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Non à l’OTAN

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Non à la guerre – Non à l’OTAN

A l’occasion du soixantième anniversaire de l’OTAN, nous vous appelons à venir manifester à Strasbourg le 4 avril 2009 contre les politiques militaires et nucléaires agressives de l’OTAN et à participer au contre-sommet pour affirmer qu’un monde de justice et de paix est possible.

Nous l’affirmons avec force: la France doit renoncer à son intégration dans le commandement militaire de l’OTAN. Elle doit rompre avec une politique aux visées dominatrices méprisant les droits des peuples.

Nous refusons la vision dangereuse et manichéenne de la “guerre des civilisations” et toutes réponses militaires aux crises mondiales et régionales.

Nous rejetons la course aux armements et refusons de vivre dans la crainte du recours à l’arme nucléaire. Il est inacceptable que les dépenses militaires engloutissent l’argent nécessaire à la satisfaction des besoins vitaux de l’humanité ; d’autant plus que les gouvernements voudraient faire payer aux peuples les dégâts du libéralisme financier

Nous exigeons la fermeture des bases militaires étrangères dans tous les pays. Pour construire un monde plus sûr et plus juste, nous voulons démilitariser et démocratiser les relations entre les peuples et établir de nouvelles formes de solidarité et de coopération.

En Afghanistan, le bilan de l’occupation militaire est dramatique. Les populations afghanes doivent retrouver els moyens de décider de leur avenir. Il est temps de mettre en oeuvre une solution politique internationale fondée sur l’aide d’urgence et la reconstruction dans le respect des droits du peuple afghan, en particulier des droits des femmes. Nous demandons le retrait du dispositif militaire français des troupes de l’Otan.

Fait à Paris le 22 octobre 2008

Signataires : Union Pacifiste de France, collectif “la guerre tue” (Toulouse), Les VERTS, Collectif Faty KOUMBA : association des libertés, droits de l’homme et non-violence, MARS GR, PCF, ATTAC, ACDN, Alternative libertaire, les Alternatifs, FSU, M’PEP, Union pacifiste, ATTAC, Droit-Solidarité, PCOF, MRAP, NPA, Parti de Gauche, UJFP, le Mouvement de la Paix, ACG, Collectif des Iraniens contre la guerre, ACCA, IPAM/CEDETIM, AAW, ARAC, Coordination européenne pour la marche mondiale des femmes.

Non à la guerre – Non à l’Otan

60 ans ça suffit. Non à la guerre, Non à l’OTAN. Contre-sommet du 1er au 5 Avril 2009.
Tous à Strasbourg, Troupes hors d’Afghanistan.
Manifestation internationale Samedi 4 Avril 2009 à Strasbourg.

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Gwadloupéyen

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Gwadloupéyen ! Doubout kont pwofitasyon ! Kimafoutiésa ! Yo sinyé !

Une chanson en l’honneur du mouvement victorieux de grève générale en Guadeloupe…

Fichier audio : Cliquez ici

http://lkp.e3b.org/dotclear/

http://ugtg.org/article_687.html

Royal Mail

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ROYAUME-UNI •  Une privatisation qui ne passera pas comme une lettre à la poste

Le 26 février, le gouvernement britannique présentera devant la Chambre des lords son projet de loi de privatisation partielle de Royal Mail. L’Etat céderait 30 % du capital à des opérateurs privés. Mais cette mesure est vivement contestée dans les rangs du Parti travailliste, par au moins 125 députés, et jusqu’au sein du gouvernement. “Les rebelles prédisent que le projet de loi n’arrivera sûrement pas devant la Chambre des communes avant l’automne, ce qui laisse du temps au gouvernement pour convaincre les sceptiques”, explique The Guardian. “Mais, s’il y arrive, il a toutes les chances de devenir une loi, car les conservateurs ont annoncé hier qu’ils soutiendraient le gouvernement.”

L’ultime krach

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Au début, tout ira bien. L’Amérique est fière de son nouveau président. Le monde se réjouit de son accession au pouvoir. Au début, Barack Obama va dépenser des centaines de milliards de dollars pour sauver les banques, les consommateurs, les entreprises, l’Amérique tout entière. Le monde lui prêtera allègrement ces montagnes d’argent d’une ampleur sans précédent. Les investisseurs se sont arraché les obligations à dix ans mises en vente par le Trésor américain ces derniers jours. Depuis plus d’un mois, leur taux d’intérêt est inférieur à 2,5 %, plus bas niveau depuis plus d’un demi-siècle. Dans une finance où les repères ont pratiquement tous volé en éclats depuis l’automne, le monde est trop heureux d’acheter le produit financier le plus sûr au monde. Et offre ainsi un gigantesque « golden hello » (cadeau de bienvenue) à Obama pour relancer l’économie de son pays.

Le problème, c’est qu’il n’y pas que des débuts dans la vie. D’ailleurs, plus on avance dans la vie, plus on a observé des aubes glorieuses suivies de crépuscules piteux. L’élection du jeune Valéry Giscard d’Estaing et sa défaite endiamantée sept ans plus tard, la nomination éclatante de Serge Tchuruk à la tête d’Alcatel et son éviction sous les vivats boursiers, les coups de tête brésiliens et le coup de boule italien de Zinedine Zidane, ou en remontant dans l’histoire le Pétain de Verdun et le Pétain de Vichy… Rares sont les parcours aussi cohérents que celui de George W. Bush, avec une élection laborieuse, voire douteuse, une présidence calamiteuse et une fin de mandat désastreuse. Il serait heureux non seulement pour Barack Obama, mais aussi pour toute la planète que le quarante-quatrième président des Etats-Unis fasse tout l’inverse.

