Silence On Vaccine

Author:  |  Category: Santé

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Un film qui soulève bien des questions et qu’on essaie de dénigrer par tous les moyens. Les médias l’ont banalisé et “débunké”.

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Entretien avec Sylvie Simon, auteur de nombreux livres sur la dictature médico-pharmaceutique.
La nouvelle dictature médico-scientifique

Corruption qui gangrène un certain monde scientifique, médicaments mortels, manipulations génétiques, sang contaminé, pollutions diverses, trafic d’organes et d’hormones, animaux malades, mensonges sur le cancer et le sida, révélations troublantes sur les vaccinations… Il y a neuf ans, sur ces sujets brûlants, Sylvie Simon avait déjà donné la parole à des chercheurs, des biologistes, des médecins qui tous tiraient déjà la sonnette d’alarme, mais la situation s’est singulièrement dégradée depuis cette époque. L’ouvrage original est complètement épuisé, mais les lecteurs continuent de le réclamer. Aussi, l’auteur a retiré de la première version les textes qui ne sont plus d’actualités et les a remplacés par de nouvelles informations, tout aussi inquiétantes, mais rarement connues du grand public étant donné l’opacité de notre système de santé, les dissimulations des laboratoires, le laxisme et l’incurie de nos pouvoirs et, parfois même, leur complicité avec des scientifiques inconscients. Ce livre n’est pas un réquisitoire contre la science ou la médecine, mais plutôt contre la corruption qui se répand insidieusement dans ces milieux en causant déjà de nombreux scandales et qui pourrait en générer de nouveaux, encore plus inquiétants.
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Pourquoi la démocratie ?

Author:  |  Category: Général

Un régime politique est un système par lequel s’exerce le pouvoir politique et se légitime son autorité. Dans la liste classique on distingue la monarchie, gouvernement du roi, appelé monarque. Elle est dite « absolue » quand le roi détient tous les pouvoirs. On entend par aristocratie un pouvoir politique exercé par une classe sociale, une noblesse et qui exerce, comme pour les chevaliers, ou les kshatriyas de l’Inde ancienne, de la puissance militaire.  Quand le pouvoir politique se réduit, pour être entre les mains d’un très petit nombre de personnes, on parle d’oligarchie. Quand  il dérive pour devenir un gouvernement entre les mains et au service des riches, on parle de ploutocratie. La conception d’un gouvernement des hommes par eux-mêmes dans laquelle l’Etat, en tant qu’institution, est dissolu est appelé anarchie. Enfin, on appelle démocratie, le pouvoir (kratos) direct du peuple (demos) ou le pouvoir du peuple par lui-même.

S’il est un sujet sur lequel règne un consensus solide dans nos sociétés actuelles, c’est bien sur le fait que la démocratie est le seul régime qui mérite nos faveurs, si bien que se dire « démocrate » aujourd’hui n’a plus grand intérêt car tout le monde l’est et personne ne conteste (ouvertement ?) le bien fondé de la démocratie comme régime politique. Cependant, cela ne veut pas dire que nos raisons soient identiques. Donc, la meilleure façon de tourner la question serait : Pourquoi voulons-nous la démocratie ? Est-ce parce qu’elle est le seul régime conforme avec notre aspiration à la liberté ?  Ou, plus trivialement, parce qu’elle est le seul régime compatible avec l’économie de marché ? Est-ce une sorte de choix par défaut à la manière de Churchill disant que la démocratie est le pire des régimes… à l’exception de tous les autres !

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A. Un idéal ou un aléa historique?

Nous avons vu précédemment que la conception de l’Etat des grecs était centrée sur la Cité. C’est un mot qu’il vaudrait mieux conserver et garder le terme d’Etat pour désigner le gigantisme de nos structures actuelles qui n’a aucun rapport avec la modestie de dimensions de la Cité grecque. La Cité c’est la politique à dimension humaine. Pour Aristote, la Cité est naturelle, car dans l’extension de la famille et des clans. Les citoyens ne doivent pas être trop éloignés les uns des autres pour pouvoir régulièrement s’assembler. Cependant, à Athènes, tout le monde n’était pas citoyen et seule une partie des citoyens, 6000, se réunissait à l’assemblée de l’Ecclésia. La petitesse des structures ne suffit pas pour rendre possible une démocratie « parfaite » (Ce qui n’a en fait jamais existé). Les droits accordés aux hommes en général et ceux qui était accordés aux citoyens n’étaient pas identiques.

1) Pour comprendre en quoi la démocratie constitue un idéal, dont la réalisation historique a toujours été difficile, partons de l’autre terme avec lequel on la confond toujours, le terme de République. Le terme de république veut dire « res » la chose, « publica », publique, autrement dit, l’intention d’organiser un bien commun. Une République se doit par essence d’être bien ordonnée, au sens où elle est une société d’hommes libres rassemblée afin de bien vivre. Une île livrée à des pirates qui n’ont en vue que le pillage, une région livrée à des troupes de brigands, n’est pas « ordonnée ». La Souveraineté du peuple n’est pas manifestée, le souci du bien commun n’est pas porté. Quand on lit Kant et Rousseau, on voit qu’ils donnent leur adhésion sans réserve à l’idée de République. Mais la manière dont on parvient à ce résultat au moyen de tel ou tel régime, c’est autre chose. On peut donc être républicain, sans pour autant être démocrate. Pour Kant, l’essentiel dans une République, c’est qu’y règne un état de droit, qu’il y ait un système représentatif permettant de voter des lois. La République idéale accompli le règne des fins de la raison. La démocratie en tant que régime est nécessairement républicaine, mais une République n’est pas forcément démocratique. Pour la plupart des auteurs classiques, il est possible de confier le souci du bien commun à une seule personne, si on considère qu’elle a les compétences nécessaires pour préserver la République.  Machiavel lui-même est attaché à la République, parce qu’il a fort bien compris le principe de la raison d’Etat. Mais cela ne fait pas de lui un démocrate, notamment parce qu’il refuse un principe auquel nous sommes attachés en démocratie,  celui de la transparence.

2) La question du régime politique se pose à partir du moment où nous nous demandons quel est le meilleur gouvernement offrir à une République. Cette question, c’est exactement celle qui est développée par Platon dans le livre VIII de La République. Un régime politique peut-il être imposé ? Ne résulte-t-il pas logiquement de ce que les hommes sont eux-mêmes ou de ce qu’ils sont devenus? Les formes de gouvernement viennent « des mœurs des citoyens, qui entraînent tout le reste du côté où elles penchent ». Ce sont les mœurs des hommes qui les inclinent à se doter d’un régime politique et leur régime est aussi un reflet de la manière dont chacun se gouverne lui-même. Ainsi serions-nous fondé à parler « d’homme aristocratique », ou « d’homme démocratique », pour désigner le type humain dominant dans un Etat à une époque historique donnée, type humain qui se dote des institutions qui lui ressemblent. Platon raisonne en partant d’une analogie entre la maîtrise de l’intériorité et celle de la Cité ; par là il entend montrer par quelle logique les hommes sont conduits d’une forme de gouvernement à une autre.

a) Dans la succession historique, Platon considère dans l’ordre d’abord ce qu’il appelle la timocratie. La timocratie est un régime politique « qui aime la victoire et l’honneur, formé sur le modèle de gouvernement de Lacédémone». Le mobile central de l’homme timocratique est la recherche de la gloire au sens où il attache une valeur au fait d’être jugé digne, récompensé, honoré ou admiré dans la Cité. Ce régime est fortement militarisé, ce qui veut dire qu’il est en quête de chefs intrépides et qu’il favorise une éducation où prédomine la gymnastique, l’entraînement guerrier et la chasse… et délaisse l’éducation intellectuelle. « La raison… alliée à la musique ; elle seule, une fois établie dans l’âme, y demeure toute la vie conservatrice de la vertu ». Mais dans une Cité de ce genre, il demeure un sens de la vertu, mais qui n’est pas une vertu de l’intelligence, mais plutôt le courage, l’ardeur généreuse, l’ambition. Soucieux des apparences, l’homme timocratique en a aussi la vénération, d’où le l’importance de la bonne réputation et non pas celle du mérite réel. Ce qui va le corrompre de l’intérieur, c’est que les citoyens de la timocratie vont peu à peu être porté à rechercher la richesse, ce qui va conduire le régime à un point de rupture. « Leur passion du gain fait de rapide progrès, et plus ils ont d’estime pour la richesse et moins ils en ont pour la vertu… Quand la richesse et les riches sont honorés dans une cité, la vertu et les hommes vertueux y sont tenus en moindre estime ».

