Chute du dollar [1]

Author:  |  Category: News & Politics

coca_cola-cd47b1

La Pravda, 15 mai 2006.

La perte d’influence des États-Unis dans le siècle asiatique.

Tout au long de l’histoire les empires et leurs civilisations ont connu un commencement et une fin. Pendant la première partie du siècle dernier, les États-Unis ont tranquillement bâti leur empire, en commençant par l’Amérique du Nord, puis l’Amérique Centrale, et l’Amérique du Sud. Peu après la Deuxième Guerre Mondiale, ils se sont efforcés de maximaliser les avantages qu’ils avaient acquis, ainsi que le pouvoir qu’ils avaient exercé entre 1943 et 1945 grâce à leur victoire sur l’Allemagne et le Japon, et aussi grâce aux pertes massives subies par les Soviétiques et au grave endettement et aux lourdes conséquences financières que la guerre avait entraînés pour les Britanniques. Les États-Unis endossèrent le rôle principal sur la scène occidentale, d’une part en contenant l’Union Soviétique et en empêchant la révolution communiste de se propager au delà des frontières du bloc soviétique, et d’autre part en s’assurant d’une domination sans conteste de l’Amérique sur le reste de l’Occident.

À l’époque de la Guerre Froide, la position dominante des États-Unis dans le monde n’était pratiquement pas remise en question. Néanmoins, suite à la chute de l’Union soviétique en 1991, la stratégie globale des États-Unis (ce qui faisait la cohérence de ses objectifs de base,) commença à se déliter. Une fois le danger communiste écarté pour de bon, la suprématie américaine perdait son statut de condition sine qua non du système occidental.

Depuis le 20 septembre 2002, le gouvernement des États-Unis a renoncé à son ancien multilatéralisme dans le domaine des affaires internationales et a adopté une position impériale, la soi-disant doctrine Bush.

Ce nouvel agenda est basé sur des valeurs militaristes et impérialistes, plus un soupçon de théocratie. Il rappelle énormément la politique extérieure que menaient les États-Unis à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, lorsque, selon certaines lectures, ils cherchèrent activement à dominer la totalité des Caraïbes, de l’Amérique Centrale et même le Pacifique occidental.

Six mois après que le public ait pris connaissance de la doctrine Bush, la nouvelle doctrine américaine fut mise en application et invoquée pour justifier une agression gratuite de l’Irak par l’administration néoconservatrice des États-Unis. Le renversement du régime de Saddam Hussein, en dépit de l’absence de soutien des Nations Unies et de la forte opposition d’alliés traditionnels des États-Unis, constituait une démonstration sans équivoque de la nouvelle politique extérieure unilatéraliste de ces derniers. Le « changement de régime » à Bagdad n’était pas un événement isolé, mais la salve d’ouverture d’un programme néoconservateur beaucoup plus vaste. Les néoconservateurs sont partisans d’un « changement de paradigme, par lequel les États-Unis véhiculent les valeurs américaines en faisant étalage de la puissance américaine – par la force, si besoin est. » Ce programme cherche à appliquer les vieilles doctrines impérialistes à l’hégémonisme américain, s’aidant cependant des nouveaux outils politiques et militaires post-coloniaux. Ce phénomène a fait l’objet d’une description très claire d’Irving Kristol, qui est considéré comme le fondateur du néoconservatisme américain. « Il serait naturel que les États-UNis jouent un rôle beaucoup plus dominant dans les affaires internationales, qu’ils commandent et ordonnent ce qui doit se faire. Les gens ont besoin de cela ».

Depuis 2005, une crise iranienne couve. Les médias amplifient le spectre de la « menace » iranienne dans le monde entier. Dans le but de justifier une opération militaire contre l’Iran, les dirigeants néoconservateurs des États-Unis ont entamé une campagne de diabolisation de ce pays, qui présente le tout dernier avatar des ennemis de l’Amérique ; campagne qui rappelle beaucoup celle menée contre Saddam Hussein au cours de la période qui avait précédé l’invasion de l’Irak. Ils se sont beaucoup démenés pour faire croire aux gens que l’Iran est dirigé par de dangereux malades mentaux qui essaient de fabriquer une bombe atomique, et qui n’hésiteraient pas à bombarder une – ou plusieurs – grandes villes américaines. Face à un tel danger, une seule réaction s’impose : il faut déclarer une guerre préventive. Les spéculations concernant l’éventualité d’attaques américaines et israéliennes de l’Iran font désormais partie de la propagande guerrière dans les médias occidentaux.

Un récent rapport du Groupe de recherches d’Oxford (Oxford research ) [1]révèle que tout bombardement de l’Iran par les États-Unis ou par leurs alliés israéliens entraînerait la mort inutile de nombreux innocents. « Une attaque américaine de l’infrastructure nucléaire iranienne déclencherait un conflit prolongé dans lequel l’Irak, Israël et le Liban, en plus des États-Unis et de l’Iran, se retrouveraient probablement impliqués ; il est également possible que les États occidentaux du Golfe s’y retrouvent impliqués, » peut-on lire dans ce rapport rédigé par Paul Rogers. Il y est également avancé que les morts de militaires atteindraient plusieurs milliers lors de la première vague d’attaques de l’Iran, en particulier après l’attaque des bases aériennes et des casernes des Gardes Révolutionnaires. Des centaines de civils, au bas mot, seraient tués, surtout dans la volonté de détruire les sites techniques essentiels à l’infrastructure nucléaire et à la fabrication de missiles : nombre de ces usines sont situées en zone urbaine. Si le conflit venait à s’étendre, surtout au cas où les attaquants chercheraient à prévenir les ripostes des Iraniens, ou à y réagir, un nombre beaucoup plus important de victimes serait finalement à déplorer.

De nombreux observateurs considèrent la clique néoconservatrice américaine, avec son programme, comme faisant partie d’une conspiration. Le présent article, cependant, part du principe qu’ils font simplement partie d’un plus vaste ensemble de structures systémiques mondiales. Ce point de vue naît de la constatation que les lobbies des secteurs de l’énergie, de l’électronique, de l’armement et des médias influents et autres représentants de l’industrie de la communication aux États-Unis se dissimulent toujours à l’intérieur de secteurs clés du gouvernement. Le but de ces lobbies est de conserver leur position privilégiée. Des membres importants de l’élite économique et politique réagissent désormais directement aux changements qui ont affecté le monde depuis la fin de la Guerre Froide. Il ne s’agit pas là d’une conspiration mais de la simple routine dans le monde des affaires.

Depuis la fin de la Guerre Froide, les États-Unis ont mené quatre guerres : deux en Irak, une en ex-Yougoslavie, et une en Afghanistan ; ils menacent d’en livrer davantage. Toute cette agressivité ne résulte pas d’une théorie paranoïaque, mais tout simplement de la convergence d’intérêts politiques et économiques estampillés « guerre anti-terroriste ». Cet argument est basé sur tout autre chose que la vision d’une poignée de personnages malfaisants qui conspireraient en secret contre le peuple pour réaliser leurs buts nauséabonds. Toutefois, ne pas adhérer à la théorie de la conspiration ne signifie pas ignorer qu’il existe réellement des conspirations, associations de malfaiteurs ou autres. En particulier, le paysage politique américain fourmille d’exemples de conspirations illégales impliquant des politiciens, des entreprises et des membres du gouvernement ; le Watergate et l’Irangate en font partie.

Ceci posé, le conspirationnisme détourne l’attention des vraies données géopolitiques qui sous-tendent les événements politico-économiques. Les théories conspirationnistes ont tendance à faire abstraction des forces impersonnelles comme les structures politiques et économiques, les forces géopolitiques, l’économie de marché, la mondialisation et autres causes similaires par lesquelles on peut expliquer les actions humaines. Elles partent du principe que ce sont les sociétés secrètes qui façonnent l’histoire de l’humanité. Bien que de vraies conspirations se soient ourdies au cours de l’histoire, l’histoire elle-même n’est pas une conspiration.

La puissance économique des États-Unis, qui stagnait depuis les années 1970, décline depuis la fin de la Guerre Froide. En particulier, leur part dans les échanges mondiaux et la production a sensiblement diminué depuis cette période, et leur force économique, comparée à celles de l’Union Européenne et du groupe est-asiatique (Japon, Chine et autres pays du Sud-Est asiatique) est également en recul. Il est possible d’interpréter le recours persistant des Américains à la force comme une réaction à leur déclin économique et non pas uniquement à la situation géopolitique post-Guerre Froide. Les dirigeants néoconservateurs américains considèrent la force armée comme une sorte de joker que l’on peut utiliser pour vaincre ses adversaires, et qui a le pouvoir d’enrayer ce déclin. C’est ce que l’administration Bush essaie de faire : créer un monde militarisé dans lequel la puissance militaire des États-Unis puisse changer les règles du jeu et les redéfinir. Cette entreprise constitue un but manifeste, un programme spécifique – il ne s’agit pas d’une conspiration. C’est simplement la manière dont le système fonctionne de nos jours et l’administration américaine utilise à son profit les caractéristiques structurelles existantes. Le présent article tente d’expliquer de manière principalement macro-économique les origines et les motivations de la politique récente des États-Unis telle que l’a définie l’administration néoconservatrice de Bush.

« Imaginez que vous soyez gravement endetté mais que vous fassiez tous les jours pour des millions de dollars de chèques en bois : encore une voiture de luxe ! Une résidence secondaire au bord de la mer ! Un fabuleux voyage autour du monde ! Vos chèques devraient être dénués de valeur, mais vous continuez de vous en servir pour acheter des choses parce qu’ils n’atteignent jamais la banque ! Vous êtes convenus, avec les propriétaires d’un bien qui fait l’objet de la convoitise générale, mettons du pétrole ou du carburant, qu’ils n’accepteraient que vos seuls chèques comme unique moyen de paiement. Par conséquent tout le monde est obligé de thésauriser vos chèques, afin de pouvoir acheter du pétrole. Se voyant contraints de disposer d’un stock de vos chèques, les gens les emploient également pour effectuer d’autre paiements. Vous payez par exemple un téléviseur par chèque : le vendeur de téléviseurs échange alors votre chèque contre du pétrole ou de l’essence, le vendeur de carburant achète des tomates au marchand de fruits et légumes, le marchand de primeurs s’en sert pour acheter du pain, le boulanger l’échange contre de la farine et le cycle continue indéfiniment, sans que votre chèque n’arrive jamais à la banque. Votre compte est à découvert, mais tant que votre chèque n’atteint pas la banque, vous n’êtes pas obligé de rembourser. En réalité, vous avez eu votre téléviseur pour rien. Telle est la situation privilégiée des États-Unis depuis trente ans. »

Depuis l’émergence des États-Unis comme N°1 mondial des superpuissances à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, l’hégémonie américaine repose sur trois principes fondamentaux :

1) l’écrasante supériorité militaire des États-Unis par rapport à l’ensemble de ses rivaux,

2) la supériorité des méthodes de production des États-Unis ainsi que la solidité relative de leur économie,

3) le contrôle des marchés mondiaux, avec un dollar américain jouant le rôle de monnaie de réserve au niveau planétaire.

Le rôle du dollar est sans doute le plus important de ces trois principes, bien que les deux autres soient également essentiels. Le dollar US est la monnaie de réserve universelle, ce qui signifie que les banques centrales du monde entier gardent en réserve d’énormes quantités de dollars ; en conséquence, aujourd’hui l’Amérique emprunte pratiquement au monde entier, sans conserver d’autres devises en réserve. Parce que le dollar est, ipso facto, la monnaie de réserve universelle, les réserves officielles de monnaie sont pour les deux-tiers environ constituées de dollars. L’Amérique n’a pas besoin d’être concurrentielle en matière de taux d’intérêt par rapport aux autres devises, et même si ses taux d’intérêt sont bas, le capital se précipite sur le dollar. Plus les quantités de dollars en circulation en dehors des États-Unis ou investies par des étrangers dans des actifs américains sont importantes, plus le reste de la planète est obligé de fournir aux États-Unis des biens et des services en échange de ces dollars. Les États-Unis peuvent même s’offrir le luxe de dettes dont le montant est exprimé dans sa propre monnaie !

Les Américains ont une balance des paiements déficitaire ; ils dépensent plus d’argent dans les autres pays (en achetant leurs produits, en y faisant des investissements, ou en leur donnant des dollars) qu’ils n’en dépensent aux États-Unis. Ce sont les banques centrales des autres pays qui détiennent tous ces dollars supplémentaires. Les banques n’exigent pas des États-Unis qu’ils fournissent leur équivalent en or ou dans d’autres devises. Tant que les banques étrangères acceptent les dollars et les considèrent comme de l’or, les dollars font office de réserve.

L’économie américaine a commencé à dominer le monde au début du XXe siècle. Le dollar américain était alors indexé sur l’or, ce qui fait que la valeur du dollar ne fluctuait jamais, correspondant toujours à la même quantité d’or. La majeure partie de l’argent n’était que du papier, tout comme aujourd’hui, mais les gouvernements avaient l’obligation d’échanger ce papier contre de l’or sur demande. Cette « convertibilité » plafonnait la quantité de billets de banque que les gouvernements pouvaient émettre, pour éviter l’inflation. Ce lien entre le papier-monnaie et l’or résultait de la loi et de l’usage. La Réserve Fédérale, fondée en 1913, avait pour mission de s’assurer qu’à chaque dollar de monnaie fiduciaire correspondait au moins 40 cents d’or. Contrairement à aujourd’hui, l’inflation constante n’existait pas. Les proportions que prit l’inflation, ainsi que le déficit gouvernemental astronomique pendant la Grande Dépression (1929-1931) rendirent impossible le soutien du dollar par l’or. Dès le début des années trente, ceci permit au président Roosvelt de fixer à son gré le ratio dollar-or. Jusqu’à cette date, les États-Unis étaient probablement la plus grande puissance économique mondiale, mais, d’un point de vue économique, ils n’étaient pas un empire. La valeur immuable du dollar ne permettait pas au gouvernement des États-Unis de tirer avantage d’autres pays, les dollars étant convertibles en or.

L’empire américain est né, dans le vrai sens économique du terme, à l’issue de la conférence de Bretton Woods [2] en 1944. Après 1944, l’étalon-or ne fut pas rétabli, cependant les gouvernements étrangers, et eux seuls, pouvaient, s’ils le souhaitaient, convertir leurs dollars en or. Par voie de conséquence, le dollar devint la monnaie de réserve universelle. Personne n’avait prévu ce rebondissement, qui découlait directement de la position dominante des États-Unis dans le monde : plus de la moitié des transactions monétaires internationales utilisaient le dollar, plus de la moitié de la production mondiale provenait des États-Unis ; de plus, les États-Unis étaient en possession d’une importante partie des réserves d’or mondiales. Dès 1945, les États-Unis avaient accumulé 80% de l’or de la planète et 40% de la production mondiale.