Le problème à nouveau, c’est qu’il faudra beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent au nouveau locataire de la Maison-Blanche. Le « golden hello » suffira-t-il ? Le déficit budgétaire des Etats-Unis pourrait atteindre le montant astronomique de 2.000 milliards de dollars cette année. En une seule année, l’excès des dépenses sur les recettes atteindra le montant cumulé… sur les quinze dernières années (1993 à 2007, y compris quatre années Clinton d’excédents). Avec les plans Bush, Paulson et Obama, 1.700 milliards de dollars d’argent public auront été injectés en deux ans. Et l’Amérique ne sera pas le seul emprunteur public. A en croire les chiffres annoncés par les gouvernants, les plans de relance annoncés en Europe et en Asie devraient pomper près de 2.000 milliards de dollars. Avec une telle demande de capitaux, les emprunteurs publics risquent de connaître en 2009 le même choc que les emprunteurs privés en 2008 : le passage brutal d’une liquidité abondante à la sécheresse.

Il paraît bien sûr difficile d’imaginer des Etats sans prêteurs. Mais au Moyen Age, la disparition de royaumes incapables de lever de l’argent frais pour payer leurs gardes suisses était, si l’on ose dire, monnaie courante. Il y a à peine un an, il paraissait tout aussi farfelu d’évoquer l’effondrement des stars de Wall Street. Et il y a trois mois, l’Etat islandais aurait sauté comme une vulgaire banque si les Russes ne lui avaient pas prêté 4 milliards d’euros à la dernière minute. Les Etats-Unis sont infiniment plus puissants. Mais il y a un an, les premières banques mondiales, Bank of America et Citigroup, étaient elles aussi infiniment plus puissantes que la petite allemande IKB, premier établissement financier balayé par la crise du « subprime » en juillet 2007. Depuis, elles ont montré elles aussi leur vulnérabilité. L’Islande sera peut-être aux Etats-Unis ce que fut IKB à Citigroup : le signe avancé d’une déroute inconcevable.

Heureusement, nous n’en sommes pas encore là. Pendant des mois, Barack Obama va pouvoir emprunter sans le moindre problème. Et si d’aventure il a un problème, la Réserve fédérale imprimera des billets pour financer ses projets. Mais la faillite des Etats-Unis n’est plus un scénario inimaginable. Certains prévoient déjà que l’Amérique échappera au pire cette fois-ci… pour succomber lors de l’éclatement de la prochaine bulle. Tous les autres gros emprunteurs ont toujours fait défaut à un moment ou l’autre. Même l’Angleterre, en 1672.

[20/01/09] JEAN-MARC VITTORI
http://www.lesechos.fr/info/analyses/4820433-l-ultime-krach.htm

Obama

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Obama va demander 200 milliards de dollars pour financer les guerres

[ 26/02/09  - 12H02 - AFP  ]

Le président américain Barack Obama va demander plus de 200 milliards de dollars sur les 18 mois à venir pour financer l’effort de guerre américain, a rapporté CNN jeudi.

CNN, citant des responsables de la défense anonymes, a précisé que la demande de Barack Obama comprenait 75,5 milliards de dollars pour 2009 pour envoyer des renforts américains en Afghanistan.

Les dépenses consacrées aux guerres en Irak et en Afghanistan pour l’année fiscale 2010, qui commence en octobre, font partie du projet de budget que présente jeudi Barack Obama. Ces dépenses faisaient l’objet de lois de finances distinctes sous la présidence de George W. Bush.

Le budget du Pentagone s’est établi pour l’année fiscale 2009 à 515 milliards de dollars, hors coût des guerres en Irak et en Afghanistan.

En ajoutant les coûts estimés de ces deux conflits, le total des dépenses militaires s’élève à environ 650 milliards pour l’année fiscale 2009, contre 670 milliards en 2008.

Barack Obama présente jeudi son premier budget, transposant dans les chiffres et les projets son engagement à mener de grandes réformes comme celle de la couverture santé tout en réduisant les dépenses de l’Etat.

Ce budget qui tracera seulement de grandes lignes budgétaires avant d’être détaillé plus tard dans l’année “investira dans trois domaines absolument vitaux pour l’avenir de notre économie: l’énergie, la couverture santé et l’éducation”, a déjà dit M. Obama.

Il a fait part de son intention de diviser par deux le déficit américain d’ici à 2013 et a indiqué que son administration avait identifié 2.000 milliards d’économies sur 10 ans et cesserait de financer des programmes d’armements inutiles.

les echos … obama-va-demander-200-milliards-de-dollars-pour-financer-les-guerres

LE GRAND SOIR

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17 février 2009
L’UNION de nos FORCES contre la FATALITÉ MÉDIATIQUE

Les médias nous empoisonnent de leurs mensonges, la société nous divise jusqu’à l’isolement et la crise capitaliste nous cloue à la misère. STOP ! Nous refusons l’asservissement. Une brigade d’action se met en place pour enquêter de façon indépendante, libre et audacieuse sur des sujets importants méprisés par les élites . Pour connaître la vérité il faut aller la chercher. Nous n’avons besoin de rien sinon de solidarité. Unissons-nous et agissons !
Chers lecteurs, chers acteurs,

J’écris ce court article pour vous proposer de participer à une coopérative éditoriale, ou encore une communauté d’action. Il s’agit de surpasser la fatalité et d’unir nos forces dans un projet d’investigation libre et indépendant. La communauté d’action est une vision de la coopération nourrie de la sueur et de l’intelligence, de l’audace et de l’improvisation. Le projet est de rompre la passivité face à la masse des médias et des informations qui nous bombardent chaque jour. On se nourrit de ce que l’on nous donne et la nourriture n’est pas bonne. Mais plus encore le but est, en ces temps de crise (ou complot ?), de valider le principe de solidarité face à la loi de la misère, aussi bien matérielle que intellectuelle.

La misère est une arme du mensonge parce que la rente promise aux investigateurs et journalistes n’est que le gage de leur asservissement aux puissances que justement nous dénonçons et proposons de démasquer. Nous ne sommes pas salarié, ni producteur de quoi que ce soit. Nous voulons simplement partager et faire partager, impliquer et responsabiliser chacun, enfin ceux et celles dont l’âme révoltée piétine d’impatience. Nous décidons de partir en Grèce pour rencontrer et partager les aspirations d’une partie d’un peuple en révolte. Les médias sont restés vagues et superficiels, à vrai dire, maintenant que le spectacle est ailleurs, il ne reste que quelques images confuses dans les têtes. Pourtant il y a eu l’assassinat d’un jeune par la police. Pourtant les mouvements se structurent dans toutes les couches de la société. Pourtant des groupes révolutionnaires revendiquent des actions de propagande par le fait. Mais que se passe-t-il ?