b) Le régime timocratique va donc se naturellement se dégrader dans le régime appelé oligarchie. L’avènement de l’oligarchie se produit quand quelques uns s’emparent du pouvoir par la richesse. Un changement de valeur s’est produit, l’homme oligarchique vénère en tout premier lieu l’argent et sa conception du pouvoir le porte à organiser le bien public sur son accroissement au profit de quelques uns. « Les citoyens finissent par devenir avares et cupides ; ils louent le riche, l’admirent et le portent au pouvoir, et ils méprisent le pauvre ». Ce qui va exposer l’Etat à toutes sortes d’erreurs, car en cherchant à enrichir les riches, il appauvrit les pauvres et se trouve peu à peu conduit à son propre renversement par le peuple lui-même. Les riches ne sont pas les plus compétents pour gouverner parce qu’ils ont fatalement tendance à détourner le bien public vers le profit personnel. Platon compare le pouvoir politique à la manière de piloter un bateau, le riche étant incapable de tenir correctement le gouvernail. Le régime oligarchique va produire de lui-même l’opposition de classe qui va faire que la Cité ne sera plus unifiée, mais divisée avec « celle des pauvres et celle des riches, qui habitent le même sol et conspirent sans cesse les uns contre les autres ».

c) Le régime oligarchique va naturellement se dégrader dans le régime appelé démocratie. En effet, la multitude opprimée par les excès et les contradictions de la politique de l’argent, elle va se révolter, renverser les riches et s’emparer du pouvoir. « La démocratie apparaît lorsque les pauvres ayant remporté la victoire sur les riches, massacrent les uns, bannissent les autres, et partagent également avec ceux qui restent le gouvernement et les charges publiques ».  Dans la démocratie, les citoyens « sont libres… la cité déborde de liberté et de franc-parler, et … on y a licence de faire ce que l’on veut». Et « Partout où règne cette licence chacun organise sa vie de la façon qui lui plaît ». L’opinion est rendue à chacun, et chacun est censé donner son avis en matière de décision publique. C’est la bigarrure de l’opinion. Et en ce sens, de ce type de gouvernement « il y a des chances qu’il soit le plus beau de tous. Comme un vêtement bigarré qui offre toute la variété de couleurs, offrant toute la variété des caractères, il pourra paraître d’une beauté achevée ». Nietzsche parlera lui de « vache multicolore » pour désigner la démocratie de son époque. Platon voit dans la démocratie un régime agréable, plutôt désordonné dans son pouvoir (tendance à l’anarchie), « qui dispense une sorte d’égalité aussi bien à ce qui est inégal qu’à ce qui est égal ». Bref, le relativisme est la vue qui sied le mieux à la démocratie.

Comme pour les régimes précédents, il faut considérer l’homme type. Qu’est-ce que l’homme démocratique ? Pour répondre, Platon va étonnamment insister sur la différence entre désirs nécessaires et désirs superflus. L’homme démocratique hérite de la maladie dispendieuse du régime précédent. Son goût pour la licence des moeurs, qu’il revendique au titre de liberté, le porterait aisément à mépriser la sagesse des anciens et la tempérance. Il est dans sa force un Calliclès, traitant la pudeur d’imbécillité, la tempérance de lâcheté, il se moque de la modération et de la mesure dans la dépense. Il aime à l’excès « une foule d’inutile désirs ». « Il ne dépense pas moins d’argent, d’efforts et de temps pour les plaisirs superflus que pour les nécessaires. Et s’il est assez heureux pour pousser sa folie dionysiaque trop loin, plus avancé en âge, le gros du tumulte étant passé,… il établit une espèce d’égalité entre les plaisirs». « Il soutient que tous les plaisirs sont de même nature et qu’on doit les estimer également ». L’hédonisme est très démocratique. La démocratie tolère toutes les préférences, car elle est le régime de l’homme bigarré. Et l’excès de licence finit par perdre la démocratie : « l’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude et dans l’individu et dans l’Etat ».

d) Le régime démocratique va naturellement se dégrader dans le régime appelé tyrannie. « La tyrannie n’est donc issue d’aucun autre gouvernement que la démocratie, une liberté extrême étant suivie, je pense, d’une extrême et cruelle servitude ». Les riches prennent la parole devant le peuple et emploient tous les moyens qui sont en leur pouvoir ». Et il y a plus grave car d’un autre côté, « le peuple n’a-t-il pas l’invariable habitude de mettre à sa tête un homme dont il nourrit et accroît la puissance ?». Quand le désordre est grand, grande est la tentation d’inviter l’homme fort au pouvoir. Le tyran va pousser, comme di Platon, sur la racine du protecteur. « Où commence la transformation du protecteur en tyran ? ». Quand le chef est assuré de l’obéissance absolue de la multitude, d’homme il finit par se changer en loup. S’il ne périt pas de la main de ses ennemis, il doit se faire tyran. Ainsi, se sachant menacé, « le tyran va demander au peuple des gardes du corps », se constituer une milice. « Et le peuple en accorde, car s’il craint pour son défenseur, il est plein d’assurance pour lui-même ». Bien sûr, le vrai visage du tyran n’apparaît pas tout de suite. « Dans les premiers jours, il sourit et fait bon accueil à tous ceux qu’il rencontre, déclare qu’il n’est pas un tyran, promet beaucoup en particulier et en public, remet des dettes, partage des terre au peuple et à ses favoris, et affecte d’être doux et affable envers tous». Seulement, une fois qu’il s’est « débarrassé des ennemis du dehors, en traitant avec les uns, en ruinant les autres, et qu’il est tranquille de ce côté, il commence toujours par susciter des guerres, pour que le peuple ait besoin d’un chef. » Et c’est de cette manière qu’il se rend de plus en plus odieux au regard des citoyens. Il est un spécialiste des purges, non pas au sens de la purgation saisonnière de l’hygiène qui se débarrasse des toxines du corps, mais au sens où il élimine lui le meilleur de son Etat. Il finit par répandre partout la servitude. S’il fallait maintenant évoquer l’homme tyrannique, au sens où précédemment nous avons parlé de l’homme démocratique, nous devrions évoquer une situation où l’homme soit se range aux côtés des favoris du tyran, de ses fidèles, ou bien se replie sur lui-même dans la terreur, n’osant pas déplaire au Prince et acceptant les contraintes dont il est victime.

3) Cette analyse du livre VIII suit un développement historique. Notez que Platon n’y inclut pas ce qu’il considère la Constitution parfaite qui est l’idéal.  Si la République doit veiller au bien commun, la meilleure des Constitutions serait celle dans laquelle tout devient commun. C’est littéralement une utopie communautaire dont parle Platon : les femmes seraient partagées, les enfants devraient être éduqués en commun, séparés de leurs parents, les moyens de défense pris en commun etc. L’idéal n’est pas « historique », il est en fait intemporel. A la question de savoir ce qu’est un gouvernement juste, la réponse qui s’impose, c’est qu’il doit être un gouvernement dans lequel  la sagesse et l’intelligence règnent sans partage. Il est juste que ce soit l’intelligence qui gouverne, que l’intelligence domine la puissance de l’ardeur généreuse et qui elle-même domine les appétits ou instincts.  Dès que cet ordre est renversé, il y a dérèglement et corruption. La maîtrise est abandonnée à la force ou aux instincts et pulsions. Parlant de la Cité, Platon considère que le sages représente l’intelligence, le guerriers représente l’ardeur généreuse, le marchands le règlement des appétits etc. Pour que la Cité soit juste, elle doit être aussi équilibrée que l’âme et donc que chaque fonction soit à sa juste place et n’outrepasse pas son domaine. D’où l’utopie du philosophe roi chez Platon, utopie qui ne peut avoir un sens que s’il pouvait naître parmi les mortels des âmes suffisamment désintéressées, débarrassées de tout intérêt personnel pour se consacrer à la tâche de gouverner les hommes et de les éduquer dans la sagesse. Force est de se rendre compte que Platon n’y est pas parvenu de son temps et que le projet est resté au stade d’un idéal. Nous pouvons donc retenir ceci : Platon n’a jamais vu dans la démocratie un idéal,  mais seulement un régime historique de nature instable.
B. La démocratie vue comme un idéal

Il va sans dire que ce qui motive l’homme contemporain est avant tout la satisfaction de son intérêt personnel et qu’en matière de gouvernement nous ne raisonnons pas autrement avec la somme d’intérêts privés que constitue une nation ou un Etat. Sans aller chercher des raisons théoriques dans la philosophie politique,  nous pouvons aisément observer que la première des justifications de la démocratie vient de ce qu’elle constitue un cadre idéal pour la réalisation de nos intérêts, car elle donne licence de pouvoir les satisfaire en réduisant au minimum les contraintes qui peuvent peser sur notre liberté individuelle.