La politique d’agression des années 1960 fit cependant peser une menace sur la stabilité du dollar américain. L’économie américaine subit un déficit cumulatif de sa réserve. En particulier, le financement de la guerre du Vietnam mena à l’émission d’un flot continu de dollars. Sur le plan financier, la guerre du Vietnam fut un véritable désastre. Les États-Unis émirent et dépensèrent plus d’argent que ne leur permettaient leurs réserves d’or. En 1963, la réserve américaine d’or de Manhattan avait diminué de façon inquiétante : elle couvrait tout juste les sommes que les banques centrales étrangères étaient susceptibles de réclamer. En 1970, la couverture-or était tombée à 55%, en 1971 elle n’était plus que de 22%. Avant la guerre du Vietnam, les États-Unis possédaient une réserve d’or de 30 milliards de dollars, mais ils dépensèrent plus de 500 milliards rien que pour la guerre. À cette époque, la période de reconstruction d’après-guerre avait pris fin et les économies européennes et japonaises étaient devenues plus performantes par rapport à celle des États-Unis, ce qui augmentait la pression sur le dollar américain. En 1965, le fait que le système financier américain était mis à rude épreuve éclata au grand jour lorsque de Gaulle exigea que les États-Unis s’acquittent en or de leur dette de 300 millions de dollars.

Cette crise atteignit son apogée lorsqu’en 1970-1971 d’autres banques centrales étrangères tentèrent de convertir en or leurs réserves de dollars. En réaction à un abandon du dollar, le gouvernement des États-Unis se dispensa d’honorer sa dette, en suspendant la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971. Il n’y avait pas, semble-t-il, d’autre choix : il était impossible au gouvernement américain de racheter ses dollars avec de l’or. Si les gouvernements et les banques centrales avaient essayé de convertir en une seule fois ne fût-ce qu’un quart de leurs réserves de dollars, les États-Unis se seraient trouvés dans l’impossibilité d’honorer leurs obligations. Ainsi prenait fin le système instauré par les Accords de Bretton Woods ; cette grave crise dérivant d’une perte significative de confiance dans le dollar. Conséquemment, le dollar devint une monnaie « flottante » dans le marché international des devises, ce qui affaiblit sa position hégémonique. À ce stade, le dollar n’eut plus de soutien stable hormis les « pleine foi et crédit » [3] du gouvernement américain. À partir de ce moment, il fallait que les États-Unis trouvent un moyen de convaincre le reste du monde de continuer à accepter le dollar dévalué en échange des biens et services dont les États-Unis avaient besoin. Ils devaient trouver une raison économique qui obligerait le reste de la planète à détenir des dollars : le pétrole la leur fournit et pétrodollar devint le mot clé.

Suite Chute du dollar [2]

http://patrick-germano.com/news-politics/chute-du-dollar-2/


La Face cachée de l’Histoire moderne

Author:  |  Category: Zeitgeist

Extrait de : La Face cachée de l’Histoire moderne.
La montée parallèle du capitalisme et du collectivisme.
Jean Lombard – 1984 – Tome 1° – page 553

L’auteur de cet ouvrage cite un écrivain anglais, William Guy Carr qui, lui aussi, parle de ce même document dans son livre intitulé Pawns in the Game – 1967. La traduction française est disponible chez :
D.P.F, B.P 1, 86190 Chiré-en-Montreuil.

coplom

lomb554

21eme SIECLE

Author:  |  Category: Général

COMMENT VOYEZ-VOUS LE XXIe SIECLE ?

Ce sera un siècle de turbulences, car il n’y a pas de changements sans conflits.
Ce fut le cas lors de la première révolution industrielle.
Pendant cinquante ans, en Europe comme aux Etats-Unis, les intérêts du monde rural se sont heurtés à ceux d’une bourgeoisie industrielle naissante.
Aujourd’hui, des guerres paraissant insensées sont, en fait, l’expression de cet antagonisme. Ainsi, en Afghanistan, ou les talibans, venus des montagnes, tentent d’imposer leurs valeurs d’un autre age aux citadins de Kaboul.
Le passage à une civilisation de l’information générera de semblables tensions.
Au sein de nombreux pays, en Chine par exemple, certaines régions en sont encore au tout début de la production manufacturière, tandis que d’autres utilisent des réseaux d’ordinateurs. De même, au sein d’une seule entreprise, l’ancien et le nouveau modèle peuvent fort bien coexister. Les conflits d’intérêts vont donc se multiplier, comme d’ailleurs les antagonismes sociaux ou culturels.

La rapidité de la convalescence de ces pays dépendra en partie de leur capacité à changer de stratégie.
Ils ont tout misé sur l’exportation de produits manufacturés.
Cela a marche, pour le Japon et Taiwan notamment, quand peu de pays exportaient.
Aujourd’hui il n’y a plus de place pour tout le monde.
Cette évolution n’a rien d’inévitable, la mondialisation provoquera un accroissement des inégalités dans les pays développés, aux Etats-Unis, en Amérique latine et en Russie, ce n’est pas le manque d’espace qui obsède, mais le déferlement annoncé des « sauvages urbains » ces sauvages, jeunes déracinés et sans travail, seront obligés de considérer la ville comme une jungle et d’y inventer de nouveaux moyens de survie.
Pour sans protéger, les classes moyennes et aisées se barricaderont dans de véritables enclaves fortifiées, avec règlements, police et voirie privés, comme celles qui commencent a fleurir a Los Angeles, Miami ou Sao Paulo.
L’économiste américain Robert Reich, ancien secrétaire au travail de Clinton, décrit la montée d’une nouvelle classe sociale, prête à faire sécession et capable, grâce a Internet, au télétravail et au visiophone, de ne plus avoir aucun contact direct avec le « monde extérieur, en particulier les pauvres ».
Pourvu que ces pays parviennent à transformer leur système éducatif.
La société industrielle avait besoin de gentils « petits soldats », de travailleurs ponctuels oeuvrant de concert sur une chaîne.
Le système éducatif de masse a donc promu des valeurs comme la ponctualité ou l’obéissance.
Aujourd’hui, s’il veut rester dans la course, un pays doit innover.
Pour cela, il a besoin de citoyens qui réfléchissent, qui s’expriment, quitte a se tromper.
Il faut sortir au moins dix mauvaises idées avant d’en formuler une bonne.
Le système éducatif doit donc apprendre à traiter les gens de façon personnalisée.
Mais, pour l’heure, aucun pays n’a amorcé cette révolution.
L’existence partout, de ministères de l’Education et de syndicats d’enseignants puissants est un terrible obstacle au changement.

IL EXISTE TROIS SOURCE DE POUVOIR.

Le premier est militaire.
Le deuxième est la richesse.
La troisième, l’information, est la plus sophistiquée.
Or la puissance militaire dépend désormais de cette troisième forme de pouvoir.
Même chose dans le domaine économique.
Le savoir tend à devenir un élément incontournable de la puissance.
Comment cette évolution influe-t-elle sur la géopolitique ?
Géant militaire, les Etats-Unis sont également à la pointe de la science et de la technologie.
Le Japon, lui, dispose avant tout du pouvoir économique (et la crise actuelle n’y change rien)
L’Europe, elle, est à la traîne dans les trois domaines !
Rien d’étonnant : la stratégie des responsables politiques européens, comme celle des fonctionnaires de Bruxelles, n’a pas évolué depuis quarante ans.
Ils croient toujours que plus c’est gros, mieux c’est.
On a l’impression qu’ils agissent comme si l’ordinateur et les réseaux informatiques n’existaient pas.
La moitié du budget européen, soit 45 milliards de dollars, part chaque année en subventions agricoles, alors que la science et les technologies de l’information, qui elles, sont décisives pour l’avenir, ne récoltent pratiquement rien.
Dans le même temps, les emplois industriels (les votre comme les notre) se délocalisent dans les pays à bas salaires.
Cette erreur stratégique fondamentale, les Européens la paient, des maintenant, par un taux de chômage deux fois plus élevé que celui des Etats-Unis ou du Japon.
La domination des Etats-Unis qui ne sera pas éternelle, j’en convient volontiers, reflète en fait les erreurs de leurs concurrents, qui n’ont pas saisi la teneur de la révolution en cours.
Si comme moi, vous croyez que nous entrons dans une ère de turbulences, alors chaque pays a besoin d’un maximum de flexibilité.
Plus vous entraverez cette flexibilité, plus il y aura de troubles sociaux et d’affrontements politiques.
Et moins l’économie progressera.

JAMAIS LE GRAND PUBLIC ET LES DECIDEURS N’ONT ETE AUSSI AVIDES D’INFORMATIONS SUR L’AVENIR.

L’ancien Premier ministre anglais Winston Churchill avait prévu la construction européenne.
Alvin Toffler en 1970 capables de pronostiquer le règne d’Internet et avec Alexandre Soljenitsyne prédire la chute de l’URSS.
En 1925, une théorie a été formulée, par le Russe Nicolas Kondratieff, qui mit en évidence une succession de cycles d’environs 60 ans dans l’activité économique et ce, depuis la première révolution industrielle.
Or l’an 2000 coïncide avec l’amorce du « cinquième Kondratieff » tout se met en place, le système bancaire occidental est assaini, l’inflation ne repart pas, l’endettement mondial est sous contrôle, les Bourses montent et tous les pays disposent de fort gisement de productivité grâce aux nouvelles technologies.
Un optimisme aussi militant passera sans doute, chez vous, pour quasi pathologique.
Rarement, en effet, nos compatriotes ont autant douté de l’avenir.
A tort, comme le démontre la vie.
Quel que soit la situation considérée : Santé, transport, organisation du travail ou des loisirs, vie domestique, communication …
Bon nombre d’angoisses devant l’avenir qui nous paralysent devraient trouver une solution grâce aux découvertes de nos industriels et scientifiques.
Dans le « village mondial » tout le monde communiquera via Internet, la voiture propre et sure pilotée par ordinateur, le robot ménager qui parle et obéit au geste et à la voix, la fin des caries dentaires, 2010 l’homme sur Mars, c’est pour demain.
Nous sommes probablement en train de vivre une des révolutions industrielles les plus rapides de l’histoire de l‘humanité.
Pour le meilleur ou pour le pire, les gens ont une excuse à leurs doutes : le futur apparaît effectivement plus flou qu’il y a trente ou quarante ans.
Depuis la fin de la guerre froide, l’avenir est devenu moins prévisible.
Mais cela ne signifie pas forcement moins rose !
Simplement, la situation évolue plus vite; la concurrence, désormais mondiale, affaiblit les faibles et accroît les inégalités; les positions acquises, qu’elles soient techniques, économiques ou géopolitiques, ne le sont plus pour très longtemps.

QUE DISENT DU FUTUR TOUS LES SPECIALISTES ?

D’abord, que la mondialisation est notre horizon inéluctable.
Et que cela n’a rien d’une catastrophe.
Ce mouvement de « globalisation » de l’économie offrira même de singulières opportunités a ceux qui sauront s’y adapter.
Que les entreprises heureuses seront celles qui sauront le mieux rester a l’écoute d’un client encore plus versatile, zappeur et pressé qu’aujourd’hui – c’est la, après tout, un principe éternel du marketing.
Que les petites structures « nomades », souples et réactives, on toutes les chances de s’en sortir a leur avantage.
Pour espérer tirer son épingle de ce jeu « global » le travailleur ne doit avoir qu’une stratégie : réactualiser sans cesse sa formation.
Ce qu’il aura tout loisir de faire chez lui, grâce a un équipement domestique infiniment plus développé et convivial qu’aujourd’hui.
Pour le moment, le taux d’équipement des familles n’est que de 40% aux Etats-Unis et de 20% en France.
Cela est du au fait que les produits actuels ont été conçus pour le bureau, pas pour la maison. Leur maniement est donc encore fort complexe.
A terme, la structure de l’entreprise devrait éclater, au profit d’organisations beaucoup plus réactives : travail en réseau, salariés nomades, cyber-entrepreneur…
Pour gagner du temps et de la souplesse, les entreprises commencent aussi a transformer une partie de leurs collaborateurs en « nomades électroniques » : ils ne disposent plus de bureau fixe mais travaillent chez eux, chez le client ou dans leur entreprise par téléphone mobile ou messagerie électronique, relies à la société par Internet.
Les Etats-Unis comptent déjà plus de 7 millions de ces « télécommuters » la frontière entre vie personnelle et professionnelle va progressivement s’effacer.
Internet fournit en effet à n’importe quel entrepreneur un accès direct et peu onéreux au marché mondial.
Nul besoin, donc, d’être voyant pour prévoir la prolifération de micro-entreprises (home-business) des millions de particuliers monterons bientôt leur affaire sur internet.
Le travail va devenir une marchandise comme une autre.
La possibilité d’accéder directement au consommateur bouleversera aussi les modes de production, consultants et services de recherche des entreprises multiplient les études pour anticiper les goûts et les besoins du consommateur.
Une certitude : les produits du 21eme siècle seront plus personnalises, moins chers …
et parfois « intelligents »
Les nouvelles technologies vont donner naissance a une foison de nouveaux jeux et activités sportives.
Et nous aurons plus de temps à leur consacrer.
Mais ces plages de détente devrons être utiles : entretien de la forme, maîtrise du stress, formation permanente …

Bisphénol A

Author:  |  Category: Santé

Communiqué de presse du 29 avril 2008

babystoxicbottle1202464211


Selon une information Journal de l’Environnement, il a été proposé d’interdire les biberons de polycarbonate contenant du bisphénol A tandis que le géant américain de la distribution Wal-MArt a annoncé retirer de la vente les produits pour bébés contenant du bisphénol A dans les magasins considérant que la substance pouvait avoir un effet nocif sur l’environnement et constituer un danger pour la santé humaine.

Ces décisions récentes sont intervenues suite à la publication d’un rapport du programme national américain de toxicologie tendant à émettre des doutes sur l’impact de ces substances pour les foetus, les nouveau-nés et les enfants. Elles pourraient ainsi avoir des effets sur leur cerveau et leur comportement au niveau actuel d’exposition humaine, ainsi que sur les glandes prostatique et mammaire. La molécule pourrait également avancer l’âge de la puberté pour les jeunes filles.

Le bisphénol A est une substance chimique courante que l’on retrouve dans la fabrication des plastiques polycarbonates, dans des résines de revêtement pour des boîtes de conserves alimentaires, etc…

On la retrouve fréquemment dans les urines des populations occidentales.

En conséquence, nous demandons, à ce que l’Etat saisisse l’Agence française de Sécurité Sanitaire des Aliments sur les risques sanitaires de l’utilisation du bisphénol A et prenne les mesures nécessaires à la protection efficace des consommateurs.

Le Guide des biberons toxiques: Comment éviter l’exposition au bisphénol A

Le bisphénol A est un perturbateur endocrinien présent dans 90 % à 95 % des biberons en plastique vendus au Canada. Il entre dans la composition du plastique polycarbonate dont on se sert pour fabriquer ces bouteilles d’eau et biberons réutilisables, transparents ou teintés, si populaires auprès du public. Certaines bouteilles Nalgene en contiennent, tout comme la paroi de certains récipients alimentaires et les résines de scellement utilisés en dentisterie.

7

Le fond des bouteilles en plastique contenant du bisphénol A affiche un symbole de récupération accompagné du chiffre 7 ou des lettres PC. Le code 7 désigne les matières plastiques classées dans la catégorie « Autres », dont le
polycarbonate.