Nous pouvons attendre le prochain mort ou les prochaines émeutes pour savoir ce qu’en diront les journalistes payés par Lagardère et Arnaud, Murdoch ou Black.

Ou nous pouvons y aller nous mêmes.

Comment ?

Moi je ne parle pas grec, par idéologie j’ai renié l’english, je n’ai pas de tas d’or, par idéologie j’ai renié salariat et assedic, je n’ai pas de contacts sur place, je n’ai pas ci, je n’ai pas ça… ou mille autres excuses fatalistes. Une poignée d’hommes et de femmes sont toujours à la source de grands projets, parfois des révolutions, si leur détermination, leur solidarité et leur audace sont à la hauteur des combats qu’ils entendent mener.

A vrai dire moi tout seul je n’ai pas grand chose. Et je ne peux pas grand chose. Mais je ne suis pas seul, vous êtes avec moi.

Ce court article est donc un appel à la solidarité, un appelle à former une brigade d’action, ainsi nous aider nous-mêmes, aider les compagnons grecs, valider le principe d’union et se servir ainsi de la communauté qui existe vit et réagit au moyen du site legrandsoir.info. Moi même j’y écris, je partage avec les compagnons des discussions qui souvent tournent autour du thème de notre impuissance et des possibilités d’action, qui souvent tourne autour du Que faire ? Et bien agissons !

Je ne vais pas faire plus long ici, seulement je vous invite à me contacter directement si vous souhaitez vous unir à ce projet immédiat. Tout est bien venu, tout savoir, toute connaissance, tout contact, tout conseil, tout prêt de matériel et bien sur tous camarades de route et de lutte (et même de l’argent pour engraisser la caisse collective). Ainsi je vous expliquerai la démarche, le projet tel qu’il est aujourd’hui et comment il peut évoluer. Nous avons la chance de pouvoir utiliser la communauté de lecteurs et d’acteurs du site legrandsoir.info pour éditer les articles, documents audio ou vidéo, nous avons la chance de pouvoir partager avec la communauté du site legrandsoir.info pour orienter les enquêtes en temps réels via l’outil Internet, d’impliquer tout le monde et de créer un lien direct différent des billets d’humeur habituels. Ainsi nous validerons ensemble le procédé pour d’autres actions, nous partagerons les résultats pour les actions futures, et nous clouerons, au passage, les becs de ceux qui nous pensent si virtuels.

Par ailleurs, bien que projet plus solitaire, je me suis appuyé sur la communauté d’action des gens engagés sur place lors d’un projet similaire en Colombie . J’ai partagé les témoignages et enquêtes sur le site, vous pouvez ainsi vous rendre compte, et de la démarche, et des possibilités et de quelques résultats précieux qui peuvent être obtenus :

http://www.legrandsoir.info/spip.php?article8027
http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7499
http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7623
http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7419

Archibald Emorej.

contact : lesbrigades@gmail.com

© LE GRAND SOIR – Diffusion non-commerciale autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
http://www.legrandsoir.info

Chute du dollar [2]

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Suite de l’article : Chute du dollar [1]

http://patrick-germano.com/news-politics/chute-du-dollar-1/

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Le pétrodollar est devenu la clé de l’hégémonie économique américaine dans les années 1970.

Un pétrodollar est un dollar gagné par un pays grâce à une vente de pétrole. Entre 1972 et 1974, le gouvernement des États-Unis promettait à l’Arabie Saoudite, dans le cadre de la Commission économique américano-saoudienne, d’apporter à la dynastie des Saoud son soutien technique et militaire, en échange de quoi l’Arabie Saoudite s’engageait à n’accepter que des règlements en dollars pour son pétrole. Cet accord, autour duquel aucune publicité n’a été faite et que le public comprend mal, permettait à la famille régnante en Arabie Saoudite d’obtenir la sécurité dont elle rêvait dans une région pleine de périls et fournissait aux États-Unis un allié sûr et essentiel parmi les membres de l’OPEP. L’Arabie Saoudite est le plus gros producteur de pétrole de l’OPEP, où elle occupe une position prépondérante. Elle est aussi le seul membre de ce cartel à ne pas être tenue de respecter un quota de productivité. C’est un « producteur fluctuant », ce qui signifie qu’elle peut augmenter ou diminuer sa production de pétrole pour provoquer une pénurie ou saturer le marché mondial. Par voie de conséquence, c’est pratiquement l’Arabie Saoudite qui détermine le prix du pétrole. Peu de temps après l’accord entre les États-Unis et le gouvernement saoudien, les autres pays de l’OPEP décidèrent de fonctionner selon le même principe et depuis cette date toutes les transactions pétrolières se font en dollars. Le standard pétrolier était devenu celui du dollar.

Pourquoi cela revêt-il une telle importance ?

Le pétrole n’est pas seulement le produit le plus important de tous les échanges internationaux. C’est le moteur de l’industrie, sans lequel aucune économie moderne ne peut fonctionner. Si l’on ne possède pas de pétrole, on est obligé d’en acheter, et si l’on veut l’acheter sur les marchés mondiaux, on est communément obligé de le payer en dollars. Les autres pays traitent les dollars comme l’or, ils les achètent et les accumulent, parce que sans dollars, ils ne peuvent pas acheter de pétrole. En 2002, un ancien ambassadeur des États-Unis en Arabie Saoudite déclara ceci à une commission du Congrès américain : « Ce que les Saoudiens auront accompli de plus remarquable, sur le plan historique, aura été entre autres d’insister pour que le prix du pétrole continue d’être en dollars, en partie par amitié pour les États-Unis. Ce qui fait que le Trésor américain peut émettre de la monnaie et acheter du pétrole, une prérogative unique par rapport aux autres pays. »

Ce système, qui fait du dollar la monnaie de réserve pour les échanges pétroliers a pour conséquence de maintenir la demande en dollars « artificiellement » forte. Cela permet aux États-Unis d’émettre des dollars à un coût quasiment nul pour financer des dépenses militaires plus importantes ainsi que la consommation de produits d’importations. Il est possible, en théorie, d’émettre des dollars en quantité illimitée. Tant que les États-Unis n’ont pas de rival sérieux et tant que les autres pays font confiance au dollar, le système se perpétue.