1) Il n’en faut pas plus pour que nous soutenions le principe du régime démocratique. Il suffit de poser la question autour de soi pour s’entendre répéter de prime abord que « ce qui est bien dans une démocratie c’est que les hommes y sont libres de faire ce qu’ils veulent ». C’est le seul régime où l’on admet que chacun a droit de vivre comme il lui plaît en satisfaisant aux intérêts qui sont les siens. Bref, ce que nous entendrons en guise de légitimation de la démocratie, c’est la vindicte de l’individualisme. Bien sûr, dès que l’on prononce le mot, nous nous mettons sur la défensive en arguant que la démocratie en appelle surtout à un sens élevé de la responsabilité du citoyen, ce qui veut dire qu’elle exige davantage que la simple licence de faire ce qui nous plaît. Il est entendu que ma liberté doit s’arrêter là où commence la liberté d’un autre et aussi se rendre aux avis de la volonté générale.  Cependant, la justification est bien évidemment seconde, par rapport aux exigences d’une liberté immédiate pour la satisfaction de nos intérêts personnels, – ce à quoi les hommes pensent d’abord. Ce qui est sur le plan psychologique un schéma caractéristique de l’ego. Moi, va évidemment avec mes intérêts, ce qui est mien, et avec ma liberté.

Nous avons vu qu’une organisation sociale fonctionne comme un ego collectif.  Il y a donc aussi une manière de revendiquer une forme collective de licence qui est une défense de « nos » intérêts, tout particulièrement contre des « autres ». Et on voit alors se dupliquer sur un plan collectif les conduites individuelles avec la même revendication de liberté : « notre entreprise et ses succursales, notre  réseau de distribution, nos exploitations agricoles, notre capital et nos fonds d’investissement, etc. ». Et on trouvera bien sûr que la démocratie est un régime approprié pour que prospère une organisation collective, car elle doit « laisser les entreprises libres de faire ce qu’elles veulent ». En terme économique cela s’appelle du libéralisme. Notez le parallèle, il est important.

Cependant, une fois éveillé la conscience de la citoyenneté, sa logique nous porte plus avant, à sortir du cercle étroit de notre intérêt personnel.  Si nous prenons au sérieux la citoyenneté, nous verrons dans la démocratie un idéal dont nous sommes parfaitement capables de saisir rationnellement les implications. Tout être humain doué d’un intellect peut en développer la représentation. Ainsi, il nous paraît juste qu’un peuple se gouverne lui-même et ne soit pas sous la gouvernance autoritaire d’un individu ou d’un groupe particulier.  La démocratie est le régime dans lequel le peuple exerce la Souveraineté. Nous pensons que s’il est un droit humain qui mérite légitimement d’être préservé, c’est bien la liberté politique. Or la démocratie est le régime qui est le plus adapté à cette fin, car elle repose sur l’idée que les citoyens d’un Etat sont sur un pied d’égalité. La démocratie est le régime dans lequel l’égalité en droit des citoyens peut être admise, revendiquée et défendue. Nous admettons aussi qu’il est juste que l’Etat démocratique joue un rôle dans l’éducation des citoyens, car chacun a droit à une éducation de qualité. De même, la liberté d’opinion, la liberté religieuse, la liberté de pensée en général ne peuvent se manifester pleinement que dans le contexte d’une démocratie et il est juste que chacun puisse en disposer etc. Chacun d’entre nous est à même de tirer ce genre de conséquences et nous devrions tous être formés à pouvoir le faire. C’est juste une question d’éducation civique en démocratie.

Quand nous disons prendre au sérieux la citoyenneté, cela veut dire ne pas prendre la chose publique, la res publica, à la légère, se cantonner dans l’indifférence, ou se détourner de tout engagement. Par exemple, concrètement, le fait de prendre la parole sur un sujet politique fait partie des mœurs de la démocratie. Dans certains pays, comme en Grèce, c’est une coutume des conversations de café que de parler politique. Ce n’est pas anodin, mais important à double titre :  parce que la démocratie se situe dans le jeu de l’opinion et qu’elle demande dans son exercice un travail de dialogue. Sur le premier point Castoriadis rappelle pourquoi Athènes pouvait trouver Socrate dangereux. La méthode socratique met à l’épreuve l’opinion et révèle son inanité sur le plan de la connaissance. Or la démocratie se déroule sur le terrain du débat d’opinion. Elle en accepte le jeu et estime qu’il doit servir la décision politique. Socrate devait donc irriter et cela d’autant plus que le débat d’opinion vire facilement au bavardage et à l’affrontement personnel, ce qui tend à disqualifier la valeur de l’opinion en général.  Toutefois, c’est un risque à prendre que d’accepter le jeu de l’opinion. La démocratie concrète implique le droit de prendre la parole sur toute question devant conduire à des décisions mettant en jeu l’ensemble de la communauté politique. C’est une manière d’entrer dans la vie politique. En effet, pour citer Castoriadis. « Un citoyen n’est pas (pas forcément) « militant de parti », mais quelqu’un qui revendique activement sa participation à la vie publique et affaires communes au même titre que tous les autres ».  La démocratie ne peut être vivante que lorsque les individus qui la composent assument la citoyenneté et ne se contente pas d’être des ouvriers, des patrons, des artistes, des artisans, des scientifiques, des consommateurs, des supporters, des artistes etc. Tous ces rôles que nous pouvons jouer dans la vie et qui peuvent accaparer notre existence au point que nous nous détournions de la vie publique et des devoirs du citoyen.

C’est une chose de louer la valeur de la démocratie, parce qu’elle autorise la licence de faire ce qui nous plaît, c’en est une autre d’en faire l’éloge pour elle-même, parce que nous voyons en elle un idéal. Dans un cas, on ne la voit que comme un moyen, dans l’autre on la considère comme une fin. Les idéalistes qui croient dans la démocratie sont rares, les consommateurs de la démocratie sont légions.

2) Cependant, le fait est que l’Histoire en prend bien la direction. C’est incontestable. Depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement du système communiste, force est de remarquer que le nombre des régimes démocratiques ne cesse de croître sur la Terre. Certains auteurs, comme Jean Baechler, vont jusqu’à soutenir que la démocratie est la forme la plus « naturelle » de gouvernement. L’emploi du mot « naturelle » se discute, mais ce  qui est sûr, c’est qu’elle est effectivement devenue une norme. Implicitement, dans le monde aujourd’hui, la démocratie est perçue comme la forme normale de gouvernement, les autres  étant  vues comme anormales, comme des aberrations, des déviances ou des perversions par rapport à la démocratie…  Qui devrait être la norme. Ce qui « devrait être » par définition diffère « ce qui est ». Ce qui devrait être est un idéal qui permet de juger le réel, de mesurer  l’écart existant entre un état de droit parfait et achevé et un état de fait qui reste pauvre, insuffisant et limité. Encore loin de l’idéal. Ce que nous pensons, c’est que l’Histoire est en route ; elle est semée d’embûches, mais elle chemine malgré tout vers l’idéal démocratique.

Notez que nous tenons exactement le même type de raisonnement au sujet des droits de l’homme. Nous pensons que le droit positif est dans les faits ce qu’il est. Imparfait. Et pourtant, nous pouvons souligner des avancées considérables depuis un certain nombre d’années qui montrent que peu à peu, les droits de l’homme entrent à l’intérieur du droit positif, de sorte que nous pouvons penser qu’à terme, ils finiront par se confondre.

L’ennui avec l’idéal démocratique, c’est qu’il comporte des ambiguïtés. Nous avons vu précédemment que l’avènement de la démocratie avait la valeur d’un signe des temps, celle de l’annonce de la fin de l’Histoire. Francis Fukuyama dans La Fin de l’Histoire et le dernier Homme est dans ce registre très démonstratif. Comme Tocqueville,  il admet que la marche vers la démocratie est irrésistible à travers l’Histoire ; mais elle se paye par l’appauvrissement de l’humain, car elle tend à renforcer les conduites grégaires ; la logique des comportements de masse conduisant au nivellement par le bas de la conscience humaine.