Il est possible de réduire au minimum l’exposition de votre enfant au bisphénol A en adoptant les mesures suivantes :

· Utilisez des bouteilles fabriquées en verre ou en polypropylène (code 5) plutôt qu’en polycarbonate (code 7).

· Si vous continuez à utiliser des bouteilles en polycarbonate, évitez de les laver avec des détergents puissants ou au lave-vaisselle. Ces agents contribuent à détruire les liaisons qui forment le plastique, libérant ainsi le bisphénol A. Lavez les plutôt à l’eau chaude savonneuse avec une éponge.

· Évitez de faire chauffer les récipients en polycarbonate au micro-ondes. Utilisez plutôt des contenants en verre ou en céramique.

· Évitez d’utiliser les préparations pour nourrisson offertes dans des boîtes de conserve dont la paroi est tapissée d’un revêtement époxydique au bisphénol A.
Consultez à ce sujet le rapport du Environmental Group Report. Il renferme aussi des conseils utiles (en anglais seulement) http://www.ewg.org/reports/infantformula

· Réduisez votre consommation d’aliments et de boissons en conserve. Vous limiterez ainsi l’exposition des membres de votre famille au bisphénol A présent dans la paroi des contenants. Évitez aussi les conserves très acides (tomates,
etc.) ou grasses (poisson dans l’huile, etc.), car le bisphénol A réagit au contact des acides et des lipides.

Sources de biberons sans bisphénol A

Adiri- Fabrique un biberon naturel fait de polypropylène, exempt de bisphénol A.
www.adiri.com

BornFree – Les biberons de marque BornFree ne contiennent aucun bisphénol A, phtalate, plomb ou PVC. En vente à l’adresse www.newbornfree.com et chez les détaillants.

Evenflo – Vend des biberons en verre; sa gamme de produits en plastique Comfort Select ne contient pas de bisphénol A. www.evenflo.com

Green to Grow – Biberons ne contenant aucun bisphénol A ni phtalate.
www.greentogrow.com

Klean Kanteen – Revêtement intérieur et extérieur en inox. Couvercle adaptable muni d’une tétine. www.kleankanteen.com

MAM – Les biberons de marque MAM Care ne contiennent pas de bisphénol A, mais
d’autres produits en renferment. Produits vendus en ligne. www.mambaby.com

Nurture Pure – Tous les produits sont exempts de bisphénol A. On retrouve aussi une gaine de silicone pour bouteille de verre.

Thermos – Gamme de flacons à paille ou avec tétine de marque Foogo. Revêtement intérieur et extérieur en inox.
www.thermos.com

thinkbaby – Tous les biberons et gobelets ne contiennent aucun bisphénol A.
www.thinkbabybottles.com

La liste de sociétés ne cesse de s’allonger et peut varier selon votre lieu de résidence. Recherchez les étiquettes portent une mention « sans bisphénol A » ou « sans BPA ».

Interdisons le bisphénol A dans les récipients alimentaires

Le gouvernement du Canada a annoncé son intention de classer parmi les produits toxiques le bisphénol A, en vertu de la loi canadienne. Le Canada est le premier pays au monde à envisager de classer cette substance chimique parmi les matières toxiques et dangereuses pour la santé humaine et l’environnement.

Le gouvernement devrait proposer des mesures réglementaires, mais la démarche visant à éliminer cette substance des produits de consommation est longue. C’est pourquoi Défense environnementale exerce des pressions auprès des entreprises pour qu’elles cessent la fabrication du bisphénol A et le remplace par des substances sécuritaires. Des sociétés comme Bayer AG et Dow Chemical Canada Co. entendrons sûrement parler de nous ! Il est tout à fait normal que nous voulions donner à nos enfants les meilleures chances de croître en sécurité et en santé.

De plus, le gouvernement de l’Ontario a mis sur pied un comité d’experts chargé d’examiner les substances chimiques toxiques, dont le bisphénol A.

Appuyez notre appel à l’action pour garantir la sécurité et la santé de tous les enfants
www.toxicnation.ca

Totalement passé inaperçu, cet article publié par le Canard Enchaîné du 19 novembre. Il raconte pourtant que l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation (AFSSA) a rendu, le 13 novembre, un avis très rassurant sur l’utilisation des biberons en plastique. Et que la moitié des membres de son comité d’experts est liée à l’industrie.

Un avis plutôt original, si l’on pense que le gouvernement canadien a interdit les biberons en plastique en octobre et que la secrétaire d’État chargée de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a elle-même évoqué, la semaine dernière, la possibilité de lui emboîter le pas.


bisphenol-afssa1228325844

Bisphénol-A : la liste

Le bisphénol-A n’est pas présent que dans les biberons en plastique. Il est utilisé dans une multitude d’objets dont voici une liste, certainement non exhaustive, mais en tout cas la plus complète à ce jour, que j’ai établie au cours de mon enquête. Vous trouverez, à la fin de chaque chapitre de mon livre, La Grande Invasion, une liste des objets contenant des polluants chimiques qui, à l’instar du bisphénol-A, sont sources d’inquiétude pour la santé, comme les alkylphénols, les parabens, les retardateurs de flammes bromés ou encore les organoétains.

Type de produits pouvant contenir du bisphénol-A sous la forme de polycarbonate (plastique dur et translucide), de résine époxy, comme additif dans le PVC, comme retardateur de flammes dans les appareillages électriques :

Adhésif et joint, amalgame dentaire, autocuiseurs (parties en plastique), bacs de rangement, biberon, boîte de conserve, bombonne d’eau rechargeable, bouteille en plastique, canette de boisson, casque de sport et de sécurité, CD et DVD, cuve à vin, emballage alimentaire, équipement automobile, encre d’imprimerie, équipement électrique (douilles, prises…), équipement médical, équipement de ski, tennis et golf, housses pour téléphones mobiles, jouets, mastic, ordinateur, outillage électrique, papier essuie-tout, papiers, papiers thermiques (billets d’avion, étiquettes autocollantes pour la pesée des fruits et légumes, papier pour fax, reçu de parking, de banque etc.), pâte à bois, peinture pour coques de bateaux, produit anti-corrosion, rasoir, récipient alimentaire en plastique transparent, récipient alimentaires en plastique pour le micro-onde, revêtement de protection, revêtement de sol, sèche-cheveux, tasse et gobelet pour enfants, tableau électrique, tétine, vaisselle et couverts en plastique réutilisables, vernis pour bois, verre de lunettes, vitrages.

Sources : Environmental Working Group, Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (EFSA), Commission européenne, Plastics Europe, RPA.

Le pouvoir de la fiction

Author:  |  Category: technologie

Le pouvoir de la fiction, ou comment les nanotechnologies sont entrées en débat.

En 1986, Eric Drexler, l’un des « inventeurs » des nanotechnologies, imagine un scénario apocalyptique dans lequel des nanomachines échapperaient à tout contrôle et engloutiraient le monde. Connu sous le nom de « gray goo » (gelée ou glu grise), ce scénario de science-fiction est devenu, bien malgré Drexler, un point focal du débat sur les promesses et les retombées sociales et éthiques que soulève le développement des nanosciences et des nanotechnologies. Par sa force d’évocation, la fiction, en révélant des possibilités extrêmes d’évolution technologique et sociale, peut donc faire partie intégrante de la gestion des questions scientifiques.

Dans les discours de vulgarisation et de promotion, les nanotechnologies sont présentées comme une « révolution » scientifique, technologique, productive, industrielle, et leur arrivée, leur impact, leurs problèmes ont été anticipés bien avant leur implémentation concrète et à grande échelle. C’est ce caractère d’anticipation qui donne une place particulière à la fiction, non seulement dans la narration et la littérature, mais aussi dans les textes officiels des scientifiques et des politiques qui discutent des applications futures des nanotechnologies.

La « promesse » – même si elle peut parfois paraître une « menace » – de changement radical des conditions et modes de vie est un motif récurrent du discours de « prospective », de projection dans un monde à venir. La vision d’un monde futur dans lequel tous les aspects de la vie humaine et de son rapport au monde – naturel et artificiel – seront changés par les nanotechnologies, en positif ou en négatif, semble désormais accompagner aussi bien une partie du discours officiel (scientifiques, politiques, entrepreneurs) que la fiction.
Pourquoi cette promesse nous fascine-t-elle ? Probablement parce qu’elle semble nous donner la possibilité de réaliser concrètement ce que la réalité virtuelle simulait sur ordinateur : les « cyberêves » virtuels sont enfin près de devenir réalité. On est fasciné par la promesse de matérialiser l’imaginaire. La capacité de construire des objets à partir des éléments ultimes de la matière est en effet l’une des promesses des nanotechnologies qui réactivent l’idéal classique des sociétés occidentales de la maîtrise parfaite, du contrôle total du monde grâce à une connaissance profonde de la matière et à la manipulation de ses unités de base.

Un autre aspect qui lie fortement science-fiction et nanotechnologies est le fait que la science-fiction anticipe les développements de la science et de la technologie comme point de départ de la narration et de la construction de la fiction. La fiction fonctionne alors comme une sorte « d’expérience de pensée », en suivant une logique scientifique et en respectant les canons de la mise en scène expérimentale sans pour autant réaliser pratiquement l’expérience. Cependant, la science-fiction n’est pas une simple anticipation des développements futurs de la science ou des possibles applications des technologies. Il s’agit certainement d’un genre littéraire, créateur, original et autonome ; mais, dans certains cas, sa capacité à construire des mondes sociologiquement et politiquement cohérents joue un rôle fondamental dans l’imagination des « mondes possibles » dans lesquels se projette la réflexion éthique, sociologique et parfois même scientifique.

Le scénario du gray goo dans la « fiction » d’Eric Drexler

Désormais entrée dans l’imagination collective, la menace du gray goo – gelée ou glu grise – est un exemple très populaire des inquiétudes générées par le développement des nanotechnologies. Formulée explicitement pour la première fois par Eric Drexler en 1986, dans son texte fondateur des nanotechnologies Engines of Creation, l’idée de gray goo a été anticipée par le romancier américain Greg Bear, dans Blood Music en 1985, et popularisée grâce à l’ouvrage de Michael Crichton, Prey, en 2002.

Evidemment, mélanger sans discernement textes littéraires et textes scientifiques peut créer de la confusion. Cependant, Engines of Creation – Engins de création en français (1) – a la particularité de se trouver à mi-chemin entre la science et la prévision, ce qui rend encore plus complexe le va-et-vient entre fiction littéraire et fiction « scientifique ». La force visionnaire de ce texte a permis son rapprochement avec les ouvrages de SF parce qu’il permet, par sa rhétorique, de bâtir en apparence plausiblement un pont entre ce qui est possible actuellement et ce qui ne l’est pas encore.

Si, comme le disait Richard Smalley, Prix Nobel de Chimie en 1996 pour son travail sur les fullerènes (C60, nommés aussi buckyballs en raison de leur forme), « les nanotechnologies sont la dernière frontière du constructeur » (2), la boîte à outils qui permettra de construire des objets atome par atome, on doit à Drexler le concept original de manufacture moléculaire. Dans son ouvrage, il imagine que la synthèse de matériaux et d’objets puisse avoir lieu grâce à des « assembleurs » mécaniques : des machines capables de construire un objet en sélectionnant des atomes dans l’environnement et en les positionnant un par un pour l’assemblage. Cet assembleur pourrait être programmé, doté d’une énergie autonome et, surtout, se reproduire lui-même. « Les assembleurs seront capables de faire pratiquement n’importe quoi à partir de matériaux courants et sans travail humain, remplaçant les usines polluantes par des systèmes aussi propres que les forêts. Ils transformeront la technologie et l’économie dans leurs racines ouvrant un nouveau monde de possibilités. Ces assembleurs seront réellement des moteurs d’abondance. » (3)

Tout sera possible avec ces engins : réparer les cellules, soigner les maladies, prolonger la vie, lancer de nouveaux programmes de conquête de l’espace. Le discours de Drexler semble considérer la venue des ces « moteurs de la création » inévitable, puisqu’elle suit un chemin déjà ouvert par les biotechnologies et les technologies moléculaires actuelles combinées avec le pouvoir des nano-ordinateurs pour aboutir à la réalisation de la « nano-ère ».

Or dans la tentative de montrer comment, à travers un changement technologique ou scientifique, on peut explorer un monde modifié par la nouveauté, Drexler ne décrit pas seulement les aspects positifs de son nanomonde, il met aussi en évidence les risques potentiels. Dans son scénario, le risque le plus important semble venir de la potentielle autonomisation de ses machines qui, capables de s’auto-reproduire et de s’auto-assembler, pourraient se soustraire au contrôle de l’ingénieur-apprenti sorcier. La menace du gray goo devient alors concrète. Le gray goo représente le risque hypothétique d’une catastrophe généralisée suite à la perte de contrôle du processus d’auto-réplication des nanorobots. L’auto-réplication des nanorobots risquerait de consommer, en somme, toute la vie sur la planète pour s’assurer l’énergie nécessaire au processus de reproduction. Dans le pire des cas, toute la matière de l’univers pourrait se transformer en une substance gluante (goo), c’est-à-dire en une masse de nanomachines répliquantes.

Eric Drexler présente ainsi le scénario du gray goo, dans une brève description : « Des “plantes” avec des “feuilles” pas plus efficaces que les cellules solaires actuelles peuvent l’emporter sur les végétaux naturels qui peuplent la biosphère d’un immangeable feuillage. Des « bactéries » omnivores peuvent surpasser les bactéries actuelles : elles pourraient se répandre avec le vent comme le pollen, se répliquer rapidement et réduire la biosphère en poussière en quelques jours. Des réplicateurs dangereux pourraient être trop résistants, trop petits et se propager trop vite pour qu’on puisse les arrêter – du moins si nous ne nous y préparons pas. Nous avons déjà du mal à contrôler les virus et les drosophiles. Chez les familiers des nanotechnologies, cette menace a reçu le nom de « problème de la glu grise ». Bien qu’une multitude de réplicateurs incontrôlés ne soit pas forcément grise ou gluante, le terme de « glu grise » suggère que des réplicateurs capables de supprimer la vie peuvent être moins engageants qu’une espèce de chiendent. Ils seraient peut-être supérieurs d’un point de vue évolutionnaire, mais cela ne les rend pas désirables pour autant. (…) La menace de la glu grise montre à l’évidence que nous ne pouvons pas nous permettre certains types d’accidents avec les assembleurs répliquants. La mélasse grise serait certainement une fin déprimante pour notre aventure sur la Terre, bien pire que la glace ou le feu, et qui pourrait trouver son origine dans un simple accident de laboratoire. » (4)

Science contre science-fiction

Depuis sa formulation, la théorie des assembleurs universels auto-répliquants et le scénario du gray goo ont provoqué de fortes réactions dans la communauté scientifique, à propos notamment de la plausibilité de la théorie de Drexler, d’une part, et de la possibilité d’une telle catastrophe, de l’autre.