C’est ce contexte qui a servi de base essentielle à l’hégémonie économique des États-Unis depuis les années 1970. Cela va sans dire, ce système permet à l’administration américaine de contrôler avec efficacité le marché pétrolier mondial.

Le pétrodollar est l’une des bases fondamentales de l’économie mondiale moderne qui rejaillissent inévitablement sur la géopolitique. Tandis que, pour les élites politiques et économiques des États-Unis, il a été source d’avantages indéniables, il a lié inextricablement le destin de l’économie américaine au devenir du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale.

Dans ces conditions, les dollars s’accumulèrent rapidement dans les banques étrangères, particulièrement celles qui desservaient les pays exportateurs de pétrole. Ces pétrodollars eurent une conséquence supplémentaire ; en effet contrairement à l’Europe occidentale et au Japon, la plupart des pays exportateurs de pétrole étaient limités en matière de consommation et de développement au plan national. C’est cette donnée qui amena l’administration Nixon à persuader ces pays d’ acheter des obligations et des bons du trésor américains, stratégie que les administrations suivantes adoptèrent pour réduire une balance des paiements fortement déficitaire. En effet les exportateurs de pétrole ont pu réinjecter ces pétrodollars dans le système économique des États-Unis avec un risque zéro. « Tant que le pétrole de l’OPEP était libellé en dollars et tant que l’OPEP investissait ses dollars dans des placements du gouvernement américain, ce dernier bénéficiait d’un double prêt. La première partie de ce prêt concernait le pétrole : le gouvernement pouvait émettre des dollars pour payer le pétrole, ce qui dispensait l’économie américaine de produire des biens et des services en échange du pétrole jusqu’à ce que l’OPEP achète des biens et des services avec ces dollars. Il est évident que cette stratégie ne pouvait fonctionner que si le dollar était utilisé pour les transactions pétrolières. La seconde partie du prêt concernait toutes les autres économies, contraintes de payer leur pétrole en dollars mais n’ayant pas la possibilité d’en émettre. Ces économies étaient obligées d’échanger leurs biens et services contre des dollars afin de pouvoir acheter à l’OPEP. » (David E. Spiro, The Hidden Hand of American Hegemony : Petrodollar Recycling and International Markets, Ithaca : Cornell UP, 1999, p. 121)

Pendant longtemps, tout se passa sans encombre. Toutefois, la fin du bloc soviétique, l’émergence d’une nouvelle Europe unifiée ainsi que la création de l’Union monétaire européenne au début des années 1990 entraînèrent en une remise en question sans précédent de la situation de leader mondial des États-Unis. En particulier la création de l’euro fin 1999 ajouta une donnée entièrement nouvelle au système financier mondial. La création de l’euro est l’événement qui a le plus marqué les marchés financiers mondiaux depuis l’abandon de la couverture-or du dollar par les États-Unis en 1971. Quelques années à peine après sa naissance, l’euro constitue une réelle alternative, devenant la deuxième monnaie mondiale sur les marchés financiers.

Si une partie importante des échanges pétroliers se déroulaient en euros et non plus en dollars, bien plus de pays seraient amenés à détenir de plus grandes quantités d’euros dans leurs réserves. D’après un rapport du groupe HSBC de juin 2003, un abandon du dollar, même limité, ou une modification des flux entraînerait des conséquences importantes. Le dollar serait alors obligé de se mesurer à l’euro dans la conquête du capital mondial. Non seulement l’Europe n’aurait plus besoin de dollars, mais le Japon, qui importe 80% de son pétrole du Moyen Orient, devrait convertir en euros ses actifs en dollars. Les États-Unis, l’un des principaux importateurs de pétrole du monde, se verraient également obligés de détenir une réserve conséquente d’euros, ce qui entraînerait des conséquences désastreuses pour les tentatives américaines de gestion monétaire : l’administration des États-Unis serait forcée de modifier de manière significative sa politique actuelle en matière de taxes, de déficit et de commerce, tous domaines qui connaissent à l’heure actuelle la plus grande instabilité.

Aujourd’hui les Américains dépensent 700 milliards de dollars de plus qu’ils ne produisent, ils sont donc obligés d’emprunter cette somme. Cela signifie que chaque citoyen américain dispose de biens d’importation dont la valeur excède de 3000 dollars ses revenus . Les États-Unis obtiennent cette somme rondelette des banques centrales de la Chine, du Japon et des pays européens, parce que celles-ci détiennent des réserves en dollars. À l’heure actuelle, la Chine est le plus gros détenteur de devises américaines, avec $853.7 milliards de dollars, le Japon vient en deuxième avec plus de 850 milliards d’actifs en dollars. Le reste du monde est donc constitué de vendeurs – la Chine, le Japon et l’Union Européenne. Le reste du monde investit, produit, exporte vers les États-Unis et leur prête de plus en plus d’argent. Le rapport du FMI de 2005 souligne la fragilité croissante de l’économie américaine. Il souligne le fait que l’économie américaine dépend de plus en plus de ce que le rapport du FMI qualifie « d’emprunts sans précédent » à l’étranger. Le rapport affirme ensuite que la position déficitaire des États-Unis est intenable à long terme. Le 14 mars 2006 David M. Walker, Contrôleur général des États-Unis, a lancé une mise en garde concernant la détérioration de la situation financière de son pays, affirmant que « de trop nombreux Américains – des consommateurs aux élus – dépensent aujours’hui sans souci du lendemain. De nombreux Américains, à l’image de leur gouvernement, vivent au dessus de leurs moyens et sont gravement endettés ». Quel est le rapport entre tout ceci et l’Irak et l’Iran ?