Rien ne prouve que la majorité a nécessairement raison. Une décision démocratique n’est  pas forcément une décision valide quant au choix d’une société en direction de son futur.  Tout ce que peut assurer la démocratie, c’est que par le jeu des institutions, un assentiment général soit obtenu en faveur d’une décision publique. Rousseau disait que la volonté générale veut le bien, … mais elle ne le voit pas toujours. Il est absurde de croire qu’une assemblée d’hommes puisse être plus éclairée que le meilleur de l’un d’entre eux et qu’une décision prise à la majorité soit nécessairement plus sage seulement parce qu’elle a recueilli un plus large consensus. L’histoire des démocraties montre assez clairement nos emportements, nos erreurs, nos préjugés collectifs. Aucune société démocratique ne l’a suffisamment été pour tendre à l’universel au point de se montrer capable de promouvoir l’idée la plus élevée que nous puissions concevoir de l’humain. On s’est fort bien accommodé de l’esclavage, de la colonisation, du pillage des ressources naturelles d’autres peuples, de la ségrégation sous toutes ses formes. L’égarement irrationnel se rencontre dans les prises  de décisions collectives autant qu’individuelles, sinon plus. Parler en retour de tyrannie de la majorité est certainement excessif,  mais il est indubitable qu’il existe un poids, une lourdeur, une inertie de la majorité. Une ignorance aussi et surtout. Le fonctionnement démocratique peut conduire à une lenteur dans les décisions,   à la paralysie et à l’inaction. Ce qui est tout à fait préjudiciable quand la prise de décision doit être rapide pour être efficace.  De plus, il faut être assez honnête pour reconnaître qu’avec l’individualisme de consommateur qui prévaut dans nos sociétés, la somme des intérêts particuliers ne tend par nécessairement vers l’intérêt général et de toutes façons, l’intérêt général peut encore être différent du bien de tous. La question est d’autant grave en ces temps où l’équilibre écologique de la planète est devenu très inquiétant.

Qu’y a-t-il de pire, entre l’autoritarisme tyrannique que nous détestons cordialement et à juste titre, et d’un autre côté la démagogie complaisante du politique qui sert de la langue de bois et finit par prendre le citoyen pour un imbécile ? Si la démagogie fausse le jeu de la démocratie, c’est qu’elle donne la part belle à une rhétorique constante qui produit de l’illusion… ce qui sert avantageusement les puissances de l’argent. Rien ne sert d’avantage les intérêts du profit que l’établissement d’un régime démocratique, car dans un tel régime, il peut tenir dans l’ombre toutes les ficelles, tout en laissant croire que les hommes ont conquis la plus belle des libertés. Cela fait des lustres que les puissances de l’argent ont  dérobé à la politique son pouvoir. Et ceci n’est pas du « conspirationnisme », c’est un simple constat de fait. Bien sûr, nous pouvons justifier la nécessité pour un peuple de se faire représenter au parlement. C’est juste une question de division correcte du travail et de spécialisation qui doit laisser aux autres citoyens tout le soin de se consacrer à l’occupation qui est la leur. Bien sûr, il est juste de penser que fondamentalement, la représentation n’est qu’un mandat accordé par le peuple à ses représentants et donc une simple procuration accordée. Toujours est-il que le manque d’intégrité du politique est un risque et qu’au final le bon peuple finit par ne plus se reconnaître du tout dans les décisions qu’on lui impose. La procuration accordée aux ministres du peuple, comme dirait Rousseau, devient illico une autorisation, voire une licence de décider en vertu de préoccupations qui peuvent s’écarter du respect strict de la volonté générale. Il est totalement illusoire de croire qu’un régime, quel qu’il soit, puisse conférer mécaniquement une intégrité à celui qui gouverne. La corruption, quand elle existe, n’a pas à être rejetée sur le régime et ce n’est certainement pas en votant des lois que l’on rend les hommes meilleurs. La grâce divine ne descend pas automatiquement sur l’esprit d’un homme parce qu’il vient d’être élu député. Nous avons besoin des hommes les plus intègres, d’homme sincères, vrais, solides, fidèles à la mission qui leur est confiée, mais cette intégrité dépend de leur vertu. Et la vertu ne s’épanouit que dans le secret de la conscience.

La solution est formulée par Eric Weil dans Philosophie politique. Il n’hésite par à dire que « la meilleure forme du gouvernement est l’aristocratie. C’est là une évidence que personne n’a jamais mise en doute : nul ne désir que les plus mauvais, les plus méchants, les moins prudents, les moins efficaces dirigent les affaires de la communauté, et tout le monde désire que les meilleurs en soient chargés. La difficulté est de trouver ceux qui sont les meilleurs dans une communauté. La thèse défendue ici consiste à dire que la démocratie est le système politique qui, dans une communauté saine, a le plus de chances d’amener les meilleurs aux postes dirigeants. La restriction est d’une importance décisive : dans une communauté en décomposition, violente, passionnée, dominée par la lutte des intérêts particuliers, le règne des médiocres (plutôt que celui des méchants ou des mauvais) sera la règle – et elle conduira au règne autocratique de ceux qui ne considèrent que l’efficacité à l’exclusion de toute valeur». Si nous conservons le terme d’aristocratie pour désigner l’aristocratie de l’esprit, (pas celle du sang) la thèse ne soulève guère de difficultés. La nuance « a le plus de chances de » est assez claire et elle écarte toute vision excessivement utopique de la démocratie. Bref, en démocratie rien n’est acquis, tout reste à faire, la démocratie est toujours à conquérir, en recréation constante.
C. Utopie, autonomie et démocratie

Mis à part  la question de la compétence de ceux qui gouvernent, au fond, ce qui nous séduit dans la démocratie, c’est la possibilité qu’a le citoyen de participer activement  aux décisions collectives. Le principe de la démocratie directe et tout l’imaginaire qui s’y trouve rattaché. Il y a des technocrates qui aujourd’hui misent sur nos moyens informatiques pour y contribuer. On imagine les citoyens connectés aux organe de décision des Etats sollicités régulièrement par clavier interposé, pour décider de telle ou telle chose.  Rousseau considérait qu’il n’y avait jamais eu de démocratie directe et qu’un gouvernement de ce genre ne conviendrait qu’à une assemblée de dieux et pas à des hommes. Il n’y a pas d’exemple historique de démocratie « pure » dans ce sens. Par exemple, dans son fonctionnement ordinaire la cité d’Athènes n’a jamais été une démocratie « pure ». Le peuple assemblé ne détenait pas vraiment tous les pouvoirs et les fonctions importantes, comme les fonctions miliaires, étaient remplies par des magistrats élus. Il n’est pas sûr que la technologie de l’information puisse changer la donne. N’empêche que la démocratie participative a un sens en direction d’une liberté autonome. Ce qui est peut être la vraie raison de la quête de la démocratie.

1) Il n’y a guère que dans des utopies communautaires, comme l’expérience Auroville que l’on ait tenté de mettre en pratique de manière complète un système d’autogestion pour éliminer le principe d’une hiérarchie de pouvoir. Un tel projet n’était concevable que porté par une forte inspiration spirituelle sans lequel il ne pouvait aboutir. En amont d’Auroville, il y a la stature, la personnalité et l’œuvre de Shri Aurobindo. Une solide réflexion sur le sens de la politique d’un penseur qui ne s’est pas contenté d’être un théoricien mais a aussi participé activement à la libération de l’Inde. Mirra, (Mère) sa disciple, la fondatrice d’Auroville, a pris le relais  et essayé de faire descendre sur Terre sa vision. D’où la concrétisation en 1968 : une cité internationale bâtie par pionniers venus de 36 pays. Elle disait en 1954 :

« Il devrait y avoir quelque part sur la terre un lieu dont aucune nation n’aurait le droit de dire: “il est à moi”; où tout homme de bonne volonté ayant une aspiration sincère pourrait vivre librement comme un citoyen du monde et n’obéir qu’à une seule autorité, celle de la suprême vérité; un lieu de paix, de concorde, d’harmonie, où tous les instincts guerriers de l’homme seraient utilisés exclusivement pour vaincre les causes de ses souffrances et de ses misères, pour surmonter ses faiblesses et ses ignorances, pour triompher de ses limitations et de ses incapacités; un lieu où les besoins de l’esprit et le souci du progrès primeraient la satisfaction des désirs et des passions, la recherche des plaisirs et de la jouissance matérielle.

Dans cet endroit, les enfants pourraient croître et se développer intégralement sans perdre le contact avec leur âme; l’instruction serait donnée, non en vue de passer des examens ou d’obtenir des certificats et des postes, mais pour enrichir les facultés existantes et en faire naître de nouvelles. Les titres et les situations seraient remplacés par des occasions de servir et d’organiser; il y serait pourvu aux besoins du corps également pour tous, et la supériorité intellectuelle, morale et spirituelle se traduirait dans l’organisation générale, non par une augmentation des plaisirs et des pouvoirs de la vie, mais par un accroissement des devoirs et des responsabilités ».

La plupart des expériences communautaires de la période hippie se sont soldées par des échecs et n’ont pas pu se maintenir. Mais Auroville existe toujours, elle a été classée par l’Unesco comme modèle de vie communautaire et elle reçoit le soutient actif du gouvernement indien dans un statut de quasi-protectorat. Elle est parrainée par plusieurs organisations internationales. Le projet a connu des difficultés, mais l’expérience est  en cours. Se maintenir à la hauteur de l’idéal posé par Shri Aurobindo et Mère était une tâche difficile. En théorie, il aurait fallu que des individus inspirés, éclairés, dépourvu d’intérêt personnel, prennent en main les projets de la ville. En pratique, comme il y a toujours des ego humains,avec leurs limites, il y a des éléments de conflit et des enjeux de pouvoir. Dans les crises il est même  parfois nécessaire de revenir aux structures habituelles des États. Et les aurovilliens avouent que finalement, pour la gestion au quotidien d’une communauté, la démocratie du vote à la majorité, c’est encore ce que l’homme a fait de mieux !

