraient déjà la sonnette d’alarme, mais la situation s’est singulièrement dégradée depuis cette époque. L’ouvrage original est complètement épuisé, mais les lecteurs continuent de le réclamer. Aussi, l’auteur a retiré de la première version les textes qui ne sont plus d’actualités et les a remplacés par de nouvelles informations, tout aussi inquiétantes, mais rarement connues du grand public étant donné l’opacité de notre système de santé, les dissimulations des laboratoires, le laxisme et l’incurie de nos pouvoirs et, parfois même, leur complicité avec des scientifiques inconscients. Ce livre n’est pas un réquisitoire contre la science ou la médecine, mais plutôt contre la corruption qui se répand insidieusement dans ces milieux en causant déjà de nombreux scandales et qui pourrait en générer de nouveaux, encore plus inquiétants.
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Goodbye dollar

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La Chine en guerre contre le dollar

FOCUS – A quelques jours du G20, le gouverneur de la Banque Centrale de Chine a proposé de créer une nouvelle monnaie de réserve supranationale. Les USA réaffirment néanmoins leur volonté de voir le dollar demeurer la principale monnaie de réserve.

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Le G 20, qui réunira le 2 avril prochain à Londres, les dirigeants des pays industrialisés et des économies émergentes, s’annonce animer. Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque Centrale de Chine a publié un essai lundi 23 mars, dans lequel il accuse indirectement les États-Unis d’être responsables de la propagation de la crise à l’échelle mondiale. Il pointe du doigt les méfaits du dollar et réclame l’adoption d’une nouvelle monnaie de réserve internationale, pour remplacer le billet vert. Pour lui, le système économique mondial actuel est trop influencé par la politique des États-Unis. «L’éclatement de la crise et son débordement dans le monde entier reflètent les vulnérabilités inhérentes et les risques systémiques dans le système monétaire international». Il réclame l’instauration d’un système placé sous les auspices du Fonds monétaire international (FMI). Pour M. Zhou, cette monnaie de réserve existe déjà. Ce sont les «droits de tirage spéciaux» (DTS). «On devrait étudier tout particulièrement comment donner un rôle plus important aux DTS» qui ont «le potentiel» pour devenir «monnaie de réserve supra-nationale», écrit-il.

Une idée qui fait son chemin
L’idée n’est pas nouvelle. C’est le milliardaire américain Georges Soros qui le premier avait évoqué le sujet en 2002. La Russie l’a reprise à son compte. Elle a même proposé que le sujet soit à l’ordre du jour du prochain sommet. Le Japon, qui est le deuxième détenteur de billets verts, avec près de 1000 milliards de dollars de réserves, pourrait également ne pas rester insensible à l’idée avancée par la Chine. Le FMI a également pris la proposition de la Chine très au sérieux. «C’est une proposition sérieuse. Je ne pense pas que ceux qui l’ont proposée la voient comme une question urgente, mais plutôt comme une question à long terme, qui mérite d’être étudiée et examinée sérieusement», a déclaré son directeur général adjoint, John Lipsky.

Ces «droits de tirage spéciaux», dont la valeur est liée à un panier de monnaie, ont été créés en 1969 comme avoir de réserve mondial par le FMI, pour compléter les réserves de ses pays membres alors que l’offre d’or et de dollars ne suffisait plus. Pour la Chine, ils apparaissent comme un moyen efficace de diversifier leurs colossales réserves de changes. En effet, avec une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années (9,5 % par an en moyenne entre 1997 et 2004, et encore 6.5% prévus en 2009), les réserves chinoises ont grimpé en flèche et aujourd’hui on estime à plus de 2 000 milliards le montant de ces avoirs en dollars.
L’établissement «d’une nouvelle monnaie de réserve largement acceptée (…) pourrait prendre du temps», admet Zhou Xiaochuan. Mais «à court terme la communauté internationale et particulièrement le FMI devraient au moins (…) faire face aux risques résultant du système actuel, conduire des contrôles réguliers et des évaluations».

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Un coup d’épée dans l’eau
Pour de nombreux observateurs, il y a peu de chances pour que cette demande aboutisse. Les réserves de dollars accumulés par la Chine lui permettent en effet, de conserver un taux de change stable (actuellement autour de 6,8) entre sa monnaie locale (le Renminbi) et le dollar. Un taux largement sous évalué qui permet à la Chine de rester très compétitive, favorisant les exportations vers les Etats-Unis. Les deux pays ont donc tout intérêt à ce que la situation reste en l’Etat. La Chine y gagne en finançant ses exportations. En échange, les américains conservent leur pouvoir d’achat, en achetant des produits bon marché. Si des pays comme la Chine, le Japon ou la Russie devaient délaisser leurs avoirs en dollars pour un panier de devises, cela se traduirait par une chute du dollar qui rendrait moins compétitive la Chine. Selon le Centre d’études prospectives et d’informations internationales, une dépréciation de 25 % du dollar se traduirait par une perte de 5,7 points de PIB pour la Chine. Mais en entretenant un Yuan sous évalué la Chine courre un autre risque : celui d’importer de l’inflation.

La réclamation du gouverneur de la Banque de Chine n’est peut-être pas à prendre au pied de la lettre, mais plutôt comme un avertissement adressée aux Etats-Unis. Les chinois ont très mal pris le rachat massif par la Réserve fédérale la semaine dernière, de bons du Trésor américains. Elle a encore annoncé ce mercredi matin qu’elle allait acheter encore des obligations du Trésor américain à l’occasion d’enchères de sa branche à New York. En faisant tourner la planche à billets, la Fed fait baisser les taux et la valeur des avoirs chinois en dollars s’en trouve ainsi diluée. Malgré une croissance encore soutenue, la Chine doit elle aussi faire face au ralentissement. Au mois de février, les exportations chinoises ont dégringolé de 25,7% sur un an.

Mais l’administration Obama ne semble pas se laisser impressionner par la mise en garde de la Chine. «Je ne crois pas à la nécessité d’une monnaie mondiale» indiquait mardi matin, le locataire de la Maison Blanche lors d’une conférence de presse. «En ce qui concerne la confiance dans l’économie américaine ou dans le dollar, je ferais remarquer que le dollar est extraordinairement fort en ce moment. Et la raison pour laquelle le dollar est fort en ce moment, c’est parce que les investisseurs considèrent que les États-Unis ont l’économie la plus forte du monde, avec le système politique le plus stable du monde», a ajouté Barack Obama. Même discours chez Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor américain, qui affirmait mercredi : le dollar reste la monnaie de réserve de référence, et je pense qu’il devrait continuer de l’être longtemps”.

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