Le récent conflit en Irak nous permet d’étudier le lien entre le rôle de monnaie de réserve du dollar et les relations des États-Unis avec les pays producteurs de pétrole. Le 6 novembre 2000, alors que les Américains étaient absorbés par les résultats controversés du scrutin présidentiel en Floride, le gouvernement irakien annonça qu’il allait cesser d’accepter les paiements en dollars pour le pétrole vendu dans le cadre du programme Pétrole contre Nourriture et qu’il avait décidé que l’euro serait désormais la monnaie utilisée dans les transactions pétrolières de l’Irak – utilisant ainsi de l’« arme secrète » de l’Irak. C’était la première fois qu’un pays de ’OPEP osait violer la règle des prix libellés en dollars. Depuis cette époque, l’euro a pris de la valeur et le dollar n’a cessé de chuter. Cela fait un certain temps que la Lybie appelle à utiliser l’euro plutôt que le dollar pour les transactions pétrolières. En 2001, l’ambassadeur du Vénézuéla en Russie a mentionné la possibilité que son pays adopte l’euro pour toutes ses ventes de pétrole. L’Iran, la Russie et d’autres pays ont également indiqué être désireux de recevoir des euros en échange de leur brut. Le marché pétrolier étant crucial pour l’hégémonie américaine, ces intentions constituent de très graves menaces potentielles pour la solidité de l’économie américaine ainsi que pour l’hégémonie des États-Unis au niveau mondial.

Les États-Unis, avec leurs alliés britanniques, sont intervenus militairement en Irak en mars 2003 et ont mis en place leur propre administration pour diriger le pays. Il se pourrait bien que l’Histoire se souvienne de l’invasion de l’Irak et de l’occupation qui s’en est suivie comme de la première « Guerre des pétrodevises ». Nous disposons dès à présent de preuves innombrables que l’invasion de l’Irak était moins motivée par la menace qu’aurait constitué le programme d’armes de destruction massive de Saddam ou, a fortiori, par le désir de combattre le terrorisme international que par la volonté de prendre le contrôle des réserves pétrolières irakiennes, et, ce faisant, de conserver au dollar américain sa place de monnaie dominante sur le marché pétrolier international. En juin 2003 Paul Wolfowitz, alors secrétaire adjoint à la Défense, à qui l’on demandait pourquoi l’Irak, qui ne possédait pas d’armes de destruction massive, avait été envahi alors que la Corée du Nord qui affirmait détenir des moyens de dissuasion nucléaire ne l’était pas, répondit que la principale différence entre la Corée du Nord et l’Irak résidait dans le fait que sur le plan économique, [les États-Unis n’avaient] pas d’autre choix que d’intervenir en Irak. Bien entendu, c’est un ensemble complexe de facteurs et de motivations qui a conduit le gouvernement américain à faire la guerre en l’Irak. Il semble bien que le maintien du dollar dans son statut de monnaie dominante des échanges pétroliers a joué un rôle décisif, peut-être le rôle déterminant, davantage encore que le désir de contrôler le pétrole lui-même.

Deux mois après l’invasion, les comptes irakiens en euros furent à nouveau changés en dollars et il fut annoncé qu’une fois de plus, seuls les dollars américains seraient acceptés en règlement du pétrole irakien. Le dollar avait encore une fois retrouvé son statut de monnaie dominante. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il arrive fréquemment que les guerres ne se passent pas comme prévu.

Ironiquement, l’invasion de l’Irak et ses « milliers » d’erreurs « tactiques » – ainsi que l’a récemment admis la secrétaire d’État Condoleeza Rice – avait pour but d’assurer et de renforcer la position dominante des États-Unis dans la période post-Guerre Froide. Fait paradoxal, malgré toutes ces avancées militaires et politiques et la mainmise de plus en plus ferme du pouvoir militaire des États-Unis en Eurasie, pour diverses raisons économiques et politique un nombre croissant de producteurs de pétrole au Moyen Orient, en Amérique du Sud et en Russie parlent de libeller ouvertement en euros et non plus en dollars leurs transactions pétrolières ou de lier son prix à un panier de devises. Ces mesures accéléreraient la chute du dollar et renforceraient la position de l’euro comme deuxième monnaie de réserve. Si la solidité de l’économie d’une nation se résumait à celle de sa monnaie, et si le dollar continuait à se dévaluer, l’économie américaine irait droit dans le mur vu la conjoncture.

Les États-Unis et autres pays occidentaux sont capables, grâce à leur supériorité militaire, de s’emparer du pétrole irakien (et iranien), cependant cette supériorité ne suffit pas à garantir qu’ils le conserveront. Loin d’empêcher le dollar de chuter, il est possible que leur agressivité et leur arrogance produise le résultat inverse, en incitant les pays de l’OPEP à opter en bloc pour l’euro. Depuis 2001 les dépôts en euros des pays de l’OPEP ont connu une nette augmentation au détriment des dépôts en dollars. Les dépôts libellés en dollars, qui représentaient 75% de la totalité des dépôts au début du deuxième semestre 2001, sont tombés à 61.5% à la fin du deuxième semestre 2004. Au cours de cette même période, la part des dépôts libellés en euros est passée de 12% à 20%.

Pendant ce temps, nombreux seront les morts et les blessés. En Irak, par exemple, « les chiffres des pertes civiles n’ont cessé d’augmenter inexorablement depuis le début de l’invasion des forces armées sous commandement américain » Ceux qui se berçaient de l’espoir qu’une victoire militaire des États-Unis en Irak résulterait, on ne sait comment, en un monde plus paisible vont tomber de haut. Les chiffres révélés par le Projet Irak Body Count (IBC) ( www.iraqbodycount.org/background_fr.php ) le 9 mars 2006 montraient que le nombre total de victimes civiles a augmenté année après année depuis le 1er mai 2003 (date à laquelle le président Bush avait annoncé que « les opérations militaires d’envergure avaient pris fin »). En février dernier, l’administration Bush a rebaptisé sa « Guerre Mondiale contre le Terrorisme » la « Longue Guerre ». Dans le cadre du rapport sur la sécurité qu’il présente au Congrès tous les quatre ans, le Pentagone vient de nouveau de pondre une « analyse des menaces » totalement hyperbolique, où il est affirmé que la menace que constitue le militantisme islamique dans le monde s’est aggravée et que la guerre à vaste échelle, à fronts multiples qu’il faut mener contre elle durera plusieurs décennies, [1] d’où la nouvelle appellation.