La Chartre d’Auroville prévoyait la création d’un modèle social du futur. Comme dans le premier degré de l’éducation de La République de Platon, elle proposait une éducation artistique.  Je cite encore le texte de Mère de 1954 : « La beauté sous toutes ses formes artistiques, peinture, sculpture, musique, littérature, serait accessible à tous également – la faculté de participer aux joies qu’elle donne étant limitée uniquement par la capacité de chacun et non par la position sociale ou financière ». Elle proposait l’abandon du système de l’argent, la revalorisation créative du travail et  la consécration de l’individu à la communauté. « Dans ce lieu idéal, l’argent ne serait plus le souverain seigneur; la valeur individuelle aurait une importance très supérieure à celle des richesses matérielles et de la position sociale. Le travail n’y serait pas le moyen de gagner sa vie, mais le moyen de s’exprimer et de développer ses capacités et ses possibilités, tout en rendant service à l’ensemble du groupe qui, de son côté, pourvoirait aux besoins de l’existence et au cadre d’action de chacun ».

« En résumé, ce serait un endroit où les relations entre êtres humains, qui sont d’ordinaire presque exclusivement basées sur la concurrence et la lutte, seraient remplacées par des relations d’émulation pour bien faire, de collaboration et de réelle fraternité. »

Cela ne s’improvise pas, mais il faut avoir l’audace de tenter de le faire et de frayer avec des voies nouvelles. Dès l’instant où il s’agit non plus de faire des plans, mais de mettre en pratique, la réalité humaine nous rattrape. Mais cela fait partie du jeu. L’expérience Auroville a un intérêt pour nous aider à comprendre quels obstacles se dressent sur le chemin de l’autonomie politique, combien est délicat le passage depuis notre monde étatique actuel, notre monde de la compétition, du capital, vers une communauté politique plus empreinte de sagesse. Le nœud des problèmes en définitive n’est pas dans le système, mais dans l’homme. L’ironie de Rousseau sur la beauté de la démocratie nous rattrape donc ; il faudrait diviniser l’homme pour que l’utopie devienne réalité! Et nous voyons aussi que par-delà les siècles que l’idée de platonicienne de Constitution parfaite, avec son utopie communautaire n’est pas morte et qu’elle revient s’incarner dans l’Histoire !

2) Nous voyons donc à quel point la démocratie est une idée complexe. Il y a incontestablement dans l’idée de démocratie une aura imaginaire qui inspire l’utopie. Qu’on le veuille ou non, la démocratie n’est pensable qu’à l’intérieur d’un idéalisme moral. Ce n’est pas un régime pragmatique. Si nous voulions un régime terriblement efficace, par l’ordre qu’il saurait imposer, nous opterions pour une tyrannie. C’est, comme nous l’avons vu, exactement ce qui opposerait Rousseau et Machiavel dans la définition de la politique. Mais d’autre part, nous ne voulons pas exclure le droit de regard du citoyen sur les affaires publiques. Il nous semble à bon droit qu’il doit être mis en liberté pour mûrir dans la liberté. D’où l’opposition de Rousseau à Hobbes cette fois, car la logique du Contrat Social, c’est-à-dire la formulation du lien implicite qui unit le citoyen à la communauté politique, ne peut que viser qu’à protéger et garantir la liberté.

Ce qu’il faut en déduire, c’est que le progrès de la démocratie dépend du développement du sens de l’autonomie dans la conscience d’une communauté. Pourquoi vouloir la démocratie? Parce que nous voulons être libre, parce que nous voulons un monde libre et que la liberté n’est ni utopie ni fatalité, mais notre propre création consciente. « Nous avons décidé que nous voulons être libre – et cette décision est déjà la première réalisation de cette liberté ». Il n’est pas nécessaire de se demander quand, historiquement, nous avons décidé de l’être. Ce qui compte, c’est le mouvement d’autonomie à l’œuvre dans l’Histoire et le fait même que la libération de l’homme s’est choisi comme cadre idéal la démocratie. Alors, si nous avons bien conscience de l’endroit où nous voulons aller, il faut en prendre la route de manière décidée et ne pas nous montrer inconséquent ; habile rhéteur dans les proclamations, mais n’ayant pas de suite dans les idées pour dire ce qui doit être dit et faire ce qui doit être fait.

Et c’est là qu’apparaît le point d’application le plus important. La démocratie n’a de sens que portée par un formidable travail éducatif. Patient et passionné, long et continu, étendue à toute la durée de l’existence humaine. C’est la négligence coupable des démocraties contemporaines, obsédées par  le souci de la rentabilité, de n’accorder qu’un crédit médiocre à l’éducation et de vendre la démocratie aux seuls intérêts de l’économie. A en juger par l’instruction que l’on distribue aujourd’hui, il semble que le souci principal des États soit devenu  de former soit des consommateurs ou bien des commerciaux. Aurobindo parlait du « commercialisme » des sociétés occidentales . Et l’on s’étonne par après du désintérêt pour la recherche, de l’incivisme de nos sociétés et de l’inculture crasse qui y règne. Le premier objectif de l’État démocratique devrait être de porter à son degré le plus élevé l’éducation de ses membres.  Ou alors le mot démocratie ne veut plus rien dire et autant le jeter dans les oubliettes de l’Histoire. Autant avouer que nous ne vivons aujourd’hui que dans une techno-ploutocratie bienveillante et permissive. Nous disons bien éducation, dans le sens vrai et réel de l’homme cultivé et non pas de ce délayage confus que l’on se permet d’appeler aujourd’hui « culture ». La véritable culture est éveil de l’intelligence et de la sensibilité. La connaissance seule libère et reconduit à la lucidité. La lucidité offre une ouverture à l’intelligence, nous remet les pieds sur terre et nous fait sentir le lien de la responsabilité. C’est la seule manière de couper court à l’inconscience sous toutes ses formes. Il y a incompatibilité entre le mot « démocratie » et « ignorance ». Une démocratie ignorante et un oxymore. Dans tout autre régime on peut partir du principe que seule une élite peut accéder au savoir. Le peuple peut lui rester dans l’ignorance. Il suffit de lui accorder juste un minima pour survivre, de le maintenir dans la précarité et de lui offrir des divertissements variés pour qu’il dérive sa misère dans les royaumes de l’imaginaire. Or si le mot démocratie à un sens, si nous avons un tant soit peu de souci pour la dignité de la vie humaine, nous verrons qu’il y a une importance fondamentale à ce qu’elle soit portée par une éducation de premier ordre. Tout le reste suit.

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Tant que nous n’avons pas explicité nos raisons, le consensus autour de la démocratie est juste de façade. Il faut remarquer que dans la pensée politique classique, c’est la République  qui est mise en valeur, car un bon régime est celui qui prend soin du bien public. A supposé que la loi émane effectivement de la volonté générale, que le système de la représentation est satisfaisant et efficace, que les décisions publiques sont conformes à la volonté générale, il y a tout lieu de penser que les hommes seront bien gouvernés. Ce qui ne veut pas dire que tout le monde doit participer au pouvoir.

Le choix de la démocratie exige d’avantage, parce que le peuple veut se gouverner par lui-même. A priori, un gouvernement en foule, cela n’aurait guère de sens. Cela ne peut être que la démagogie et la pagaille et les critiques ont raison de souligner l’inertie de principe de la démocratie et les travers qui la guettent. Cependant, il faut souligner que c’est le seul régime qui place réellement sa confiance en l’homme, qui s’appuie sur la responsabilité individuelle et tend à la renforcer. C’est le régime le plus favorable à l’épanouissement d’une liberté spirituelle. Mais il faut accorder que l’équilibre d’une démocratie est éminemment instable et demande pour être préservé une vigilance constante. La grandeur de la démocratie n’est pas séparable de  sa vulnérabilité.

Démocratie

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Le terme “démocratie” désigne un corpus de principes philosophiques et politiques suivant lequel un groupe social donné organise son fonctionnement par des règles élaborées, décidées, mises en application et surveillées par l’ensemble des membres de ce groupe, a priori sans exclusive. Il s’oppose historiquement aux systèmes monarchiques ou oligarchiques où le pouvoir est détenu et transmis au sein d’un petit groupe. Dans son sens originel (dans la cité-État d’Athènes du Ve siècle av. J.-C.), la démocratie (du grec ancien dèmokratia, « souveraineté du peuple », de dèmos, « peuple » et kratos, « puissance », « souveraineté ») est le gouvernement de tous (de l’ensemble du peuple).