Le cas le plus connu est le débat entre Drexler et Richard Smalley. La controverse porte sur la faisabilité des assembleurs auto-répliquants. Smalley et George Whitesides – chercheur en biochimie à l’Université Harvard – ont discuté de la possibilité de réaliser concrètement les nanorobots de Drexler et ils ont pointé les difficultés fondamentales liées aux limites chimiques et physiques qui feraient obstacle aux assembleurs universels. Richard Jones a plusieurs fois rappelé qu’il faut toujours considérer que le nanomonde répond à des lois complètement différentes du monde macroscopique. Une structure rigide (comme un sous-marin ou un nanorobot) plongée dans un organisme vivant rencontrerait deux problèmes majeurs : le mouvement brownien, qui soumettrait la structure à un secouement continu, et la viscosité de l’eau à l’échelle nanométrique, qui augmenterait énormément les forces de surface (5).

La description que Drexler fournit du monde nanométrique paraît extrêmement simplificatrice aux yeux des chercheurs. Elle voudrait construire trop de ponts entre ce qui peut être produit (ingénierie), ce qui est possible (science expérimentale) et ce qui est impensable (science-fiction). Les opposants de Drexler cherchent à placer les nanotechnologies sur le terrain plus traditionnel de la science expérimentale, là où le débat est moins émotionnel et ne laisse pas de place à la fiction.

Comment la fiction peut stimuler un débat éthique

Cette controverse scientifique sur le bien-fondé de la vision de Drexler (6) n’empêche pas que le scénario plutôt rigide du gray goo ait contribué à ouvrir au débat public et à la décision politique une question de choix dans les nanotechnologies. Malgré la tentative faite par Drexler d’apporter une modification importante à sa théorie, en rejetant la nécessité de créer un réplicateur autonome – et donc potentiellement dangereux – pour atteindre la fabrication moléculaire (7), la controverse est bientôt passée d’une arène publique à une autre, jusqu’à devenir une question publique et politique importante.

Le premier pas a été la publication de l’article de Bill Joy, Why the Future Doesn’t Need Us (8). Bill Joy est l’informaticien qui a développé le langage JAVA, actuellement directeur de la recherche chez Sun Microsystems. Dans sa dénonciation, il affirme que les technologies du XXIe siècle – génétique, nanotechnologie, robotique (GNR) – sont extrêmement puissantes et susceptibles d’engendrer une série nouvelle et inconnue de risques et abus. « C’est surtout ce pouvoir d’une autoréplication destructrice en génétique, nanotechnologie et robotique (GNR) qui devrait nous arrêter ». Les dangers de la course au nucléaire n’étaient rien, comparés aux menaces engendrées par la fabrication de robots intelligents et capables de s’auto-reproduire sans avoir besoin de grandes installations. Il appelle donc à un moratoire, un arrêt des recherches.

En 2000, en partie en réponse à l’appel de Bill Joy, Robert Freitas – chercheur à l’Institute for Molecular Manufacturing et très actif dans l’étude des applications des nanotechnologies en médecine – publie l’article Some Limits to Global Ecophagy by Biovorous Nanoreplicators, with Public Policy Recommendations (9). Freitas voit la raison du danger dans la capacité des nanorobots autorépliquants d’avoir « un fonctionnement autonome en milieu naturel », car ils « pourraient rapidement convertir à l’échelle du globe cet environnement (c’est-à-dire sa biomasse) en répliques d’eux-mêmes (c’est-à-dire en “nanomasse”). Ce scénario, généralement appelé “problème de la glu grise” (gray-goo problem), mériterait plutôt le nom d’”écophagie globale” » (10).

Cependant, même s’il avoue que certains comportements naturels, semblables à ceux des nanorobots, ne sont pas du tout connus ni maîtrisés, Freitas affiche une certaine confiance dans le fait que des « nanorobots capables d’une écophagie étendue ne seront cependant pas faciles à construire » et que, par conséquent, « ces réplicateurs ont fort peu de chances de surgir par simple accident ».

D’un côté, donc, des scientifiques mettent en discussion la possibilité même de l’existence des assembleurs universels ; de l’autre, en acceptant la possibilité d’une telle réalisation, on tente soit de prévenir la société des menaces liées aux nanorobots (Bill Joy), soit au contraire d’exclure l’éventualité de la glu grise, processus trop compliqué et improbable pour pouvoir surgir par simple accident (Robert Freitas).

On peut ainsi distinguer deux types de débats à propos du gray goo : une controverse purement scientifique sur la faisabilité des assembleurs universels de Drexler, qui met en évidence les limites chimiques et physiques de la théorie ; et une controverse qui, en acceptant la faisabilité des assembleurs capables d’auto-réplication, considère les possibles conséquences et surtout les dangers potentiels, en acceptant d’une certaine manière la fiction de Drexler.

Le gray goo comme risque paradigmatique

Qu’il soit fondé scientifiquement ou non, le danger du gray goo est constamment évoqué dans les documents, dossiers et rapports officiels qui analysent les impacts sociaux, les risques et les retombées éthiques du développement et de l’utilisation des nanotechnologies. Souvent considéré comme un objet qui relève plus de la SF que d’une théorie scientifique, le gray goo est l’horizon catastrophique simultanément évoqué et nié.

En effet, c’est surtout au niveau de la controverse qui met en scène les associations citoyennes et ONG autour des impacts possibles des nanotechnologies que la notion de gray goo devient un mot-clé, le pivot d’un positionnement.

Un exemple désormais très célèbre est celui du groupe activiste canadien ETC (The Action Group on Erosion, Technology and Concentration) (11). Dans son rapport intitulé The Big Down. From Genomes to Atoms. Atomtech: Technologies Converging at the Nano-scale, paru en janvier 2003, ETC Group cherche à construire un pont entre la situation actuelle et l’avenir en indiquant quatre niveaux de réalisation « risquée » des « technologies atomiques » (selon sa définition plus restrictive et précise des nanotechnologies) :

- BULK NANO. Cette étape représente l’état actuel des applications des nanotechnologies : une production en masse de nano-particules, comme les nanotubes ou les fullerènes.

- NANOFABRICATION. C’est la manipulation et l’assemblage des nano-particules pour construire des structures supra-moléculaires (qui restent encore dans l’ordre nano, environ 100 nanomètres). L’auto-assemblage est encore considéré comme « naturel », suivant les lois de la chimie et de la physique.

- MANUFACTURE MOLÉCULAIRE. C’est l’aboutissement du point 2 : la possibilité d’utiliser des nanorobots auto-répliquants pour la construction en masse (et à très bon marché) de tout type de matériel.

- NANO-BIONIQUE. Elle fait référence à l’usage des nanomatériaux qui affectent les processus biochimiques ou cellulaires. C’est l’étape de la convergence entre nano et bio (des cellules qui travaillent au service – ou comme – des nanomachines ; des bionanomoteurs qui exploitent la capacité de l’ATP de certaines bactéries de produire de l’énergie pour la rotation, etc.)

Le danger du gray goo se pose aux niveaux 3 et 4 et, de « grise », la glu devient « verte » (green goo) : non seulement les machines auto-répliquantes pourraient se multiplier de manière incontrôlée jusqu’à épuiser la matière et l’énergie de la planète, mais dans le cas du niveau 4, la combinaison des machines mécaniques et des organismes biologiques pourrait être encore plus susceptible de se soustraire au contrôle des laboratoires. Le rapport ETC ne refuse pas de se confronter à un scénario fictionnel, il contribue même à le doter d’une consistance plus articulée et concrète.

Dans l’arène publique, le point de vue du groupe ETC est opposé à celui du Foresight Institute, une organisation non lucrative créée en 1986 par Eric Drexler et Christine Peterson, actuelle présidente, pour stimuler la réflexion et la recherche sur les nanotechnologies.

Comme Drexler, Peterson place les nanotechnologies dans une perspective téléologique : l’histoire entière de la théorie atomique est un continuum de Démocrite à nos jours, ce qui suggère l’irrésistible trajectoire du développement des nanotechnologies et sa progression vers un inéluctable « nano-avenir ». Contrairement à la perspective du groupe ETC, pour le Foresight Institute, croire dans un futur des nanosciences, c’est croire dans la capacité de contrôler et prévenir les risques technologiques (voir l’article La singularité technologique).

L’arène du débat devient officielle

Le rapport ETC a été considéré comme un point de repère fondamental pour réfléchir aux espoirs et aux questions des retombées sociales et éthiques posées par le développement des nanosciences et nanotechnologies. En juillet 2004, la Royal Society et la Royal Academy of Engineering britanniques publient un rapport commandité par le Prince Charles : Nanoscience and nanotechnologies : opportunities and uncertainties. Il s’agit d’une analyse indépendante qui doit aider à clarifier les questions concernant les domaines, l’état des connaissances, les applications spécifiques, les applications futures, les implications et les incertitudes des applications aujourd’hui et dans l’avenir, la nécessité d’une réglementation.

Si, d’une part, les intérêts de l’industrie et de la recherche poussent les secteurs public et privé à financer de plus en plus le développement technologique, il ne faut pas oublier, d’autre part, la situation d’incertitude concernant l’impact des nouveaux matériaux sur la santé, le type d’applications sur le long terme de la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (NBIC) et la perspective d’une perte de contrôle des nanorobots auto-réplicants.

D’après le rapport, il n’y a pas de preuve que la communauté scientifique consacre beaucoup d’attention à la construction des assembleurs auto-répliquants, cependant le gray goo reste un des pôles extrêmes entre lesquels le rapport anglais voudrait se positionner : d’un côté, donc, une vision très optimiste du progrès, et de l’autre, une vision pessimiste, apocalyptique, celle du gray goo. Dans une situation d’incertitude et de promesses, les pôles extrêmes délimitent un continuum de positions qui n’exclut aucune possibilité, mais qui permet de clarifier à quel niveau on doit se positionner par rapport à l’analyse des faits et des connaissances, aux représentations, aux points de vue de chaque interlocuteur.

Au pôle opposé par rapport au gray-green goo, le rapport britannique semble vouloir placer le point de vue de la National Science Foundation qui se fait jour dans Converging technologies for improving Human Performance, édité en 2002 par Mihail Roco et William Bainbridge (12). D’après Mihail Roco, le coordonnateur de l’initiative américaine en matière de nanotechnologies (National Nanotechnology Initiative), la convergence NBIC permettra l’unification des sciences et des techniques, le bien-être matériel et spirituel universel, l’interaction pacifique et mutuellement avantageuse entre les humains et les machines intelligentes, la disparition complète des obstacles à la communication généralisée, en particulier ceux qui résultent de la diversité des langues, l’accès à des sources d’énergie inépuisables, la fin des soucis liés à la dégradation de l’environnement (13).

Il s’agit d’un texte en plein mainstream scientifique, qui va dans le sens d’une vision porteuse en termes de financement, de recherche et d’investissements. Malgré cela, il est soumis à de fortes critiques dans le rapport britannique. Entre autres, l’accusation la plus significative porte sur l’étroit mélange de hype (battage publicitaire) et de hope (espoir) qui laisse plus de place à la SF qu’à la science, et qui propose une vision mécaniciste de la société, orientée par une forme de déterminisme technologique.

Le débat est maintenant introduit dans la sphère officielle et académique des institutions et des gouvernements. En Grande-Bretagn, le gray goo est une alarme, même s’il est clairement perçu comme une fiction. Dans ce cas, la fiction devient partie intégrante de la gestion de la science et stimule des débats sociaux à propos des questions soulevées par les nouvelles technologies (14).

Après le gray goo ?

L’ascension du débat sur le gray goo touche peut-être à sa fin. La communauté scientifique et celle des sciences humaines tendent de plus en plus à discréditer Drexler du point de vue scientifique et non plus seulement pour son scénario de la glu grise et à marginaliser le Foresight Institute.

On peut s’interroger sur la difficulté à utiliser la fiction « à la Drexler » pour générer un terrain propice aux considérations éthiques et aux implications sociales des nanotechnologies. La description du nanomonde de Drexler établit un pont trop rigide, ou beaucoup trop de ponts, entre réalité et projections futures selon un déterminisme qui soustrait les nanotechnologies à l’action et à l’influence sociale et critique. Cependant, l’hypothèse du gray goo a joué un rôle important dans la naissance d’un débat social : est-elle destinée à disparaître ? Pourra-t-on l’énumérer parmi les grandes peurs du XXIe siècle et la bannir définitivement du discours scientifique comme une science-fiction ?

L’hypothèse du gray goo, lancée par le père visionnaire des nanotechnologies, récupérée par ses détracteurs, ou partisans, et posée à l’un des extrêmes du continuum des positions dans le débat public sur les implications sociales des nanotechnologies, est exemplaire d’une parabole qui a fait dire à Drexler lui-même : « I wish I had never used the term “gray goo” » (15)

(1) E. Drexler (1986) Engines of creation. The coming era of nanotechnology. Version française disponible sur le site du Foresight Institute. Traduction révisée parue chez Vuibert en novembre 2005.
(2) NSTC (National Science and Technology Council), Nanotechnology : Shaping the World Atom by Atom, 1999, p. 1. (3) Drexler, p. 74.
(4) K.E. Drexler, Engins de création, L’avènement des nanotechnologies, Traduction de Marc Macé parue chez Vuibert en 2005, pp. 216-217.
(5) R. Jones (2004) Soft Machines, Nanotechnology and Life, Oxford University Press.
(6) Pour une analyse plus approfondie sur le statut flou des frontières entre science et SF, cf. C. Milburn, « Nanotechnology in the Age of Posthumain Engeneering : science fiction as science », in H. K. Hayles, Nanoculture. Implications of the new technoscience, Intellect Books, Bristol, Portland, 2004, pp. 109-130.
(7) Voir post-face de 1990 à Engins de création, p. 307; plus récemment l’article de Chris Phoenix et Eric Drexler, « Safe exponential manufacturing », Nanotechnology, 15, 2004, pp. 869-872 ; et l’interview de Drexler par nanotechweb.org en 2004 : « Drexler dubs “grey goo” fears obsolete »,
(8) Article paru dans la revue Wired en avril 2000.
(9) R. Freitas (2000) Some Limits to Global Ecophagy by Biovorous Nanoreplicators, with Public Policy Recommendations. Une version française est disponible sous le titre « Ecophagie globale par des nanoréplicateurs biophages : limites et recommandations pour y faire face ».
(10) Ibid
(11) ETC Group est une organisation internationale de la société civile basée au Canada (Winnipeg), qui milite pour un développement socialement et écologiquement responsable. Très sensible aux problèmes liés au monde rural et à la conservation de la diversité agricole depuis les années 1970, le groupe ETC a élargi son champ d’intérêt depuis les années 1980 et 90 aux biotechnologies et nanotechnologies.
(12) M.C. Roco & W.S. Bainbridge (2002) Converging Technologies for Improving Human Performance. Nanotechnology, Biotechnology, Information technology and cognitive science, NSF/DOC-sponsored report, National Science Foundation, juin 2002.
(13) La « convergence » des technologies et des philosophies qui les sous-tendent a été bien exprimée à Trieste à l’EuroNanoForum, premier Forum organisé par la Communauté européenne sur les nanotechnologies, en décembre 2003. A cette occasion, Roco a explicitement affirmé que le programme américain qui associe les nano-bio-info-cognitio-socio-technologies vise à améliorer les performances humaines, ses capacités d’apprentissage comme de défense, tout en poursuivant des buts sociaux d’éducation et de promotion du développement durable. Ses propos confirment les attentes qui ont inspiré le rapport de juin 2002 de la National Science Foundation (NSF).
(14) Après l’activité de réflexion proposée par le rapport de la Royal Society et la Royal Academy of Engineering en 2004, une autre initiative a caractérisé la formation d’une discussion plus large au niveau social en Angleterre. Pendant le printemps et l’été 2005 a eu lieu un débat au sein d’un jury de citoyens indépendant (NanoJury UK) qui a exprimé un verdict fin septembre. La discussion, qui a eu lieu à Halifax dans le Yorkshire, a été sponsorisée par l’Interdisciplinary Research Center (IRC) in Nanotechnology (Université de Cambridge), par Greenpeace UK, par le journal The Guardian et par le Policy, Ethics and Life Science Research Centre (Université de Newcastle). Le jury a donné un « verdict » après avoir suivi les présentations de différents « témoins » à propos des perspectives de développements et des applications des nanotechnologies et après une discussion collective. Le verdict semble ne pas être hostile à une utilisation « correcte » des nanotechnologies qui comporte une surveillance stricte des recherches privées, une finalisation à la résolution des problèmes de santé et environnementaux des recherches financées par le secteur public et une transparence accrue dans la communication des résultats, des avancements de la recherche et des applications possibles.
(15) « Je voudrais n’avoir jamais employé le terme “gray goo” » E. Drexler, Nature, 10 juin 2004.


