Annie Lacroix-Riz (née en 1947) est une historienne française, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VII – Denis Diderot, notamment connue pour son engagement « marxiste-léniniste ».
Une historienne controversée
Ancienne élève de l’École normale supérieure (Sèvres), agrégée d’histoire, elle a d’abord axé ses recherches sur l’histoire du mouvement ouvrier et du syndicalisme (son doctorat d’État portait sur l’histoire de la CGT de la Libération à la scission, de 1944 à 1947).
Dans les années 1980, elle oriente ses travaux sur les relations internationales, dans la première moitié du XXe siècle, de la guerre de 1914-1918 à la guerre froide. Dans les années 1990, tout en conservant un ancrage sur les relations internationales, ses recherches l’amènent à aborder notamment les thèmes de la collaboration économique (voir, par exemple, Industriels et banquiers français sous l’Occupation).
Fortement engagée politiquement, elle travaille sur des sujets « sensibles », comme la production supposée de Zyklon B par des entreprises françaises sous l’Occupation. Ses articles sur la famine en RSS d’Ukraine en 1933 sont au cœur d’une importante controverse.
Elle s’est également impliquée contre certaines pratiques de l’histoire contemporaine, par exemple le financement par des entreprises des travaux de certains historiens, ce qui, selon elle, n’est pas sans incidence sur leur indépendance (dans L’histoire contemporaine sous influence, Le temps des Cerises, Paris, 2004).
La famine ukrainienne de 1933
Dans un article sur la « famine génocidaire » en Ukraine en 1933 (Holodomor), Lacroix-Riz remet en cause les sources – provenant des chancelleries allemandes et italiennes de concert avec le Vatican – ayant servi à prouver le caractère organisé du Holodomor et à en évaluer le nombre de morts. Cet article a suscité de vives réactions, notamment dans les associations de la diaspora ukrainienne, dont le Congrès mondial ukrainien.
À propos de la famine en Ukraine de 1932-33, elle écrit : « L’URSS a connu en 1932-1933 une sérieuse disette conduisant à un strict renforcement du rationnement, pas une famine et en tout cas pas une famine à “six millions de morts”… » et dénonce une « opération de propagande », un « bobard », une « campagne de presse ».
À la suite de ces propos, une association d’Ukrainiens en France a organisé une pétition pour « appeler les plus hautes autorités de l’État à tout mettre en œuvre pour lutter contre le révisionnisme stalinien », que l’on peut raisonnablement interpréter comme une demande de suspension comme professeur d’université. Il s’en est suivi une contre-pétition, dont les premiers signataires sont principalement des communistes dits orthodoxes. Cette demande a toutefois été laissée sans suite par le président de l’Université Paris VII.
Dans une interview de septembre 2007, l’historienne réplique en accusant ses contradicteurs de vouloir surtout dédouaner les « autonomistes » ukrainiens :
« Daniel Laurent : Certains de vos détracteurs vous taxent de négationnisme, allant même jusqu’à dire que de nier le génocide stalinien en Ukraine revient à nier aussi le génocide nazi des Juifs, ce qui est passible de poursuites judiciaires. Comment vous situez-vous dans ce débat ?
Annie Lacroix-Riz : Cette affaire est absolument ridicule : que les lecteurs lisent l’ensemble de la critique des ouvrages parus et des textes d’archives originaux, diplomatiques et militaires que j’ai consacrés à la question de la campagne sur le thème de « la famine de 1933 en Ukraine » (écrits non publiés, mais diffusés sur Internet). Et qu’on cesse de prendre les criailleries des associations « ukrainiennes » ou présumées telles pour des propos scientifiques. Ce que celles-ci me reprochent, et elles l’avouent dans leurs sites, c’est avant tout de montrer, dans divers travaux, publiés, eux, tel Le Vatican, l’Europe et le Reich, que les mouvements « autonomistes » ukrainiens dépendaient financièrement de Berlin bien avant la Deuxième Guerre mondiale, qu’ils ont contribué à l’extermination des juifs et des Russes d’URSS (Raul Hilberg l’a exposé avant moi et plus longuement) et que Szepticky, évêque de Lemberg (autrichienne) puis Lwow (polonaise), a été le soutien de la stratégie autrichienne puis allemande en et contre la Russie, tsariste puis bolchevique, depuis les premières années du 20e siècle, sous l’égide du Vatican. Qu’il ait béni la division nazie « Galicia », et que les « autonomistes » ukrainiens aient participé en masse aux massacres de juifs et de Russes aux côtés de l’occupant allemand sont des affirmations qui rendent les associations « ukrainiennes » hystériques. Elles reposent sur des faits établis. »
Autres controverses
Le travail d’Annie Lacroix-Riz sur le Zyklon B a également fait l’objet de critiques, notamment par l’historien Denis Peschanski. Toutefois d’autres soutiennent le point de vue de Lacroix-Riz, en témoigne l’enquête de l’écrivain Didier Daeninckx sur ce sujet : « Quand la France fournissait le gaz mortel aux nazis ».