On résume souvent ce corpus à la formule de Périclès : “le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple” mais son contenu concret a beaucoup évolué au cours de l’Histoire et est – aujourd’hui encore – l’objet de vifs débats, à tel point qu’il n’existe pas de définition communément admise de ce qu’est ou doit être la démocratie.

Depuis Montesquieu, cependant, les régimes politiques sont distingués grâce à la séparation des pouvoirs, en se basant sur les gouvernés (est-ce que le régime politique peut assurer la liberté des sujets ?).

Avec les évolutions des classifications politiques, la démocratie est devenue dès lors un système politique (et non plus un simple régime), c’est-à-dire une organisation sociale où le peuple ou un organe élu par lui, détient la souveraineté.

Par extension, le terme “démocratie” qualifie souvent tout pays qui est reconnu comme appliquant des principes démocratiques dans son fonctionnement.

Antiquité
La conception occidentale de la démocratie prend ses racines principales dans les réformes engagées autour de la cité d’Athènes dans la Grèce Antique autour du VIème siècle avant JC. Bien que la démocratie athénienne soit aujourd’hui considérée comme ayant été une forme de démocratie directe, elle faisait coïncider deux organisations politiques très différents :
d’un côté, formation d’une Boulè (équivalent d’un conseil ou d’un Sénat) regroupant environ 500 citoyens, chargée de recueillir les propositions de loi présentées par les citoyens, puis de préparer les projets de loi ;
par ailleurs, l’assemblée des citoyens (Ecclesia), exemple type de la démocratie directe.
Tous les citoyens athéniens avaient le droit de prendre la parole et de voter à l’Ecclesia, où étaient votées les lois de la cité, mais aucun droit politique ni citoyenneté n’était accordés aux femmes, aux esclaves, aux métèques : des 250.000 habitants d’Athènes, seuls 30.000 environ étaient citoyens et, sur ces 30.000, peut-être 5.000 assistaient régulièrement à une réunion de l’Ecclesia.

L’une des plus ancienne traces de civilisation démocratique, bien que considérée par certains comme une oligarchie, a été retrouvée dans les Républiques de l’Inde, dont certaines ont été fondées avant le VIème siècle avant JC et la naissance du Bouddha Gautama. Ces Républiques étaient connues sous le nom de Maha Janapandas et, d’entre toutes, Vaishali (l’actuel état du Bihar) serait la première démocratie de l’Histoire. Les systèmes démocratiques Sangha, Gana et Panchayat étaient en usage dans certaines de ces Républiques. Le système Panchayat est toujours en vigueur dans certains villages indiens. Plus tard, à l’époque d’Alexandre le Grand (IVème siècle avant J.C.), les Grecs écrivirent au sujet des Etats de Sabarcae et Sambastai (les actuels Pakistan et Afghanistan) que “leurs formes de gouvernement [étaient] démocratiques et non monarchiques”, selon les standards grecs de l’époque.

La République Romaine organisait des élections mais, là encore, les femmes, les esclaves et une large partie de la population étrangère en étaient exclus. Le vote des riches avait plus de poids et la plupart des plus hautes fonctions était attribué à quelques familles nobles.

Des dispositifs à caractère démocratique ont également été distingués dans certaines tribus de la Confédération des Iroquois. Seuls les hommes de certains clans pouvaient être nommés chefs et certains clans étaient exclus, seules les femmes les plus âgées d’un même clan pouvaient s’exprimer pour choisir ou révoquer le chef de ce clan, ce qui escluait une marge partie de la population des Iroquois, mais un détail intéressant est qu’aucune décision n’était prise sans l’obtention d’un consensus parmi les chefs. Certaines sociétés tribales réduites (entre 20 et 50 personnes), comme les bushmen australiens, n’avaient pas de chef et prenaient des décisions par consensus au sein de la majorité.

Moyen-Âge
Au Moyen-Âge, il y eut de nombreux systèmes basés sur les élections et/ou une Assemblée, comme l’élection du Gopola au Bengale, la Communauté Lituano-polonaise, l’Althing islandaise, le Veche dans les pays slaves, les Things scandinaves, et la cité marchande autonome de Sakai au Japon (XVIème siècle). Pour autant, la participation étant souvent limitée à une minorité dans ces systèmes, ils pourraient tout aussi bien être qualifiés d’oligarchies. La grande majorité des régions dans le monde du Moyen-Age était gouvernée par un clergé ou une seigneurie, suivant un système féodal.

Le Parlement Anglais est né des restrictions du pouvoir royal mises en place dans la Magna Carta. Le premier parlement élu a été le Parlement De Montfort en Angleterre en 1265. Là encore seule une petite minorité disposait d’une voix : le Parlement était élu par quelques pour-cent de la population (moins de 3% en 1780), et le système présentait des dispositions problématiques, telles que les municpalités corrompues. La convocation du Parlement était laissé au bon vouiloir du Roi ou de la Reine (le plus souvent lorsque celui ou celle-ci avait besoin d’argent). Après la Révolution Glorieuse de 1688, le Bill of Rights anglais, acté en 1689, codifia certains droits et augmenta l’influence du Parlement. L’électorat augmenta lentement et la Parlement prit de plus en plus de pouvoir jusqu’à ce que la Monarchie devienne une simple figure de proue.

De nombreuses régions aux frontières des grands états avaient conservé un fonctionnement démocratique. Entre France et Espagne il y avait ainsi ce que l’on a dénommé les républiques pyrénéennes.

XVIIIème et XIXème siècle
Bien qu’ils n’aient pas été décrits comme une démocratie par les Pères Fondateurs, les Etats-Unis d’Amérique sont considérés comme la première démocratie libérale, dans la mesure où l’engagement constitutionnel (1788) se fondait sur les principes naturels de liberté et d’égalité et surtout par opposition aux régimes aristocratiques.

En France, l’Assemblée Nationale issue de la Révolution de 1789 a été établie sur la base des principes démocratiques, déclinés en la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et en réaction aux excès de la Monarchie absolue de l’Ancien Régime.

Principe
Les règles ou les principes qui régissent les modes de consultation des populations sont les éléments clef qui caractérisent toute démocratie. « La démocratie c’est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. » (Périclès, repris par Abraham Lincoln). Cette définition a deux conséquences directes :

dans l’essence démocratique, les représentants d’un peuple sont issus de celui-ci, ce qui oppose fondamentalement la démocratie à tout système de type aristocratique, où le gouvernement est le fait d’une élite ;
le gouvernement doit être pour le peuple et donc oeuvrer dans le sens de l’intérêt général, par opposition à des décisions prises pour des intérêts particuliers ou “dans l’intérêt supérieur de l’Etat”. Une décision démocratique peut donc n’être pas populaire tant qu’elle vise effectivement et objectivement à l’intérêt de tous ; a contrario, une décision prise par un gouvernement ou un Etat pour garantir sa propre stabilité peut ne pas être d’essence démocratique (ce qui ne veut pas dire qu’elle est mauvaise) si elle ne concerne pas le peuple.
Souvent utilisé pour décrire la forme de gouvernement d’un pays, le terme de démocratie peut qualifier le fonctionnement de tout corps ou organisation sociale : société humaine, organisme public ou privé, associations, entreprise, famille, etc. Dans chaque cas, la notion de peuple doit être comprise comme l’ensemble des membres de l’organisation sociale.

Dans une démocratie l’ensemble des citoyens (terme souvent traité avec une coupable ambiguïté, cf. Critique de la démocratie) détient le pouvoir souverain et exprime sa volonté par le vote, selon le principe « un Homme, une voix » ; ce principe peut d’ailleurs être considéré comme le fondement théorique principal de la démocratie, notamment par ses non-dits (si le mot “homme” est aujourd’hui compris en son sens général incluant les femmes ce n’était pas le cas à l’origine, l’âge minimum requis reste passé sous silence, quant à savoir si ceux — étrangers notamment — qui n’ont pas voix au chapitre sont considérés comme des hommes…). Il est fréquent qu’on oppose ce principe à celui du système économique, traduit sous la forme « 1 unité monétaire = 1 voix », mais cette opposition est discutable en raison des différences de fonctionnement (l’utilisateur d’une voix la conserve qu’il obtienne satisfaction ou pas, au contraire de l’utilisateur d’argent qui doit le céder pour obtenir un bien) et inversement des similitudes (décision négociée entre intéressés plutôt qu’imposée par le prince ; lien historique entre l’argent, la classe “moyenne” ou “bourgeoise”, et la démocratie).