Bibliographie

Bear, G., La musique du sang, la Découverte, Paris, 1985 [Blood Music, 1985].
Crichton, M., La proie, Ed. Robert Laffont, Paris, 2003 [Prey, 2002].
Drexler, E., Les engins créateurs : l’avènement des nanotechnologies, Vuibert, Paris, 2005.
ETC Group (The Action Group on Erosion, Technology and Concentration), The Big Down. From Genomes to Atoms. Atomtech: Technologies Converging at the Nano-scale, janvier 2003, version pdf.
Freitas R. (2000) Some Limits to Global Ecophagy by Biovorous Nanoreplicators, with Public Policy Recommendations. Une version française est disponible sous le titre « Ecophagie globale par des nanoréplicateurs biophages : limites et recommandations pour y faire face ».
Hayles, H. K., Nanoculture. Implications of the new technoscience, Intellect Books, Bristol, Portland, 2004.
Jones, R., Soft Machines, Nanotechnology and Life, Oxford University Press, 2004.
Joy, B., “Why the Future doesn’t need us”, Wired, avril, 2000.
Milburn, C., “Nanotechnology in the Age of Posthumain Engeneering : science fiction as science”, in H. K. Hayles, Nanoculture. Implications of the new technoscience, Intellect Books, Bristol, Portland, 2004, pp. 109-130.
NanoJury UK: http://www.nanojury.org/
NSTC (National Science and Technology Council), Nanotechnology : Shaping the World Atom by Atom, 1999
Peterson, C., “Nanotechnology: Evolution of the Concept”, in Markus Krummenacker and James Lewis, Prospects in Nanotechnology: Toward Molecular Manufacturing, Wiley, 1995.
Roco, M.C. & Bainbridge, W.S., Converging Technologies for Improving Human Performance. Nanotechnology, Biotechnology, Information technology and cognitive science, NSF/DOC-sponsored report, National Science Foundation, juin 2002.
Royal Society et Royal Academy of Engineering, Nanoscience and Nanotechnologies. Opportunities and Uncertainties, juillet 2004.

Pourquoi la démocratie ?

Author:  |  Category: Général

Un régime politique est un système par lequel s’exerce le pouvoir politique et se légitime son autorité. Dans la liste classique on distingue la monarchie, gouvernement du roi, appelé monarque. Elle est dite « absolue » quand le roi détient tous les pouvoirs. On entend par aristocratie un pouvoir politique exercé par une classe sociale, une noblesse et qui exerce, comme pour les chevaliers, ou les kshatriyas de l’Inde ancienne, de la puissance militaire.  Quand le pouvoir politique se réduit, pour être entre les mains d’un très petit nombre de personnes, on parle d’oligarchie. Quand  il dérive pour devenir un gouvernement entre les mains et au service des riches, on parle de ploutocratie. La conception d’un gouvernement des hommes par eux-mêmes dans laquelle l’Etat, en tant qu’institution, est dissolu est appelé anarchie. Enfin, on appelle démocratie, le pouvoir (kratos) direct du peuple (demos) ou le pouvoir du peuple par lui-même.

S’il est un sujet sur lequel règne un consensus solide dans nos sociétés actuelles, c’est bien sur le fait que la démocratie est le seul régime qui mérite nos faveurs, si bien que se dire « démocrate » aujourd’hui n’a plus grand intérêt car tout le monde l’est et personne ne conteste (ouvertement ?) le bien fondé de la démocratie comme régime politique. Cependant, cela ne veut pas dire que nos raisons soient identiques. Donc, la meilleure façon de tourner la question serait : Pourquoi voulons-nous la démocratie ? Est-ce parce qu’elle est le seul régime conforme avec notre aspiration à la liberté ?  Ou, plus trivialement, parce qu’elle est le seul régime compatible avec l’économie de marché ? Est-ce une sorte de choix par défaut à la manière de Churchill disant que la démocratie est le pire des régimes… à l’exception de tous les autres !

*
*
A. Un idéal ou un aléa historique?

Nous avons vu précédemment que la conception de l’Etat des grecs était centrée sur la Cité. C’est un mot qu’il vaudrait mieux conserver et garder le terme d’Etat pour désigner le gigantisme de nos structures actuelles qui n’a aucun rapport avec la modestie de dimensions de la Cité grecque. La Cité c’est la politique à dimension humaine. Pour Aristote, la Cité est naturelle, car dans l’extension de la famille et des clans. Les citoyens ne doivent pas être trop éloignés les uns des autres pour pouvoir régulièrement s’assembler. Cependant, à Athènes, tout le monde n’était pas citoyen et seule une partie des citoyens, 6000, se réunissait à l’assemblée de l’Ecclésia. La petitesse des structures ne suffit pas pour rendre possible une démocratie « parfaite » (Ce qui n’a en fait jamais existé). Les droits accordés aux hommes en général et ceux qui était accordés aux citoyens n’étaient pas identiques.

1) Pour comprendre en quoi la démocratie constitue un idéal, dont la réalisation historique a toujours été difficile, partons de l’autre terme avec lequel on la confond toujours, le terme de République. Le terme de république veut dire « res » la chose, « publica », publique, autrement dit, l’intention d’organiser un bien commun. Une République se doit par essence d’être bien ordonnée, au sens où elle est une société d’hommes libres rassemblée afin de bien vivre. Une île livrée à des pirates qui n’ont en vue que le pillage, une région livrée à des troupes de brigands, n’est pas « ordonnée ». La Souveraineté du peuple n’est pas manifestée, le souci du bien commun n’est pas porté. Quand on lit Kant et Rousseau, on voit qu’ils donnent leur adhésion sans réserve à l’idée de République. Mais la manière dont on parvient à ce résultat au moyen de tel ou tel régime, c’est autre chose. On peut donc être républicain, sans pour autant être démocrate. Pour Kant, l’essentiel dans une République, c’est qu’y règne un état de droit, qu’il y ait un système représentatif permettant de voter des lois. La République idéale accompli le règne des fins de la raison. La démocratie en tant que régime est nécessairement républicaine, mais une République n’est pas forcément démocratique. Pour la plupart des auteurs classiques, il est possible de confier le souci du bien commun à une seule personne, si on considère qu’elle a les compétences nécessaires pour préserver la République.  Machiavel lui-même est attaché à la République, parce qu’il a fort bien compris le principe de la raison d’Etat. Mais cela ne fait pas de lui un démocrate, notamment parce qu’il refuse un principe auquel nous sommes attachés en démocratie,  celui de la transparence.

2) La question du régime politique se pose à partir du moment où nous nous demandons quel est le meilleur gouvernement offrir à une République. Cette question, c’est exactement celle qui est développée par Platon dans le livre VIII de La République. Un régime politique peut-il être imposé ? Ne résulte-t-il pas logiquement de ce que les hommes sont eux-mêmes ou de ce qu’ils sont devenus? Les formes de gouvernement viennent « des mœurs des citoyens, qui entraînent tout le reste du côté où elles penchent ». Ce sont les mœurs des hommes qui les inclinent à se doter d’un régime politique et leur régime est aussi un reflet de la manière dont chacun se gouverne lui-même. Ainsi serions-nous fondé à parler « d’homme aristocratique », ou « d’homme démocratique », pour désigner le type humain dominant dans un Etat à une époque historique donnée, type humain qui se dote des institutions qui lui ressemblent. Platon raisonne en partant d’une analogie entre la maîtrise de l’intériorité et celle de la Cité ; par là il entend montrer par quelle logique les hommes sont conduits d’une forme de gouvernement à une autre.

a) Dans la succession historique, Platon considère dans l’ordre d’abord ce qu’il appelle la timocratie. La timocratie est un régime politique « qui aime la victoire et l’honneur, formé sur le modèle de gouvernement de Lacédémone». Le mobile central de l’homme timocratique est la recherche de la gloire au sens où il attache une valeur au fait d’être jugé digne, récompensé, honoré ou admiré dans la Cité. Ce régime est fortement militarisé, ce qui veut dire qu’il est en quête de chefs intrépides et qu’il favorise une éducation où prédomine la gymnastique, l’entraînement guerrier et la chasse… et délaisse l’éducation intellectuelle. « La raison… alliée à la musique ; elle seule, une fois établie dans l’âme, y demeure toute la vie conservatrice de la vertu ». Mais dans une Cité de ce genre, il demeure un sens de la vertu, mais qui n’est pas une vertu de l’intelligence, mais plutôt le courage, l’ardeur généreuse, l’ambition. Soucieux des apparences, l’homme timocratique en a aussi la vénération, d’où le l’importance de la bonne réputation et non pas celle du mérite réel. Ce qui va le corrompre de l’intérieur, c’est que les citoyens de la timocratie vont peu à peu être porté à rechercher la richesse, ce qui va conduire le régime à un point de rupture. « Leur passion du gain fait de rapide progrès, et plus ils ont d’estime pour la richesse et moins ils en ont pour la vertu… Quand la richesse et les riches sont honorés dans une cité, la vertu et les hommes vertueux y sont tenus en moindre estime ».

b) Le régime timocratique va donc se naturellement se dégrader dans le régime appelé oligarchie. L’avènement de l’oligarchie se produit quand quelques uns s’emparent du pouvoir par la richesse. Un changement de valeur s’est produit, l’homme oligarchique vénère en tout premier lieu l’argent et sa conception du pouvoir le porte à organiser le bien public sur son accroissement au profit de quelques uns. « Les citoyens finissent par devenir avares et cupides ; ils louent le riche, l’admirent et le portent au pouvoir, et ils méprisent le pauvre ». Ce qui va exposer l’Etat à toutes sortes d’erreurs, car en cherchant à enrichir les riches, il appauvrit les pauvres et se trouve peu à peu conduit à son propre renversement par le peuple lui-même. Les riches ne sont pas les plus compétents pour gouverner parce qu’ils ont fatalement tendance à détourner le bien public vers le profit personnel. Platon compare le pouvoir politique à la manière de piloter un bateau, le riche étant incapable de tenir correctement le gouvernail. Le régime oligarchique va produire de lui-même l’opposition de classe qui va faire que la Cité ne sera plus unifiée, mais divisée avec « celle des pauvres et celle des riches, qui habitent le même sol et conspirent sans cesse les uns contre les autres ».

c) Le régime oligarchique va naturellement se dégrader dans le régime appelé démocratie. En effet, la multitude opprimée par les excès et les contradictions de la politique de l’argent, elle va se révolter, renverser les riches et s’emparer du pouvoir. « La démocratie apparaît lorsque les pauvres ayant remporté la victoire sur les riches, massacrent les uns, bannissent les autres, et partagent également avec ceux qui restent le gouvernement et les charges publiques ».  Dans la démocratie, les citoyens « sont libres… la cité déborde de liberté et de franc-parler, et … on y a licence de faire ce que l’on veut». Et « Partout où règne cette licence chacun organise sa vie de la façon qui lui plaît ». L’opinion est rendue à chacun, et chacun est censé donner son avis en matière de décision publique. C’est la bigarrure de l’opinion. Et en ce sens, de ce type de gouvernement « il y a des chances qu’il soit le plus beau de tous. Comme un vêtement bigarré qui offre toute la variété de couleurs, offrant toute la variété des caractères, il pourra paraître d’une beauté achevée ». Nietzsche parlera lui de « vache multicolore » pour désigner la démocratie de son époque. Platon voit dans la démocratie un régime agréable, plutôt désordonné dans son pouvoir (tendance à l’anarchie), « qui dispense une sorte d’égalité aussi bien à ce qui est inégal qu’à ce qui est égal ». Bref, le relativisme est la vue qui sied le mieux à la démocratie.

Comme pour les régimes précédents, il faut considérer l’homme type. Qu’est-ce que l’homme démocratique ? Pour répondre, Platon va étonnamment insister sur la différence entre désirs nécessaires et désirs superflus. L’homme démocratique hérite de la maladie dispendieuse du régime précédent. Son goût pour la licence des moeurs, qu’il revendique au titre de liberté, le porterait aisément à mépriser la sagesse des anciens et la tempérance. Il est dans sa force un Calliclès, traitant la pudeur d’imbécillité, la tempérance de lâcheté, il se moque de la modération et de la mesure dans la dépense. Il aime à l’excès « une foule d’inutile désirs ». « Il ne dépense pas moins d’argent, d’efforts et de temps pour les plaisirs superflus que pour les nécessaires. Et s’il est assez heureux pour pousser sa folie dionysiaque trop loin, plus avancé en âge, le gros du tumulte étant passé,… il établit une espèce d’égalité entre les plaisirs». « Il soutient que tous les plaisirs sont de même nature et qu’on doit les estimer également ». L’hédonisme est très démocratique. La démocratie tolère toutes les préférences, car elle est le régime de l’homme bigarré. Et l’excès de licence finit par perdre la démocratie : « l’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude et dans l’individu et dans l’Etat ».

d) Le régime démocratique va naturellement se dégrader dans le régime appelé tyrannie. « La tyrannie n’est donc issue d’aucun autre gouvernement que la démocratie, une liberté extrême étant suivie, je pense, d’une extrême et cruelle servitude ». Les riches prennent la parole devant le peuple et emploient tous les moyens qui sont en leur pouvoir ». Et il y a plus grave car d’un autre côté, « le peuple n’a-t-il pas l’invariable habitude de mettre à sa tête un homme dont il nourrit et accroît la puissance ?». Quand le désordre est grand, grande est la tentation d’inviter l’homme fort au pouvoir. Le tyran va pousser, comme di Platon, sur la racine du protecteur. « Où commence la transformation du protecteur en tyran ? ». Quand le chef est assuré de l’obéissance absolue de la multitude, d’homme il finit par se changer en loup. S’il ne périt pas de la main de ses ennemis, il doit se faire tyran. Ainsi, se sachant menacé, « le tyran va demander au peuple des gardes du corps », se constituer une milice. « Et le peuple en accorde, car s’il craint pour son défenseur, il est plein d’assurance pour lui-même ». Bien sûr, le vrai visage du tyran n’apparaît pas tout de suite. « Dans les premiers jours, il sourit et fait bon accueil à tous ceux qu’il rencontre, déclare qu’il n’est pas un tyran, promet beaucoup en particulier et en public, remet des dettes, partage des terre au peuple et à ses favoris, et affecte d’être doux et affable envers tous». Seulement, une fois qu’il s’est « débarrassé des ennemis du dehors, en traitant avec les uns, en ruinant les autres, et qu’il est tranquille de ce côté, il commence toujours par susciter des guerres, pour que le peuple ait besoin d’un chef. » Et c’est de cette manière qu’il se rend de plus en plus odieux au regard des citoyens. Il est un spécialiste des purges, non pas au sens de la purgation saisonnière de l’hygiène qui se débarrasse des toxines du corps, mais au sens où il élimine lui le meilleur de son Etat. Il finit par répandre partout la servitude. S’il fallait maintenant évoquer l’homme tyrannique, au sens où précédemment nous avons parlé de l’homme démocratique, nous devrions évoquer une situation où l’homme soit se range aux côtés des favoris du tyran, de ses fidèles, ou bien se replie sur lui-même dans la terreur, n’osant pas déplaire au Prince et acceptant les contraintes dont il est victime.