Bulent Gokay est Maître de Conférence en Relations en Internationales, à la School of Politics, International Relations and Philosophy, Keele University – Royaume-Uni.
On peut lui écrire à cette adresse : b.gokay@intr.keele.ac.uk

- Source : La Pravda
http://english.pravda.ru

- Traduction : Catherine-Françoise Karaguézian www.egueule.com pour Le Grand Soir.

- Article vu sur De defensa www.dedefensa.org

Chute du dollar [1]

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La Pravda, 15 mai 2006.

La perte d’influence des États-Unis dans le siècle asiatique.

Tout au long de l’histoire les empires et leurs civilisations ont connu un commencement et une fin. Pendant la première partie du siècle dernier, les États-Unis ont tranquillement bâti leur empire, en commençant par l’Amérique du Nord, puis l’Amérique Centrale, et l’Amérique du Sud. Peu après la Deuxième Guerre Mondiale, ils se sont efforcés de maximaliser les avantages qu’ils avaient acquis, ainsi que le pouvoir qu’ils avaient exercé entre 1943 et 1945 grâce à leur victoire sur l’Allemagne et le Japon, et aussi grâce aux pertes massives subies par les Soviétiques et au grave endettement et aux lourdes conséquences financières que la guerre avait entraînés pour les Britanniques. Les États-Unis endossèrent le rôle principal sur la scène occidentale, d’une part en contenant l’Union Soviétique et en empêchant la révolution communiste de se propager au delà des frontières du bloc soviétique, et d’autre part en s’assurant d’une domination sans conteste de l’Amérique sur le reste de l’Occident.

À l’époque de la Guerre Froide, la position dominante des États-Unis dans le monde n’était pratiquement pas remise en question. Néanmoins, suite à la chute de l’Union soviétique en 1991, la stratégie globale des États-Unis (ce qui faisait la cohérence de ses objectifs de base,) commença à se déliter. Une fois le danger communiste écarté pour de bon, la suprématie américaine perdait son statut de condition sine qua non du système occidental.

Depuis le 20 septembre 2002, le gouvernement des États-Unis a renoncé à son ancien multilatéralisme dans le domaine des affaires internationales et a adopté une position impériale, la soi-disant doctrine Bush.

Ce nouvel agenda est basé sur des valeurs militaristes et impérialistes, plus un soupçon de théocratie. Il rappelle énormément la politique extérieure que menaient les États-Unis à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, lorsque, selon certaines lectures, ils cherchèrent activement à dominer la totalité des Caraïbes, de l’Amérique Centrale et même le Pacifique occidental.

Six mois après que le public ait pris connaissance de la doctrine Bush, la nouvelle doctrine américaine fut mise en application et invoquée pour justifier une agression gratuite de l’Irak par l’administration néoconservatrice des États-Unis. Le renversement du régime de Saddam Hussein, en dépit de l’absence de soutien des Nations Unies et de la forte opposition d’alliés traditionnels des États-Unis, constituait une démonstration sans équivoque de la nouvelle politique extérieure unilatéraliste de ces derniers. Le « changement de régime » à Bagdad n’était pas un événement isolé, mais la salve d’ouverture d’un programme néoconservateur beaucoup plus vaste. Les néoconservateurs sont partisans d’un « changement de paradigme, par lequel les États-Unis véhiculent les valeurs américaines en faisant étalage de la puissance américaine – par la force, si besoin est. » Ce programme cherche à appliquer les vieilles doctrines impérialistes à l’hégémonisme américain, s’aidant cependant des nouveaux outils politiques et militaires post-coloniaux. Ce phénomène a fait l’objet d’une description très claire d’Irving Kristol, qui est considéré comme le fondateur du néoconservatisme américain. « Il serait naturel que les États-UNis jouent un rôle beaucoup plus dominant dans les affaires internationales, qu’ils commandent et ordonnent ce qui doit se faire. Les gens ont besoin de cela ».

Depuis 2005, une crise iranienne couve. Les médias amplifient le spectre de la « menace » iranienne dans le monde entier. Dans le but de justifier une opération militaire contre l’Iran, les dirigeants néoconservateurs des États-Unis ont entamé une campagne de diabolisation de ce pays, qui présente le tout dernier avatar des ennemis de l’Amérique ; campagne qui rappelle beaucoup celle menée contre Saddam Hussein au cours de la période qui avait précédé l’invasion de l’Irak. Ils se sont beaucoup démenés pour faire croire aux gens que l’Iran est dirigé par de dangereux malades mentaux qui essaient de fabriquer une bombe atomique, et qui n’hésiteraient pas à bombarder une – ou plusieurs – grandes villes américaines. Face à un tel danger, une seule réaction s’impose : il faut déclarer une guerre préventive. Les spéculations concernant l’éventualité d’attaques américaines et israéliennes de l’Iran font désormais partie de la propagande guerrière dans les médias occidentaux.

Un récent rapport du Groupe de recherches d’Oxford (Oxford research ) [1]révèle que tout bombardement de l’Iran par les États-Unis ou par leurs alliés israéliens entraînerait la mort inutile de nombreux innocents. « Une attaque américaine de l’infrastructure nucléaire iranienne déclencherait un conflit prolongé dans lequel l’Irak, Israël et le Liban, en plus des États-Unis et de l’Iran, se retrouveraient probablement impliqués ; il est également possible que les États occidentaux du Golfe s’y retrouvent impliqués, » peut-on lire dans ce rapport rédigé par Paul Rogers. Il y est également avancé que les morts de militaires atteindraient plusieurs milliers lors de la première vague d’attaques de l’Iran, en particulier après l’attaque des bases aériennes et des casernes des Gardes Révolutionnaires. Des centaines de civils, au bas mot, seraient tués, surtout dans la volonté de détruire les sites techniques essentiels à l’infrastructure nucléaire et à la fabrication de missiles : nombre de ces usines sont situées en zone urbaine. Si le conflit venait à s’étendre, surtout au cas où les attaquants chercheraient à prévenir les ripostes des Iraniens, ou à y réagir, un nombre beaucoup plus important de victimes serait finalement à déplorer.