Il n’existe cependant pas de critère officiel internationalement reconnu pour indiquer ce qu’est une démocratie ou ce qu’elle n’est pas. Les pays du bloc de l’Est se disaient avant 1989, par exemple démocraties populaires. La Chine se dit démocratique. Les régimes européens, qui pratiquaient la colonisation, se considéraient comme des démocraties, de même que les États-Unis qui pratiquaient l’esclavage puis la ségrégation. Et tous les pays possèdent des organes (comme les services secrets, voire des “officines” sans existence légale) dont le fonctionnement échappe à tout contrôle parlementaire. Faute d’une homologation officielle établie par un organisme indépendant (par exemple l’ONU) et fiable, on peut discuter sans fin sur le fait de savoir si un pays « est » une démocratie ou non. On pourrait toutefois s’accorder pour considérer qu’une “véritable” démocratie respecte les critères suivants :

Egalité réelle et concrète de tous les citoyens devant les choix de société. Dans le cas largement répandu d’une démocratie représentative, où le peuple délègue son pouvoir souverain à des représentants, cela implique que lesdits représentants puissent être choisis par le biais d’élections libres ou par tout autre système équitable, par exemple le tirage au sort (cf. stochocratie) ;
Garantie effective des libertés fondamentales, notamment : liberté de conscience, liberté d’expression, liberté de réunion et d’association, liberté de la presse, absence d’arrestations arbitraires, etc. ;
Existence d’un système judiciaire basé sur des lois, librement établies par le peuple ou ses représentants, et respectées par le gouvernement et ses administrés ;
Outre ces éléments, d’autres critères analogues sont couramment associés à la notion de démocratie : multipartisme, respect, égalité devant la loi, droit de propriété, liberté de culte, refus de la corruption des fonctionnaires et des élus, atténuation des écarts de richesse par l’impôt (souvent nommé droits civils).

Ces principes reconnus comme nécessaires dans la culture occidentale contemporaine, sont considérés par les uns, comme universels ; par d’autres, comme spécifique à cette culture et donc dépourvus d’universalité, discutables, voire (à la grande indignation des premiers) comme de fallacieux outils d’impérialisme culturel de la part de l’occident.
Dans cette querelle, des éléments de culture non occidentale mais reprenant les mêmes principes prennent une importance particulière, ainsi par exemple que la déclaration universelle qui a fait consensus à l’ONU.

La démocratie est une ligne d’horizon politique, un idéal (au sens strict du terme) vers lequel tendent des méthodes de gouvernement. Dans les faits, aucune système politique n’est complètement démocratique car un tel type de gouvernement supposerait une information totale et transparente, un niveau d’éducation et/ou d’instruction homogène dans la population citoyenne, l’empêchement constitutionnel de tout abus de pouvoir voire de tout risque de concentration des pouvoirs…

On constate cependant que toute démocratie se forme autour de 3 principes :

Débat : échange libre entre personnes afin de prendre des décisions,
Institution : pour permettre le débat et mettre en œuvre les décisions,
Justice : afin que l’application des décisions se fasse avec le plus de Justice possible.
Ainsi un état qui possède un parlement effectif et un gouvernement qui applique les décisions avec mesure est une démocratie.

Comptabilisation des démocraties

Vision de l’étude de Freedom House : Freedom in the World 2007 (une des références pour la mesure de la démocratie dans le monde [2])

Fonctionnement démocratique

Partiellement démocratique

Non démocratique

Cette carte montre les gouvernements se réclamant (ou non ) de la démocratie, juin 2006.
Gouvernement se déclarant démocratique et permettant l’existence de groupes d’opposition, du moins en théorie.
Gouvernements se déclarant démocratique mais ne permettant pas l’existence de groupes d’opposition.
Gouvernements ne se revendiquant aucunement en tant que démocratie.
Dans un rapport qui fait autorité en la matière, Guerre et paix au XXIe siècle[3], le Human Security Center[4] a, en 2005, opéré une classification neutre entre les régimes (dans le but de démontrer le rapport entre sécurité humaine et démocratie, entre autres). Ils déterminent trois catégories de régimes :
démocraties ;
anocraties (régimes en transition ou aux institutions instables) ;
régimes autoritaires.
Pour définir les démocraties, comme tous les régimes ont des critères différents (afin, la plupart du temps, de se revendiquer en tant que démocratie), ils retiennent un faisceau d’indices établissant un “polity score”, qui traduit la qualité des institutions et des processus politiques.

Ce sont en particulier :
la manière dont est recruté l’exécutif (élection, nomination, pouvoir héréditaire, liberté des électeurs…) ;
moyens de contrôle sur l’action de l’executif (autres pouvoirs : législatif et judiciaire…);
la manière dont est traitée la concurrence politique (opposition des partis politiques, contre-pouvoirs comme la presse ou l’opinion publique…).
Selon ces calculs, en 2005, il y avait 88 démocraties dans le monde (les pays inférieurs à un demi million d’habitants n’étant pas comptabilisés), sachant que l’ONU reconnaît 195 États aujourd’hui. Cela est un net progrès vis-à-vis de 1946, où il n’y en avait que 20[1]. Ce progrès est dû notamment à la fin de la Guerre froide (démocratisation des pays de l’Europe de l’Est) et à la démocratisation du continent sud-américain depuis la fin des années 1980.

Représentativité
Un degré de démocratie se mesure : en considérant notamment qui en est exclu.
Une démocratie évolue dans le temps : ainsi la France de 1938 était une démocratie, mais les femmes ne pouvaient pas voter. En 1944 les femmes pouvaient voter, mais pas les habitants des colonies. En 1958 certains habitants des colonies pouvaient voter, mais pas les français musulmans d’Algérie. Maintenant toute personne de nationalité française peut voter.

Polymorphisme de la démocratie
Il y a certainement autant de formes de démocratie que d’organisations sociales qui se veulent être démocratiques. L’idée même de “démocratie” est peut-être dans ce polymorphisme.

La démocratie états-étasunienne, souvent taxée de “dictature de la majorité”, est aussi la possibilité pour un simple citoyen d’affronter l’État en justice. Le cinéma a rendu célèbre Monsieur Smith (joué par James Stewart dans Mr. Smith au Sénat ou en version originale “Mr. Smith Goes to Washington”) plaider au Sénat.

“L’imperfection pousse au progrès”, disait Flaminio Bertoni. La Constitution des États Unis est faite d’une suite de perfectionnements dans des procès en justice par des citoyens ou groupes de citoyens contre le gouvernement. Tel est le “Cas Korematsu” pour l’injustice envers une catégorie de citoyens.

Implications
Ce régime implique :
le principe d’une liberté, comme celle d’expression, de pensée, de rassemblement, de religion, etc. (même si elle est réglementée),
le principe d’égalité, en particulier l’égalité politique des citoyens, mais ce régime fonctionne mieux lorsque ses citoyens, par le biais de l’instruction, acquièrent également les connaissances de base nécessaires à l’accomplissement de leurs devoirs civiques (égalité sociale).
Ces deux principes ne peuvent en aucun cas s’exclure l’un l’autre, il faut qu’ils soient tous deux présents. Mais les démocraties peuvent mettre l’accent plus sur l’un ou sur l’autre.

Par exemple, pendant la Guerre froide, le bloc de l’Ouest mettait l’accent sur la liberté ; le bloc de l’Est mettait l’accent sur l’égalité.
Chacun des deux blocs déniait à l’autre le caractère de démocratie. Ainsi, pour les États-Unis, l’URSS ne respectait aucune des libertés les plus fondamentales (presse, opinion, religion…) et pour l’URSS, les États-Unis n’instauraient aucune égalité entre ses citoyens (apartheid jusque dans les années 1960 ; mouvements féministes dans le même temps également).

L’égalité politique
Toutefois, même lorsque ce principe est en théorie reconnu et défendu, il n’est que peu souvent appliqué, car son usage serait pour certains pas très efficace : même s’il était techniquement et économiquement possible de consulter la Belgique entière pour savoir si telle ville doit ou non reconstruire une piscine, il y a peu de chance que l’intérêt national y gagne quelque chose.

dangereux pour les minorités.
L’égalité peut aussi se mesurer à l’importance que l’objet de la décision politique a réellement pour les votants.

Pour résoudre ce problème en conservant le principe « une personne = une voix », la solution généralement employée est de procéder à un découpage géographique, et à une estimation de l’échelon pertinent : ainsi les annexions ou indépendances seront-elles soumise à double vote, global et réduit aux habitants du territoire concerné ; ainsi les habitants d’une ville voteront-ils pour ce qui est « municipal » ; etc.
Pour les sujets sensibles, (tout récemment en France : OGM, mariage homosexuel, CPE, implantation d’une usine d’incinération, d’un aéroport, etc.), il y a souvent des conflits de compétence, chacun souhaitant protéger ses intérêts personnels avant ceux des autres. Ces problèmes prennent du temps à être résolus, et subissent parfois des rapports de forces et d’inégalité de la part d’un parti ne tenant pas à respecter le choix des autres.