3) Cette analyse du livre VIII suit un développement historique. Notez que Platon n’y inclut pas ce qu’il considère la Constitution parfaite qui est l’idéal.  Si la République doit veiller au bien commun, la meilleure des Constitutions serait celle dans laquelle tout devient commun. C’est littéralement une utopie communautaire dont parle Platon : les femmes seraient partagées, les enfants devraient être éduqués en commun, séparés de leurs parents, les moyens de défense pris en commun etc. L’idéal n’est pas « historique », il est en fait intemporel. A la question de savoir ce qu’est un gouvernement juste, la réponse qui s’impose, c’est qu’il doit être un gouvernement dans lequel  la sagesse et l’intelligence règnent sans partage. Il est juste que ce soit l’intelligence qui gouverne, que l’intelligence domine la puissance de l’ardeur généreuse et qui elle-même domine les appétits ou instincts.  Dès que cet ordre est renversé, il y a dérèglement et corruption. La maîtrise est abandonnée à la force ou aux instincts et pulsions. Parlant de la Cité, Platon considère que le sages représente l’intelligence, le guerriers représente l’ardeur généreuse, le marchands le règlement des appétits etc. Pour que la Cité soit juste, elle doit être aussi équilibrée que l’âme et donc que chaque fonction soit à sa juste place et n’outrepasse pas son domaine. D’où l’utopie du philosophe roi chez Platon, utopie qui ne peut avoir un sens que s’il pouvait naître parmi les mortels des âmes suffisamment désintéressées, débarrassées de tout intérêt personnel pour se consacrer à la tâche de gouverner les hommes et de les éduquer dans la sagesse. Force est de se rendre compte que Platon n’y est pas parvenu de son temps et que le projet est resté au stade d’un idéal. Nous pouvons donc retenir ceci : Platon n’a jamais vu dans la démocratie un idéal,  mais seulement un régime historique de nature instable.
B. La démocratie vue comme un idéal

Il va sans dire que ce qui motive l’homme contemporain est avant tout la satisfaction de son intérêt personnel et qu’en matière de gouvernement nous ne raisonnons pas autrement avec la somme d’intérêts privés que constitue une nation ou un Etat. Sans aller chercher des raisons théoriques dans la philosophie politique,  nous pouvons aisément observer que la première des justifications de la démocratie vient de ce qu’elle constitue un cadre idéal pour la réalisation de nos intérêts, car elle donne licence de pouvoir les satisfaire en réduisant au minimum les contraintes qui peuvent peser sur notre liberté individuelle.

1) Il n’en faut pas plus pour que nous soutenions le principe du régime démocratique. Il suffit de poser la question autour de soi pour s’entendre répéter de prime abord que « ce qui est bien dans une démocratie c’est que les hommes y sont libres de faire ce qu’ils veulent ». C’est le seul régime où l’on admet que chacun a droit de vivre comme il lui plaît en satisfaisant aux intérêts qui sont les siens. Bref, ce que nous entendrons en guise de légitimation de la démocratie, c’est la vindicte de l’individualisme. Bien sûr, dès que l’on prononce le mot, nous nous mettons sur la défensive en arguant que la démocratie en appelle surtout à un sens élevé de la responsabilité du citoyen, ce qui veut dire qu’elle exige davantage que la simple licence de faire ce qui nous plaît. Il est entendu que ma liberté doit s’arrêter là où commence la liberté d’un autre et aussi se rendre aux avis de la volonté générale.  Cependant, la justification est bien évidemment seconde, par rapport aux exigences d’une liberté immédiate pour la satisfaction de nos intérêts personnels, – ce à quoi les hommes pensent d’abord. Ce qui est sur le plan psychologique un schéma caractéristique de l’ego. Moi, va évidemment avec mes intérêts, ce qui est mien, et avec ma liberté.

Nous avons vu qu’une organisation sociale fonctionne comme un ego collectif.  Il y a donc aussi une manière de revendiquer une forme collective de licence qui est une défense de « nos » intérêts, tout particulièrement contre des « autres ». Et on voit alors se dupliquer sur un plan collectif les conduites individuelles avec la même revendication de liberté : « notre entreprise et ses succursales, notre  réseau de distribution, nos exploitations agricoles, notre capital et nos fonds d’investissement, etc. ». Et on trouvera bien sûr que la démocratie est un régime approprié pour que prospère une organisation collective, car elle doit « laisser les entreprises libres de faire ce qu’elles veulent ». En terme économique cela s’appelle du libéralisme. Notez le parallèle, il est important.

Cependant, une fois éveillé la conscience de la citoyenneté, sa logique nous porte plus avant, à sortir du cercle étroit de notre intérêt personnel.  Si nous prenons au sérieux la citoyenneté, nous verrons dans la démocratie un idéal dont nous sommes parfaitement capables de saisir rationnellement les implications. Tout être humain doué d’un intellect peut en développer la représentation. Ainsi, il nous paraît juste qu’un peuple se gouverne lui-même et ne soit pas sous la gouvernance autoritaire d’un individu ou d’un groupe particulier.  La démocratie est le régime dans lequel le peuple exerce la Souveraineté. Nous pensons que s’il est un droit humain qui mérite légitimement d’être préservé, c’est bien la liberté politique. Or la démocratie est le régime qui est le plus adapté à cette fin, car elle repose sur l’idée que les citoyens d’un Etat sont sur un pied d’égalité. La démocratie est le régime dans lequel l’égalité en droit des citoyens peut être admise, revendiquée et défendue. Nous admettons aussi qu’il est juste que l’Etat démocratique joue un rôle dans l’éducation des citoyens, car chacun a droit à une éducation de qualité. De même, la liberté d’opinion, la liberté religieuse, la liberté de pensée en général ne peuvent se manifester pleinement que dans le contexte d’une démocratie et il est juste que chacun puisse en disposer etc. Chacun d’entre nous est à même de tirer ce genre de conséquences et nous devrions tous être formés à pouvoir le faire. C’est juste une question d’éducation civique en démocratie.

Quand nous disons prendre au sérieux la citoyenneté, cela veut dire ne pas prendre la chose publique, la res publica, à la légère, se cantonner dans l’indifférence, ou se détourner de tout engagement. Par exemple, concrètement, le fait de prendre la parole sur un sujet politique fait partie des mœurs de la démocratie. Dans certains pays, comme en Grèce, c’est une coutume des conversations de café que de parler politique. Ce n’est pas anodin, mais important à double titre :  parce que la démocratie se situe dans le jeu de l’opinion et qu’elle demande dans son exercice un travail de dialogue. Sur le premier point Castoriadis rappelle pourquoi Athènes pouvait trouver Socrate dangereux. La méthode socratique met à l’épreuve l’opinion et révèle son inanité sur le plan de la connaissance. Or la démocratie se déroule sur le terrain du débat d’opinion. Elle en accepte le jeu et estime qu’il doit servir la décision politique. Socrate devait donc irriter et cela d’autant plus que le débat d’opinion vire facilement au bavardage et à l’affrontement personnel, ce qui tend à disqualifier la valeur de l’opinion en général.  Toutefois, c’est un risque à prendre que d’accepter le jeu de l’opinion. La démocratie concrète implique le droit de prendre la parole sur toute question devant conduire à des décisions mettant en jeu l’ensemble de la communauté politique. C’est une manière d’entrer dans la vie politique. En effet, pour citer Castoriadis. « Un citoyen n’est pas (pas forcément) « militant de parti », mais quelqu’un qui revendique activement sa participation à la vie publique et affaires communes au même titre que tous les autres ».  La démocratie ne peut être vivante que lorsque les individus qui la composent assument la citoyenneté et ne se contente pas d’être des ouvriers, des patrons, des artistes, des artisans, des scientifiques, des consommateurs, des supporters, des artistes etc. Tous ces rôles que nous pouvons jouer dans la vie et qui peuvent accaparer notre existence au point que nous nous détournions de la vie publique et des devoirs du citoyen.

C’est une chose de louer la valeur de la démocratie, parce qu’elle autorise la licence de faire ce qui nous plaît, c’en est une autre d’en faire l’éloge pour elle-même, parce que nous voyons en elle un idéal. Dans un cas, on ne la voit que comme un moyen, dans l’autre on la considère comme une fin. Les idéalistes qui croient dans la démocratie sont rares, les consommateurs de la démocratie sont légions.

2) Cependant, le fait est que l’Histoire en prend bien la direction. C’est incontestable. Depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement du système communiste, force est de remarquer que le nombre des régimes démocratiques ne cesse de croître sur la Terre. Certains auteurs, comme Jean Baechler, vont jusqu’à soutenir que la démocratie est la forme la plus « naturelle » de gouvernement. L’emploi du mot « naturelle » se discute, mais ce  qui est sûr, c’est qu’elle est effectivement devenue une norme. Implicitement, dans le monde aujourd’hui, la démocratie est perçue comme la forme normale de gouvernement, les autres  étant  vues comme anormales, comme des aberrations, des déviances ou des perversions par rapport à la démocratie…  Qui devrait être la norme. Ce qui « devrait être » par définition diffère « ce qui est ». Ce qui devrait être est un idéal qui permet de juger le réel, de mesurer  l’écart existant entre un état de droit parfait et achevé et un état de fait qui reste pauvre, insuffisant et limité. Encore loin de l’idéal. Ce que nous pensons, c’est que l’Histoire est en route ; elle est semée d’embûches, mais elle chemine malgré tout vers l’idéal démocratique.

Notez que nous tenons exactement le même type de raisonnement au sujet des droits de l’homme. Nous pensons que le droit positif est dans les faits ce qu’il est. Imparfait. Et pourtant, nous pouvons souligner des avancées considérables depuis un certain nombre d’années qui montrent que peu à peu, les droits de l’homme entrent à l’intérieur du droit positif, de sorte que nous pouvons penser qu’à terme, ils finiront par se confondre.

L’ennui avec l’idéal démocratique, c’est qu’il comporte des ambiguïtés. Nous avons vu précédemment que l’avènement de la démocratie avait la valeur d’un signe des temps, celle de l’annonce de la fin de l’Histoire. Francis Fukuyama dans La Fin de l’Histoire et le dernier Homme est dans ce registre très démonstratif. Comme Tocqueville,  il admet que la marche vers la démocratie est irrésistible à travers l’Histoire ; mais elle se paye par l’appauvrissement de l’humain, car elle tend à renforcer les conduites grégaires ; la logique des comportements de masse conduisant au nivellement par le bas de la conscience humaine.

Rien ne prouve que la majorité a nécessairement raison. Une décision démocratique n’est  pas forcément une décision valide quant au choix d’une société en direction de son futur.  Tout ce que peut assurer la démocratie, c’est que par le jeu des institutions, un assentiment général soit obtenu en faveur d’une décision publique. Rousseau disait que la volonté générale veut le bien, … mais elle ne le voit pas toujours. Il est absurde de croire qu’une assemblée d’hommes puisse être plus éclairée que le meilleur de l’un d’entre eux et qu’une décision prise à la majorité soit nécessairement plus sage seulement parce qu’elle a recueilli un plus large consensus. L’histoire des démocraties montre assez clairement nos emportements, nos erreurs, nos préjugés collectifs. Aucune société démocratique ne l’a suffisamment été pour tendre à l’universel au point de se montrer capable de promouvoir l’idée la plus élevée que nous puissions concevoir de l’humain. On s’est fort bien accommodé de l’esclavage, de la colonisation, du pillage des ressources naturelles d’autres peuples, de la ségrégation sous toutes ses formes. L’égarement irrationnel se rencontre dans les prises  de décisions collectives autant qu’individuelles, sinon plus. Parler en retour de tyrannie de la majorité est certainement excessif,  mais il est indubitable qu’il existe un poids, une lourdeur, une inertie de la majorité. Une ignorance aussi et surtout. Le fonctionnement démocratique peut conduire à une lenteur dans les décisions,   à la paralysie et à l’inaction. Ce qui est tout à fait préjudiciable quand la prise de décision doit être rapide pour être efficace.  De plus, il faut être assez honnête pour reconnaître qu’avec l’individualisme de consommateur qui prévaut dans nos sociétés, la somme des intérêts particuliers ne tend par nécessairement vers l’intérêt général et de toutes façons, l’intérêt général peut encore être différent du bien de tous. La question est d’autant grave en ces temps où l’équilibre écologique de la planète est devenu très inquiétant.

Qu’y a-t-il de pire, entre l’autoritarisme tyrannique que nous détestons cordialement et à juste titre, et d’un autre côté la démagogie complaisante du politique qui sert de la langue de bois et finit par prendre le citoyen pour un imbécile ? Si la démagogie fausse le jeu de la démocratie, c’est qu’elle donne la part belle à une rhétorique constante qui produit de l’illusion… ce qui sert avantageusement les puissances de l’argent. Rien ne sert d’avantage les intérêts du profit que l’établissement d’un régime démocratique, car dans un tel régime, il peut tenir dans l’ombre toutes les ficelles, tout en laissant croire que les hommes ont conquis la plus belle des libertés. Cela fait des lustres que les puissances de l’argent ont  dérobé à la politique son pouvoir. Et ceci n’est pas du « conspirationnisme », c’est un simple constat de fait. Bien sûr, nous pouvons justifier la nécessité pour un peuple de se faire représenter au parlement. C’est juste une question de division correcte du travail et de spécialisation qui doit laisser aux autres citoyens tout le soin de se consacrer à l’occupation qui est la leur. Bien sûr, il est juste de penser que fondamentalement, la représentation n’est qu’un mandat accordé par le peuple à ses représentants et donc une simple procuration accordée. Toujours est-il que le manque d’intégrité du politique est un risque et qu’au final le bon peuple finit par ne plus se reconnaître du tout dans les décisions qu’on lui impose. La procuration accordée aux ministres du peuple, comme dirait Rousseau, devient illico une autorisation, voire une licence de décider en vertu de préoccupations qui peuvent s’écarter du respect strict de la volonté générale. Il est totalement illusoire de croire qu’un régime, quel qu’il soit, puisse conférer mécaniquement une intégrité à celui qui gouverne. La corruption, quand elle existe, n’a pas à être rejetée sur le régime et ce n’est certainement pas en votant des lois que l’on rend les hommes meilleurs. La grâce divine ne descend pas automatiquement sur l’esprit d’un homme parce qu’il vient d’être élu député. Nous avons besoin des hommes les plus intègres, d’homme sincères, vrais, solides, fidèles à la mission qui leur est confiée, mais cette intégrité dépend de leur vertu. Et la vertu ne s’épanouit que dans le secret de la conscience.