De nombreux observateurs considèrent la clique néoconservatrice américaine, avec son programme, comme faisant partie d’une conspiration. Le présent article, cependant, part du principe qu’ils font simplement partie d’un plus vaste ensemble de structures systémiques mondiales. Ce point de vue naît de la constatation que les lobbies des secteurs de l’énergie, de l’électronique, de l’armement et des médias influents et autres représentants de l’industrie de la communication aux États-Unis se dissimulent toujours à l’intérieur de secteurs clés du gouvernement. Le but de ces lobbies est de conserver leur position privilégiée. Des membres importants de l’élite économique et politique réagissent désormais directement aux changements qui ont affecté le monde depuis la fin de la Guerre Froide. Il ne s’agit pas là d’une conspiration mais de la simple routine dans le monde des affaires.

Depuis la fin de la Guerre Froide, les États-Unis ont mené quatre guerres : deux en Irak, une en ex-Yougoslavie, et une en Afghanistan ; ils menacent d’en livrer davantage. Toute cette agressivité ne résulte pas d’une théorie paranoïaque, mais tout simplement de la convergence d’intérêts politiques et économiques estampillés « guerre anti-terroriste ». Cet argument est basé sur tout autre chose que la vision d’une poignée de personnages malfaisants qui conspireraient en secret contre le peuple pour réaliser leurs buts nauséabonds. Toutefois, ne pas adhérer à la théorie de la conspiration ne signifie pas ignorer qu’il existe réellement des conspirations, associations de malfaiteurs ou autres. En particulier, le paysage politique américain fourmille d’exemples de conspirations illégales impliquant des politiciens, des entreprises et des membres du gouvernement ; le Watergate et l’Irangate en font partie.

Ceci posé, le conspirationnisme détourne l’attention des vraies données géopolitiques qui sous-tendent les événements politico-économiques. Les théories conspirationnistes ont tendance à faire abstraction des forces impersonnelles comme les structures politiques et économiques, les forces géopolitiques, l’économie de marché, la mondialisation et autres causes similaires par lesquelles on peut expliquer les actions humaines. Elles partent du principe que ce sont les sociétés secrètes qui façonnent l’histoire de l’humanité. Bien que de vraies conspirations se soient ourdies au cours de l’histoire, l’histoire elle-même n’est pas une conspiration.

La puissance économique des États-Unis, qui stagnait depuis les années 1970, décline depuis la fin de la Guerre Froide. En particulier, leur part dans les échanges mondiaux et la production a sensiblement diminué depuis cette période, et leur force économique, comparée à celles de l’Union Européenne et du groupe est-asiatique (Japon, Chine et autres pays du Sud-Est asiatique) est également en recul. Il est possible d’interpréter le recours persistant des Américains à la force comme une réaction à leur déclin économique et non pas uniquement à la situation géopolitique post-Guerre Froide. Les dirigeants néoconservateurs américains considèrent la force armée comme une sorte de joker que l’on peut utiliser pour vaincre ses adversaires, et qui a le pouvoir d’enrayer ce déclin. C’est ce que l’administration Bush essaie de faire : créer un monde militarisé dans lequel la puissance militaire des États-Unis puisse changer les règles du jeu et les redéfinir. Cette entreprise constitue un but manifeste, un programme spécifique – il ne s’agit pas d’une conspiration. C’est simplement la manière dont le système fonctionne de nos jours et l’administration américaine utilise à son profit les caractéristiques structurelles existantes. Le présent article tente d’expliquer de manière principalement macro-économique les origines et les motivations de la politique récente des États-Unis telle que l’a définie l’administration néoconservatrice de Bush.

« Imaginez que vous soyez gravement endetté mais que vous fassiez tous les jours pour des millions de dollars de chèques en bois : encore une voiture de luxe ! Une résidence secondaire au bord de la mer ! Un fabuleux voyage autour du monde ! Vos chèques devraient être dénués de valeur, mais vous continuez de vous en servir pour acheter des choses parce qu’ils n’atteignent jamais la banque ! Vous êtes convenus, avec les propriétaires d’un bien qui fait l’objet de la convoitise générale, mettons du pétrole ou du carburant, qu’ils n’accepteraient que vos seuls chèques comme unique moyen de paiement. Par conséquent tout le monde est obligé de thésauriser vos chèques, afin de pouvoir acheter du pétrole. Se voyant contraints de disposer d’un stock de vos chèques, les gens les emploient également pour effectuer d’autre paiements. Vous payez par exemple un téléviseur par chèque : le vendeur de téléviseurs échange alors votre chèque contre du pétrole ou de l’essence, le vendeur de carburant achète des tomates au marchand de fruits et légumes, le marchand de primeurs s’en sert pour acheter du pain, le boulanger l’échange contre de la farine et le cycle continue indéfiniment, sans que votre chèque n’arrive jamais à la banque. Votre compte est à découvert, mais tant que votre chèque n’atteint pas la banque, vous n’êtes pas obligé de rembourser. En réalité, vous avez eu votre téléviseur pour rien. Telle est la situation privilégiée des États-Unis depuis trente ans. »

Depuis l’émergence des États-Unis comme N°1 mondial des superpuissances à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, l’hégémonie américaine repose sur trois principes fondamentaux :

1) l’écrasante supériorité militaire des États-Unis par rapport à l’ensemble de ses rivaux,

2) la supériorité des méthodes de production des États-Unis ainsi que la solidité relative de leur économie,

3) le contrôle des marchés mondiaux, avec un dollar américain jouant le rôle de monnaie de réserve au niveau planétaire.