Dans une tribune du Monde du 26 février 2002 intitulée « Le pape de Hitler », Annie Lacroix-Riz écrit qu’avec l’appui de Pie XII, « l’Église s’engagea activement à l’est de l’Europe dans l’extermination ».
Critiques
• Stéphane Courtois, coordinateur du Livre noir du communisme : « Mme Lacroix-Riz ignore les témoignages de base (…) elle ne tient aucun compte des règles de travail élémentaires de l’historien (…) À aucun moment elle ne s’interroge (…) De surcroit, Mme Lacroix-Riz ignore tout autant les nombreux travaux tirés des archives soviétiques synthétisés par Nicolas Werth (…) elle ignore tout autant les nombreux ouvrages en anglais. ».
• René Rémond, coordinateur de L’Histoire de la France religieuse dit qu’« elle en est restée à la problématique politique de la Guerre froide. Elle continue à évoluer dans une perspective manichéenne, où un camp représente le bien, la liberté, la paix, c’est celui de Moscou ; et l’autre, qui est le contraire, l’empire du Mal (…) »
• Réponse négative du comité scientifique en juillet 2006 à la proposition de communication sur « La synarchie et l’épuration », pour le colloque du Groupe de recherche 2539 du CNRS « Les Entreprises françaises sous l’Occupation », « L’épuration économique en France à la Libération », université de Rennes 2, 22-23 mars 2007.
Commentaires favorables
À propos du livre Le choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930 à propos duquel il émet des réserves profondes, Gilles Perrault conserve néanmoins une sympathie pour l’auteur (elle écrit dans le même journal) : « en butte à l’hostilité de nombre de ses pairs, ostracisée par la plus grande partie de la presse, Annie Lacroix-Riz possède une qualité que même ses détracteurs ne lui contestent pas : elle va aux archives comme le mineur au charbon… Ennemie des prudentes bienséances, peu encline à la nuance, Annie Lacroix-Riz n’a pas le tempérament consensuel… s’il n’y eut sans doute pas choix délibéré de la défaite, la volonté de vaincre faisait cruellement défaut. Annie Lacroix-Riz le démontre lumineusement. »
Annie Lacroix-Riz a préfacé l’ouvrage de Kurt Gossweiler, Hitler, l’irrésistible ascension, lequel recoupe sur bien des points ses propres travaux. Selon les auteurs, la complicité du patronat allemand et des grands propriétaires avec le régime nazi ainsi que celle des États-Unis est avérée. Les écrits de l’écrivain et militant politique des années 1930 Daniel Guérin (Sur le fascisme) ou de Ernest Mandel (“Du fascisme”), préfigurent sur bien des points les analyses d’Annie Lacroix-Riz, et ce alors qu’ils ne peuvent être suspects de sympathie à l’égard du régime soviétique.
L’historien français François Delpla fait également une critique très poussée du Choix de la défaite, soulignant l’importance d’une telle recherche, cependant « si les qualités de débusqueuse d’archives de l’historienne font une fois de plus merveille et souvent mouche, les documents sont en l’occurrence livrés bruts, plus souvent que confrontés et analysés dans leurs nuances. »
Militante politique
Annie Lacroix-Riz est membre du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) et de la conférence Axis for Peace.
Annie Lacroix-Riz se positionne dans une attitude de combat contre un bloc anti-communiste au premier rang duquel on retrouve, selon elle, le Vatican, et du côté d’un mouvement communiste dont elle revendique l’héritage, y compris celui de la période stalinienne.
En juin 2006, son site personnel liait vers un certain nombre de sites faisant ouvertement l’apologie de Staline et pointe vers le site de la revue Balkans-Info.
Annie Lacroix-Riz collabore ponctuellement au Monde diplomatique.