Plus grave, même si théoriquement « une personne = une voix », en pratique et finalement une décision est prise, et la minorité doit subir le choix de la majorité, au mépris du principe affiché. Mais c’est également le cas pour les autres systèmes politiques existants et la solution est de tolérer la décision des autres face à la sienne.

Est-il possible d’assurer une égalité politique ? Il faut que chacun s’engage lui-même dans chaque sujet à proportion de l’importance qu’il lui accorde, ni plus ni moins. Et il faut qu’il n’impose pas à l’autre sa décision, mais qu’il négocie avec lui, en lui accordant une compensation : c’est le modèle hollandais dit modèle des polders.

La démocratie est un système qui demande à chacun d’être ouvert et de discuter de ses arguments avec ses opposants pour conclure sur une solution équitable pour les deux “camps”.

Devoirs
Le système démocratique implique aussi deux devoirs :
exprimer son opinion, ou s’informer si l’on manque d’éléments pour en avoir une ;
respecter l’expression des autres opinions (ce qui n’oblige nullement à respecter ces opinions elles-mêmes).
Ce sont des règles fondamentales, que résume la phrase apocryphe de Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ».

La démocratie ne peut donc se concevoir comme simple dictature de la majorité et, exclut par conséquent toute idée de suppression d’un parti même minoritaire, sauf dans le cas très spécifique où celui-ci prône explicitement le recours à la violence et à des actions anti-démocratiques. Même dans ce cas, le parti communiste qui prônait avant Georges Marchais un but théorique de renversement des institutions et de dictature du prolétariat ne fut jamais formellement inquiété, et renonça en fin de compte de lui-même à ces objectifs d’apparence peu démocratique.

Tout système politique est un système de pouvoir qui comporte des exclusions et des différenciations ; la démocratie n’est donc pas nécessairement absolue…
Une démocratie comme la démocratie athénienne avait une notion restreinte de la citoyenneté, excluant les voix des femmes et des esclaves.

Un système démocratique ne prétend pas garantir que les choix effectués seront les meilleurs pour l’avenir des citoyens (aucun système, à vrai dire, ne le prétend). Il devrait en revanche assurer que les décisions sont prises avec l’accord ou l’assentiment d’une majorité
Dans le cas d’un système représentatif, le principe démocratique devrait garantir que nul ne sera appelé au pouvoir sans avoir fait l’effort de convaincre la population du bien-fondé de son programme, et y être en partie parvenu. Cette considération est aussi l’une des critiques adressées aux systèmes démocratiques électifs car les frontières entre conviction, persuasion, démagogie et… la pure et simple tromperie ne sont pas toujours claires.

Critiques de la Démocratie
La Démocratie est une conception essentiellement occidentale de l’idéal politique. Elle n’est pas universellement considérée comme une utopie souhaitable. Parmi les critiques qui lui sont adressées, on peut citer :
le risque toujours présent d’une dictature aveugle et versatile de la majorité, qui peut être, sur certains sujets, un ensemble de volontés, motivations et opinions particulièrement hétéroclite et mouvant ;
aucun raisonnement valable ne peut conduire à affirmer que la majorité a nécessairement raison : une décision démocratique n’est pas forcément une bonne décision pour l’avenir d’une société ; ce constat fonde pour certains la différence entre démocratie et République [2] ;
dans une société qui tend à l’individualisme, la somme des intérêts particuliers ne tend pas nécessairement vers l’intérêt général ;
le statut de citoyen n’est trop souvent accordé qu’à des conditions contraires aux principes fondateurs de la démocratie. Tout membre de la cité devrait être citoyen de droit, mais concrètement une ségrégation est établie dans la plupart des “démocraties” sur des critères de naissance et/ou de nationalité, de fortune, de capacité présumée, de sexe, de race, etc.
plus largement, aucune société “démocratique” ne l’a été suffisamment pour tendre à l’universel : de nombreuses “démocraties” se sont accommodées de l’esclavage, du cens, de la colonisation, de la ségrégation et de l’apartheid, ce qui laisse penser qu’un groupe social ne pense jamais le bien que dans son propre intérêt et au détriment des autres ; cette critique, que l’on peut estimer, en soi, infondée quant au principe même de démocratie, est pourtant récurrente et le plus souvent évoquée pour disqualifier les “ouvertures démocratiques” impulsées ou imposées “de l’extérieur” ;
dans les démocraties représentatives, le principe même de l’élection incite à la démagogie et fausse le jeu démocratique ;
une démocratie pure peut conduire, sur des sujets pourtant cruciaux, à l’indécision et l’inaction par absence de consensus ou plus simplement absence de majorité ;
les conditions concrètes (cf. plus haut) d’un système totalement démocratique ne pouvant jamais être réunies, toute soi-disant “Démocratie” serait un leurre où le plus beau rhéteur (ou le plus manipulateur) emporterait l’adhésion populaire, quelle que soit la pertinence de ses propositions – ce constat a amené Voltaire à invoquer plus volontiers un despotisme éclairé.
« La meilleure critique de la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen » (W. Churchill), voir les citations.

Typologie des démocraties
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On oppose traditionnellement deux formes de démocraties : la démocratie directe et la démocratie représentative. Il existe cependant des régimes mixtes.

Démocratie directe
Dans la démocratie directe, le pouvoir est exercé directement par les citoyens, qui s’assemblent et établissent les lois.

Voir l’article sur la démocratie directe

Démocratie représentative
Dans la démocratie représentative, des intermédiaires sont nécessaires. Les citoyens élisent des représentants qu’ils chargent d’établir les lois.

Voir l’article sur la démocratie représentative

Systèmes mixtes
Démocratie semi-directe
Les démocraties semi-directes empruntent aux deux formes de démocraties.

Les citoyens élisent des représentants qu’ils chargent d’établir les lois, mais les citoyens peuvent aussi être amenés à faire des lois par référendum (ou les refuser).

C’est le cas, par exemple, en France ou en Suisse ; plus en Suisse, où le référendum est la norme, qu’en France, où le référendum reste exceptionnel.

Article 3 de la Constitution du 4 octobre 1958 (France) : La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants [démocratie représentative] ou par la voie du référendum [démocratie directe].

Le référendum peut prendre plusieurs formes : il peut s’agir d’un référendum législatif ou constituant (qui sont les deux formes les plus utilisées). L’initiative du référendum appartient alors aux institutions représentatives. Dans certains cas, cependant, il existe également un référendum d’initiative populaire, ce qui est le cas en Suisse ou en Italie par exemple. Comme son nom l’indique, l’initiative appartient alors aux citoyens.[5]

En France, depuis la révision constitutionnelle du 28 mars 2003, même si cette initiative populaire n’existe toujours pas formellement, il est possible de la distinguer au travers de l’articulation de deux articles de la Constitution. Il s’agirait alors pour les citoyens de faire usage de leur droit de pétition (article 72-1 alinéa 1), puis de voter sur cette réforme locale au travers du référendum local (article 72-1 alinéa 2). Il n’est donc pas exclu “que la pétition ait pour objet de demander l’inscription à l’ordre du jour de l’assemblée délibérante de la question de l’organisation d’une consultation des électeurs” sur un sujet précis relevant de la compétence d’une collectivité territoriale.[3]

Néanmoins, il faut remarquer que le droit de pétition a été très encadré (notamment par les maires refusant la consécration du droit d’initiative locale, qui aurait empiété sur leurs fonctions).[6]

Démocratie participative
Dans la démocratie participative, les citoyens sont associés aux décisions prises par les représentants, dès l’élaboration et jusqu’à leur application. Divers moyens sont alors utilisés pour cela.

Voir l’article sur la Démocratie participative

Confusions et extensions abusives
Les rapports entre démocratie et République entretiennent de vifs débats intellectuels. Selon certains, il n’y a pas de lien automatique ou consubstantiel entre les deux dans la mesure où :
la démocratie caractérise les principes de fonctionnement d’un groupe social
la République caractérise quant à elle la constitution ou les principes fondateurs d’un Etat-Nation, le plus souvent par opposition à une Monarchie ou à un Empire.
Une République peut être d’inspiration démocratique (c’est même souvent le cas) mais il ne s’agit pas d’une condition nécessaire. De le même manière, toute démocratie n’est pas obligatoirement une République (voir le Royaume-Uni).

Les concepts listés ci-dessous utilisent le terme démocratie mais, dans leur usage conventionnel, en pervertissent voire dénaturent fondamentalement le sens :
démocratie populaire
démocratie d’opinion (recours aux enquêtes et sondages pour orienter les choix politiques)