Le rôle du dollar est sans doute le plus important de ces trois principes, bien que les deux autres soient également essentiels. Le dollar US est la monnaie de réserve universelle, ce qui signifie que les banques centrales du monde entier gardent en réserve d’énormes quantités de dollars ; en conséquence, aujourd’hui l’Amérique emprunte pratiquement au monde entier, sans conserver d’autres devises en réserve. Parce que le dollar est, ipso facto, la monnaie de réserve universelle, les réserves officielles de monnaie sont pour les deux-tiers environ constituées de dollars. L’Amérique n’a pas besoin d’être concurrentielle en matière de taux d’intérêt par rapport aux autres devises, et même si ses taux d’intérêt sont bas, le capital se précipite sur le dollar. Plus les quantités de dollars en circulation en dehors des États-Unis ou investies par des étrangers dans des actifs américains sont importantes, plus le reste de la planète est obligé de fournir aux États-Unis des biens et des services en échange de ces dollars. Les États-Unis peuvent même s’offrir le luxe de dettes dont le montant est exprimé dans sa propre monnaie !

Les Américains ont une balance des paiements déficitaire ; ils dépensent plus d’argent dans les autres pays (en achetant leurs produits, en y faisant des investissements, ou en leur donnant des dollars) qu’ils n’en dépensent aux États-Unis. Ce sont les banques centrales des autres pays qui détiennent tous ces dollars supplémentaires. Les banques n’exigent pas des États-Unis qu’ils fournissent leur équivalent en or ou dans d’autres devises. Tant que les banques étrangères acceptent les dollars et les considèrent comme de l’or, les dollars font office de réserve.

L’économie américaine a commencé à dominer le monde au début du XXe siècle. Le dollar américain était alors indexé sur l’or, ce qui fait que la valeur du dollar ne fluctuait jamais, correspondant toujours à la même quantité d’or. La majeure partie de l’argent n’était que du papier, tout comme aujourd’hui, mais les gouvernements avaient l’obligation d’échanger ce papier contre de l’or sur demande. Cette « convertibilité » plafonnait la quantité de billets de banque que les gouvernements pouvaient émettre, pour éviter l’inflation. Ce lien entre le papier-monnaie et l’or résultait de la loi et de l’usage. La Réserve Fédérale, fondée en 1913, avait pour mission de s’assurer qu’à chaque dollar de monnaie fiduciaire correspondait au moins 40 cents d’or. Contrairement à aujourd’hui, l’inflation constante n’existait pas. Les proportions que prit l’inflation, ainsi que le déficit gouvernemental astronomique pendant la Grande Dépression (1929-1931) rendirent impossible le soutien du dollar par l’or. Dès le début des années trente, ceci permit au président Roosvelt de fixer à son gré le ratio dollar-or. Jusqu’à cette date, les États-Unis étaient probablement la plus grande puissance économique mondiale, mais, d’un point de vue économique, ils n’étaient pas un empire. La valeur immuable du dollar ne permettait pas au gouvernement des États-Unis de tirer avantage d’autres pays, les dollars étant convertibles en or.

L’empire américain est né, dans le vrai sens économique du terme, à l’issue de la conférence de Bretton Woods [2] en 1944. Après 1944, l’étalon-or ne fut pas rétabli, cependant les gouvernements étrangers, et eux seuls, pouvaient, s’ils le souhaitaient, convertir leurs dollars en or. Par voie de conséquence, le dollar devint la monnaie de réserve universelle. Personne n’avait prévu ce rebondissement, qui découlait directement de la position dominante des États-Unis dans le monde : plus de la moitié des transactions monétaires internationales utilisaient le dollar, plus de la moitié de la production mondiale provenait des États-Unis ; de plus, les États-Unis étaient en possession d’une importante partie des réserves d’or mondiales. Dès 1945, les États-Unis avaient accumulé 80% de l’or de la planète et 40% de la production mondiale.

La politique d’agression des années 1960 fit cependant peser une menace sur la stabilité du dollar américain. L’économie américaine subit un déficit cumulatif de sa réserve. En particulier, le financement de la guerre du Vietnam mena à l’émission d’un flot continu de dollars. Sur le plan financier, la guerre du Vietnam fut un véritable désastre. Les États-Unis émirent et dépensèrent plus d’argent que ne leur permettaient leurs réserves d’or. En 1963, la réserve américaine d’or de Manhattan avait diminué de façon inquiétante : elle couvrait tout juste les sommes que les banques centrales étrangères étaient susceptibles de réclamer. En 1970, la couverture-or était tombée à 55%, en 1971 elle n’était plus que de 22%. Avant la guerre du Vietnam, les États-Unis possédaient une réserve d’or de 30 milliards de dollars, mais ils dépensèrent plus de 500 milliards rien que pour la guerre. À cette époque, la période de reconstruction d’après-guerre avait pris fin et les économies européennes et japonaises étaient devenues plus performantes par rapport à celle des États-Unis, ce qui augmentait la pression sur le dollar américain. En 1965, le fait que le système financier américain était mis à rude épreuve éclata au grand jour lorsque de Gaulle exigea que les États-Unis s’acquittent en or de leur dette de 300 millions de dollars.

Cette crise atteignit son apogée lorsqu’en 1970-1971 d’autres banques centrales étrangères tentèrent de convertir en or leurs réserves de dollars. En réaction à un abandon du dollar, le gouvernement des États-Unis se dispensa d’honorer sa dette, en suspendant la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971. Il n’y avait pas, semble-t-il, d’autre choix : il était impossible au gouvernement américain de racheter ses dollars avec de l’or. Si les gouvernements et les banques centrales avaient essayé de convertir en une seule fois ne fût-ce qu’un quart de leurs réserves de dollars, les États-Unis se seraient trouvés dans l’impossibilité d’honorer leurs obligations. Ainsi prenait fin le système instauré par les Accords de Bretton Woods ; cette grave crise dérivant d’une perte significative de confiance dans le dollar. Conséquemment, le dollar devint une monnaie « flottante » dans le marché international des devises, ce qui affaiblit sa position hégémonique. À ce stade, le dollar n’eut plus de soutien stable hormis les « pleine foi et crédit » [3] du gouvernement américain. À partir de ce moment, il fallait que les États-Unis trouvent un moyen de convaincre le reste du monde de continuer à accepter le dollar dévalué en échange des biens et services dont les États-Unis avaient besoin. Ils devaient trouver une raison économique qui obligerait le reste de la planète à détenir des dollars : le pétrole la leur fournit et pétrodollar devint le mot clé.

Suite Chute du dollar [2]

http://patrick-germano.com/news-politics/chute-du-dollar-2/