La solution est formulée par Eric Weil dans Philosophie politique. Il n’hésite par à dire que « la meilleure forme du gouvernement est l’aristocratie. C’est là une évidence que personne n’a jamais mise en doute : nul ne désir que les plus mauvais, les plus méchants, les moins prudents, les moins efficaces dirigent les affaires de la communauté, et tout le monde désire que les meilleurs en soient chargés. La difficulté est de trouver ceux qui sont les meilleurs dans une communauté. La thèse défendue ici consiste à dire que la démocratie est le système politique qui, dans une communauté saine, a le plus de chances d’amener les meilleurs aux postes dirigeants. La restriction est d’une importance décisive : dans une communauté en décomposition, violente, passionnée, dominée par la lutte des intérêts particuliers, le règne des médiocres (plutôt que celui des méchants ou des mauvais) sera la règle – et elle conduira au règne autocratique de ceux qui ne considèrent que l’efficacité à l’exclusion de toute valeur». Si nous conservons le terme d’aristocratie pour désigner l’aristocratie de l’esprit, (pas celle du sang) la thèse ne soulève guère de difficultés. La nuance « a le plus de chances de » est assez claire et elle écarte toute vision excessivement utopique de la démocratie. Bref, en démocratie rien n’est acquis, tout reste à faire, la démocratie est toujours à conquérir, en recréation constante.
C. Utopie, autonomie et démocratie

Mis à part  la question de la compétence de ceux qui gouvernent, au fond, ce qui nous séduit dans la démocratie, c’est la possibilité qu’a le citoyen de participer activement  aux décisions collectives. Le principe de la démocratie directe et tout l’imaginaire qui s’y trouve rattaché. Il y a des technocrates qui aujourd’hui misent sur nos moyens informatiques pour y contribuer. On imagine les citoyens connectés aux organe de décision des Etats sollicités régulièrement par clavier interposé, pour décider de telle ou telle chose.  Rousseau considérait qu’il n’y avait jamais eu de démocratie directe et qu’un gouvernement de ce genre ne conviendrait qu’à une assemblée de dieux et pas à des hommes. Il n’y a pas d’exemple historique de démocratie « pure » dans ce sens. Par exemple, dans son fonctionnement ordinaire la cité d’Athènes n’a jamais été une démocratie « pure ». Le peuple assemblé ne détenait pas vraiment tous les pouvoirs et les fonctions importantes, comme les fonctions miliaires, étaient remplies par des magistrats élus. Il n’est pas sûr que la technologie de l’information puisse changer la donne. N’empêche que la démocratie participative a un sens en direction d’une liberté autonome. Ce qui est peut être la vraie raison de la quête de la démocratie.

1) Il n’y a guère que dans des utopies communautaires, comme l’expérience Auroville que l’on ait tenté de mettre en pratique de manière complète un système d’autogestion pour éliminer le principe d’une hiérarchie de pouvoir. Un tel projet n’était concevable que porté par une forte inspiration spirituelle sans lequel il ne pouvait aboutir. En amont d’Auroville, il y a la stature, la personnalité et l’œuvre de Shri Aurobindo. Une solide réflexion sur le sens de la politique d’un penseur qui ne s’est pas contenté d’être un théoricien mais a aussi participé activement à la libération de l’Inde. Mirra, (Mère) sa disciple, la fondatrice d’Auroville, a pris le relais  et essayé de faire descendre sur Terre sa vision. D’où la concrétisation en 1968 : une cité internationale bâtie par pionniers venus de 36 pays. Elle disait en 1954 :

« Il devrait y avoir quelque part sur la terre un lieu dont aucune nation n’aurait le droit de dire: “il est à moi”; où tout homme de bonne volonté ayant une aspiration sincère pourrait vivre librement comme un citoyen du monde et n’obéir qu’à une seule autorité, celle de la suprême vérité; un lieu de paix, de concorde, d’harmonie, où tous les instincts guerriers de l’homme seraient utilisés exclusivement pour vaincre les causes de ses souffrances et de ses misères, pour surmonter ses faiblesses et ses ignorances, pour triompher de ses limitations et de ses incapacités; un lieu où les besoins de l’esprit et le souci du progrès primeraient la satisfaction des désirs et des passions, la recherche des plaisirs et de la jouissance matérielle.

Dans cet endroit, les enfants pourraient croître et se développer intégralement sans perdre le contact avec leur âme; l’instruction serait donnée, non en vue de passer des examens ou d’obtenir des certificats et des postes, mais pour enrichir les facultés existantes et en faire naître de nouvelles. Les titres et les situations seraient remplacés par des occasions de servir et d’organiser; il y serait pourvu aux besoins du corps également pour tous, et la supériorité intellectuelle, morale et spirituelle se traduirait dans l’organisation générale, non par une augmentation des plaisirs et des pouvoirs de la vie, mais par un accroissement des devoirs et des responsabilités ».

La plupart des expériences communautaires de la période hippie se sont soldées par des échecs et n’ont pas pu se maintenir. Mais Auroville existe toujours, elle a été classée par l’Unesco comme modèle de vie communautaire et elle reçoit le soutient actif du gouvernement indien dans un statut de quasi-protectorat. Elle est parrainée par plusieurs organisations internationales. Le projet a connu des difficultés, mais l’expérience est  en cours. Se maintenir à la hauteur de l’idéal posé par Shri Aurobindo et Mère était une tâche difficile. En théorie, il aurait fallu que des individus inspirés, éclairés, dépourvu d’intérêt personnel, prennent en main les projets de la ville. En pratique, comme il y a toujours des ego humains,avec leurs limites, il y a des éléments de conflit et des enjeux de pouvoir. Dans les crises il est même  parfois nécessaire de revenir aux structures habituelles des États. Et les aurovilliens avouent que finalement, pour la gestion au quotidien d’une communauté, la démocratie du vote à la majorité, c’est encore ce que l’homme a fait de mieux !

La Chartre d’Auroville prévoyait la création d’un modèle social du futur. Comme dans le premier degré de l’éducation de La République de Platon, elle proposait une éducation artistique.  Je cite encore le texte de Mère de 1954 : « La beauté sous toutes ses formes artistiques, peinture, sculpture, musique, littérature, serait accessible à tous également – la faculté de participer aux joies qu’elle donne étant limitée uniquement par la capacité de chacun et non par la position sociale ou financière ». Elle proposait l’abandon du système de l’argent, la revalorisation créative du travail et  la consécration de l’individu à la communauté. « Dans ce lieu idéal, l’argent ne serait plus le souverain seigneur; la valeur individuelle aurait une importance très supérieure à celle des richesses matérielles et de la position sociale. Le travail n’y serait pas le moyen de gagner sa vie, mais le moyen de s’exprimer et de développer ses capacités et ses possibilités, tout en rendant service à l’ensemble du groupe qui, de son côté, pourvoirait aux besoins de l’existence et au cadre d’action de chacun ».

« En résumé, ce serait un endroit où les relations entre êtres humains, qui sont d’ordinaire presque exclusivement basées sur la concurrence et la lutte, seraient remplacées par des relations d’émulation pour bien faire, de collaboration et de réelle fraternité. »

Cela ne s’improvise pas, mais il faut avoir l’audace de tenter de le faire et de frayer avec des voies nouvelles. Dès l’instant où il s’agit non plus de faire des plans, mais de mettre en pratique, la réalité humaine nous rattrape. Mais cela fait partie du jeu. L’expérience Auroville a un intérêt pour nous aider à comprendre quels obstacles se dressent sur le chemin de l’autonomie politique, combien est délicat le passage depuis notre monde étatique actuel, notre monde de la compétition, du capital, vers une communauté politique plus empreinte de sagesse. Le nœud des problèmes en définitive n’est pas dans le système, mais dans l’homme. L’ironie de Rousseau sur la beauté de la démocratie nous rattrape donc ; il faudrait diviniser l’homme pour que l’utopie devienne réalité! Et nous voyons aussi que par-delà les siècles que l’idée de platonicienne de Constitution parfaite, avec son utopie communautaire n’est pas morte et qu’elle revient s’incarner dans l’Histoire !

2) Nous voyons donc à quel point la démocratie est une idée complexe. Il y a incontestablement dans l’idée de démocratie une aura imaginaire qui inspire l’utopie. Qu’on le veuille ou non, la démocratie n’est pensable qu’à l’intérieur d’un idéalisme moral. Ce n’est pas un régime pragmatique. Si nous voulions un régime terriblement efficace, par l’ordre qu’il saurait imposer, nous opterions pour une tyrannie. C’est, comme nous l’avons vu, exactement ce qui opposerait Rousseau et Machiavel dans la définition de la politique. Mais d’autre part, nous ne voulons pas exclure le droit de regard du citoyen sur les affaires publiques. Il nous semble à bon droit qu’il doit être mis en liberté pour mûrir dans la liberté. D’où l’opposition de Rousseau à Hobbes cette fois, car la logique du Contrat Social, c’est-à-dire la formulation du lien implicite qui unit le citoyen à la communauté politique, ne peut que viser qu’à protéger et garantir la liberté.

Ce qu’il faut en déduire, c’est que le progrès de la démocratie dépend du développement du sens de l’autonomie dans la conscience d’une communauté. Pourquoi vouloir la démocratie? Parce que nous voulons être libre, parce que nous voulons un monde libre et que la liberté n’est ni utopie ni fatalité, mais notre propre création consciente. « Nous avons décidé que nous voulons être libre – et cette décision est déjà la première réalisation de cette liberté ». Il n’est pas nécessaire de se demander quand, historiquement, nous avons décidé de l’être. Ce qui compte, c’est le mouvement d’autonomie à l’œuvre dans l’Histoire et le fait même que la libération de l’homme s’est choisi comme cadre idéal la démocratie. Alors, si nous avons bien conscience de l’endroit où nous voulons aller, il faut en prendre la route de manière décidée et ne pas nous montrer inconséquent ; habile rhéteur dans les proclamations, mais n’ayant pas de suite dans les idées pour dire ce qui doit être dit et faire ce qui doit être fait.

Et c’est là qu’apparaît le point d’application le plus important. La démocratie n’a de sens que portée par un formidable travail éducatif. Patient et passionné, long et continu, étendue à toute la durée de l’existence humaine. C’est la négligence coupable des démocraties contemporaines, obsédées par  le souci de la rentabilité, de n’accorder qu’un crédit médiocre à l’éducation et de vendre la démocratie aux seuls intérêts de l’économie. A en juger par l’instruction que l’on distribue aujourd’hui, il semble que le souci principal des États soit devenu  de former soit des consommateurs ou bien des commerciaux. Aurobindo parlait du « commercialisme » des sociétés occidentales . Et l’on s’étonne par après du désintérêt pour la recherche, de l’incivisme de nos sociétés et de l’inculture crasse qui y règne. Le premier objectif de l’État démocratique devrait être de porter à son degré le plus élevé l’éducation de ses membres.  Ou alors le mot démocratie ne veut plus rien dire et autant le jeter dans les oubliettes de l’Histoire. Autant avouer que nous ne vivons aujourd’hui que dans une techno-ploutocratie bienveillante et permissive. Nous disons bien éducation, dans le sens vrai et réel de l’homme cultivé et non pas de ce délayage confus que l’on se permet d’appeler aujourd’hui « culture ». La véritable culture est éveil de l’intelligence et de la sensibilité. La connaissance seule libère et reconduit à la lucidité. La lucidité offre une ouverture à l’intelligence, nous remet les pieds sur terre et nous fait sentir le lien de la responsabilité. C’est la seule manière de couper court à l’inconscience sous toutes ses formes. Il y a incompatibilité entre le mot « démocratie » et « ignorance ». Une démocratie ignorante et un oxymore. Dans tout autre régime on peut partir du principe que seule une élite peut accéder au savoir. Le peuple peut lui rester dans l’ignorance. Il suffit de lui accorder juste un minima pour survivre, de le maintenir dans la précarité et de lui offrir des divertissements variés pour qu’il dérive sa misère dans les royaumes de l’imaginaire. Or si le mot démocratie à un sens, si nous avons un tant soit peu de souci pour la dignité de la vie humaine, nous verrons qu’il y a une importance fondamentale à ce qu’elle soit portée par une éducation de premier ordre. Tout le reste suit.

*
*

Tant que nous n’avons pas explicité nos raisons, le consensus autour de la démocratie est juste de façade. Il faut remarquer que dans la pensée politique classique, c’est la République  qui est mise en valeur, car un bon régime est celui qui prend soin du bien public. A supposé que la loi émane effectivement de la volonté générale, que le système de la représentation est satisfaisant et efficace, que les décisions publiques sont conformes à la volonté générale, il y a tout lieu de penser que les hommes seront bien gouvernés. Ce qui ne veut pas dire que tout le monde doit participer au pouvoir.

Le choix de la démocratie exige d’avantage, parce que le peuple veut se gouverner par lui-même. A priori, un gouvernement en foule, cela n’aurait guère de sens. Cela ne peut être que la démagogie et la pagaille et les critiques ont raison de souligner l’inertie de principe de la démocratie et les travers qui la guettent. Cependant, il faut souligner que c’est le seul régime qui place réellement sa confiance en l’homme, qui s’appuie sur la responsabilité individuelle et tend à la renforcer. C’est le régime le plus favorable à l’épanouissement d’une liberté spirituelle. Mais il faut accorder que l’équilibre d’une démocratie est éminemment instable et demande pour être préservé une vigilance constante. La grandeur de la démocratie n’est pas séparable de  sa vulnérabilité.

Le corps humain version 2.0

Author:  |  Category: technologie

Durant les décennies à venir, une amélioration radicale des systèmes physiques et mentales de notre corps, déjà entrain de se faire, utilisera des nanobots afin d’augmenter et ultimement remplacer nos organes.  Nous savons déjà comment prévenir la plupart des maladies dégénératives par la nutrition et les compléments alimentaires; ceci sera notre pont vers la révolution biotechnologique en voie d’émergence, qui à son tour sera un pont vers la révolution nanotechnologique.  En 2030, l’ingénierie  inverse du cerveau humain sera achevée et l’intelligence non biologique fusionnera avec nos cerveaux biologiques.

C’est une question de nanobots

Dans une scène célèbre du film Le Lauréat, le conseil professionnel que donne son mentor à Benjamin tient en un seul mot : « le plastique ».  Aujourd’hui ce mot serait « logiciel » ou « biotechnologie », mais dans deux décennies ce mot sera vraisemblablement « nanobots ».   Les nanobots – des robots de la taille d’une cellule sanguine – nous fourniront les moyens de radicalement modifier notre appareil digestif, et, accessoirement, à peu près tout le reste.

Durant une phase intermédiaire, des nanobots dans le tube digestif et dans le sang extrairont de manière intelligente les substances nutritives exactes dont nous avons besoin, feront appel à d’autres aliments et compléments alimentaires au moyen de notre réseau local sans fil personnel, et envoieront ce qui reste de ce que nous avons mangé à être éliminé de l’appareil.

Si ceci semble futuriste, gardez à l’esprit que des machines intelligentes font déjà leur chemin vers le courant sanguin.  Il existe des douzaines de projets visant à créer des systèmes biologiques microelectromécaniques (bioMEMS) localisés dans le courant sanguin, permettant bien des applications diagnostiques et thérapeutiques.  Les dispositifs bioMEMS sont conçus pour la détection intelligente des pathogènes et la distribution de médicaments de façon très précise.

Par exemple, à l’université de Illinois à Chicago, un chercheur a créé une minuscule capsule munie de pores mesurant seulement sept nanomètres.  Ces pores laissent sortir l’insuline de manière contrôlée, mais ne laissent pas les anticorps envahir les îlots de Langerhans pancréatiques à l’intérieur des capsules.  Ces nano-engins ont guéri des rats souffrant de diabète de type I, et il n’y pas de raison que la même méthodologie échouerait chez les humains.  Des systèmes semblables pourraient livrer de manière précise la dopamine au cerveau des malades de Parkinson, des anti-coagulants aux hémophiles, et des médicaments contre le cancer à l’endroit même de la tumeur.  Un nouveau modèle peut fournir jusqu’à 20 réservoirs à substances, qui peuvent être programmés à livrer leur cargaison dans le corps en temps et lieux précis.

Kensall Wise, professeur d’ingénierie électrique à l’université de Michigan, a développé une minuscule sonde neurale capable de surveiller de manière précise l’activité électrique de patients atteints de maladies neurales.  On attend également des modèles futurs qu’ils livrent des médicaments à des lieux précis du cerveau.  Kazushi Ishiyama à l’université de Tohoku au Japon a développé des micromachines utilisant des vis en rotation de taille microscopique afin de distribuer des médicaments à des petites tumeurs cancéreuses.

Une micromachine particulièrement innovatrice développée par le Sandia National Labs est munie de véritables micro-dents sur une mâchoire qui s’ouvre et se ferme, piégeant les cellules une par une afin d’y implanter des substances telles l’ADN, des protéines ou des médicaments.  Au moins quatre conférences scientifiques majeures ont déjà lieu sur les bioMEMS et autres développements possibles de machines à l’échelle micro- et nanoscopique conçues pour le corps et le courant sanguin.

Ultimement, les substances nutritives individualisées requises pour chaque personne seront comprises dans leur totalité (y compris les centaines de substances phytochimiques provenant des plantes) et seront d’obtention facile et peu onéreuse ; alors nous n’aurons plus besoin de faire l’effort d’extraire les substances nutritives de la nourriture.  Tout comme nos rapports sexuels aujourd’hui ont pour but la gratification sensuelle et relationnelle, nous aurons la possibilité de détacher l’acte de manger de la fonction de livraison des aliments dans le sang.

Cette technologie devrait avoir atteint un seuil de maturité acceptable vers les années 2020.  Les substances nutritives seront directement introduites dans le sang au moyen de nanobots métaboliques spécialisés.  Des capteurs dans le sang et dans le corps, au moyen de communication sans fil, fourniront de manière dynamique les données quant aux aliments nécessaires à tout instant.

La question essentielle lors du développement de cette technologie sera comment ces nanobots entreront et sortiront du corps.  Comme mentionné ci-dessus, les technologies actuelles, telles les cathéters, laissent beaucoup à désirer.  Un avantage majeur de la technologie nanobotique est que, contrairement aux simples médicaments et compléments alimentaires, les nanobots ont quelque intelligence.  Ils peuvent surveiller leurs inventaires, et intelligemment quitter nos corps et y revenir moyennant diverses astuces. Un scénario serait que nous portions un ‘habit alimentaire’ spécial tel une ceinture ou un tricot.  Cet habit serait chargé de nanobots porteurs de substances nutritives, qui rentreraient et sortiraient du corps par la peau ou autres cavités.

La Digestion Digitale

A ce stade de l’évolution technologique nous pourrons manger tout ce que nous voulons, tout ce qui nous donnent du plaisir et nous comble gastronomiquement, et ainsi explorer sans réserve les arts culinaires pour leurs saveurs, leurs textures et leur arômes.  En même temps, nous fournirons un flux optimal de substances nutritives au sang, au moyen d’un procédé entièrement séparé.  Une possibilité serait que toute nourriture ingérée passe à travers un tube digestif désormais coupé de toute absorption possible dans le sang.

Ceci encombrerait le colon et les fonctions intestinales ; ainsi une méthode plus raffinée se passera de la fonction éliminatoire.  Ceci pourra se faire au moyen de nanobots d’élimination spéciaux qui agiront tels de tout petits compacteurs de déchets.  Lorsque les nanobots alimentaires passeront de l’habit alimentaire vers le corps, les nanobots éliminatoires feront le trajet inverse.  De temps en temps il nous faudra remplacer l’habit alimentaire par un neuf.  On pourra dire que nous tirons quelque plaisir des fonctions éliminatoires, mais je soupçonne que la majorité des gens seront heureux de s’en passer.

Ultimement, nous pourrons nous passer d’habits spéciaux ou de ressources nutritionnelles explicites.  Tout comme l’informatique finira par être omniprésente, les ressources métaboliques nanobotiques élémentaires feront corps avec notre environnement dans son ensemble.  En outre, un aspect important de ce système sera le maintien à l’intérieur du corps d’amples réserves de toutes les ressources nécessaires.  La version 1.0 de notre corps ne fait ceci que de manière très limitée ; par exemple elle stocke quelques minutes d’oxygène dans le corps, et quelques jours d’énergie calorifique dans le glycogène et autres réserves.  La version 2.0 offrira des réserves bien plus amples, ce qui nous permettra d’être privés de ressources métaboliques pendant beaucoup plus longtemps.

Une fois perfectionnés, nous n’aurons plus du tout besoin de la version 1.0 de l’appareil digestif.  J’ai souligné ci-dessus que nous adopterons ces technologies de manière prudente et progressive.  Ainsi nous ne nous débarrasserons pas du processus digestif démodé dés l’arrivée de ces techniques.  La plupart d’entre nous attendrons le système digestif version 2.1 ou même 2.2 avant d’accepter de faire sans la version 1.0.  Après tout, les gens n’ont pas jeté leur machine à écrire lorsque fut introduite la première génération de traitement de texte.  Les gens ont gardé leurs colletions de vinyles pendant des années après la sortie des CDs (j’ai toujours les miens).  Les gens gardent leur appareil photos traditionnel alors que les appareils digitaux gagnent rapidement du terrain. Néanmoins les nouvelles technologies finissent par dominer, et peu de personnes aujourd’hui possèdent une machine à écrire.  La même chose va se passer avec nos corps remaniés.  Une fois résolues les complications inévitables qui surgiront avec un système gastro-intestinal radicalement refait, nous commencerons à nous en servir de plus en plus.

Le Sang Programmable

Lorsque a lieu l’ingénierie inverse (c’est-à-dire l’apprentissage de leurs principes d’opération) de nos diverses fonctions physiologiques, nous serons en mesure d’élaborer des nouvelles fonctions formidablement améliorées.  Une fonction diffuse qui a déjà fait l’objet d’une modification conceptuelle d’envergure est le sang.

Un des principaux partisans de la ‘nanomédecine’ (modifier nos fonctions biologiques au moyen de l’ingénierie à échelle moléculaire) et auteur d’un livre portant ce titre est Robert Freitas, Chercheur Scientifique dans l’entreprise nanotechnologique Zyvex Corp.  Le manuscrit ambitieux de Freitas est une feuille de route détaillée de la reconstruction de notre héritage biologique.  Un des projets de Freitas est de remplacer (ou améliorer) les globules rouges par des ‘respirocytes’ artificiels, qui nous permettraient de garder notre souffle pendant quatre heures de suite ou courir à vitesse maximale pendant 15 minutes sans respirer.  Comme la majorité de nos fonctions biologiques, les globules rouges exécutent leur travail d’oxygénation de manière très inefficace, et Freitas les a repensées visant une performance optimale.  Il a élaboré de nombreuses exigences physiques et chimiques de manière admirablement détaillée.

Ce sera intéressant de voir comment cette évolution sera perçue d’un point de vue de compétition athlétique.  Probablement, l’usage de respirocytes et systèmes similaires sera banni des compétitions olympiques, mais alors nous voyons surgir le spectre d’adolescents dans les salles de gymnastique de leur collège régulièrement surpassant les athlètes olympiques.

Freitas envisage des plaquettes artificielles de l’ordre de grandeur du micron qui pourraient arrêter l’hémostase (contrôler le saignement) jusqu’à 1000 fois plus vite que les plaquettes biologiques.  Freitas décrit des microbivores nanorobotiques (remplaçant les globules blanches) qui téléchargeront des logiciels afin de détruire des infections spécifiques cent fois plus vite que les antibiotiques, et qui seront efficaces contres toutes les infections bactériennes, virales et fongiques, sans les limites de la résistance aux antibiotiques.

Un Cœur, ou pas

Le prochain organe que je cible est le cœur.  C’est une machine remarquable, mais il pose de nombreux problèmes.  Il est sujet à une myriade de modes d’échec, et représente une faiblesse fondamentale pour notre longévité potentielle.  Le cœur s’effondre en général bien avant le reste du corps, et souvent très prématurément.

Bien que les cœurs artificiels commencent à fonctionner, une approche plus efficace sera de se débarrasser du cœur tout simplement.  Parmi les modèles que proposent Freitas, nous trouvons des substituts nanorobotiques aux globules sanguines qui ont une mobilité autonome.  Si le système sanguin se meut de son propre mouvement, alors les problèmes d’ingénierie que posent les pressions extrêmes requises pour un pompage centralisé pourront être éliminés.  En perfectionnant les moyens de transfert des nanobots vers et hors du sang, nous pourrons aussi remplacer de manière continue les nanobots qui constituent notre approvisionnement en sang.

Puisque les respirocytes permettront une oxygénation beaucoup plus ample, nous serons en position d’éliminer les poumons en laissant les nanobots nous fournir en oxygène et supprimer le dioxide de carbone.  On remarquera éventuellement que respirer nous procure du plaisir (encore plus que l’élimination !).  Comme pour toutes ces modifications, nous passerons certainement par des étapes intermédiaires pendant lesquelles ces techniques amélioreront nos systèmes naturels, nous offrant les avantages des deux.   Finalement, cependant, nous ne verrons pas pourquoi continuer à subir toutes les complications de la respiration véritable et l’exigence d’air respirable où que nous allions.  Si vraiment la respiration est un tel plaisir, nous développerons des moyens de nous procurer cette expérience sensuelle virtuellement.

Nous n’aurons pas besoin non plus des divers organes qui secrètent des produits chimiques, hormones et enzymes qui circulent dans le sang et autres voies métaboliques.  Nous créons déjà des versions bio-identiques de beaucoup de ces substances, et nous serons en mesure de créer systématiquement toutes les substances d’importance biochimique d’ici deux décennies.  Ces substances (pour autant que nous en aurons toujours besoin) seront livrées par des nanobots sous contrôle de systèmes intelligents de bio-rétroaction [intelligent biofeedback systems] afin de maintenir le niveau d’équilibre requis, tout comme le font nos systèmes ‘naturels’ (par exemple, le contrôle des niveaux d’insuline par les cellules îlots de Langerhans pancréatiques).  Puisque nous éliminons la majorité de nos organes biologiques, beaucoup de ces substances ne seront plus nécessaires, et seront remplacées par d’autres ressources exigées par les systèmes nanorobotiques.

Il importe de souligner que cette procédure de modification ne sera pas accomplie en une seule fois.  Chaque organe et chaque idée progresseront à leur manière, passeront par des intermédiaires, et connaîtront plusieurs étapes de mise en œuvre.  Toutefois, nous avançons vers une modification fondamentale et radicale  des fonctionnalités extrêmement inefficaces et limitées du corps humain version 1.0.

Alors que reste-t-il ?

Le squelette est une structure stable, et aujourd’hui nous savons assez bien comment il fonctionne.  Nous en remplaçons déjà des parties, bien que nos techniques actuelles pour ce faire sont sévèrement limitées.  Des nanobots inter-reliant [inter-linking] fourniront la possibilité d’augmenter et ultimement remplacer le squelette.  De nos jours, remplacer une portion du squelette requiert une intervention chirurgicale douloureuse, mais le remplacer de l’intérieur moyennant les nanobots pourra être une procédure progressive et non invasive.  Le squelette humain version 2.0 sera très costaud, stable et autoréparable.

L’absence de nombreux organes, tel le foie et le pancréas, passera inaperçue car leur fonctionnalité ne fait pas l’objet d’une expérience directe.  La peau, au contraire, est un organe que nous allons vouloir garder, ou du moins nous voudrons conserver sa fonctionnalité.  La peau, qui inclut nos organes sexuels primaires et secondaires, a une fonction vitale de communication et de plaisir.  Néanmoins, nous serons ultimement en mesure d’améliorer la peau avec des nouveaux matériaux souples nanofabriqués qui nous offriront davantage de protection contre les effets thermiques et physiques de l’environnement, tout en augmentant notre capacité pour le plaisir et la communication.  On peut en dire de même pour la bouche et la partie supérieure de l’œsophage, qui comprennent ce qui reste du système digestif et qui nous servent à faire l’expérience de l’acte de manger.

Le cerveau humain repensé

Les méthodes d’ingénierie inverse et de modification comprendront également le système le plus important du corps : le cerveau.   Le cerveau est au moins aussi complexe que tous les autres organes mis ensemble, et environ la moitié de notre génome est vouée à son expression.  C’est une erreur que de concevoir le cerveau comme un seul organe.  En fait il est une collection complexe d’organes dont la fonction est le processus d’information.  Ces organes sont interconnectés selon une hiérarchie sophistiquée, comme l’est aussi l’histoire  accidentelle de notre évolution.

Nous sommes déjà bien en mesure de comprendre les principes d’opération du cerveau humain.  Les techniques de base que sont le scannage cérébral et la modélisation neuronale se perfectionnent de manière exponentielle.  Nous sommes déjà en possession de modèles mathématiques détaillés d’une vingtaine des centaines de régions que comprend le cerveau humain.

L’âge des implantations neuronales est également bien entamé.  La liste des régions du cerveau pour lesquelles nous avons des implantations cérébrales à base de modélisation ‘neuromorphique’ (c’est-à-dire l’ingénierie inverse du cerveau humain et du système nerveux) s’allonge rapidement.  Un ami à moi, devenu sourd à l’âge adulte, peut désormais parler au téléphone grâce à son implant cochléaire, un dispositif qui interface directement avec le système nerveux auditoire.  Il projette de le remplacer par un nouveau modèle comprenant mille niveaux de discernement des fréquences, ce qui lui permettrait d’écouter à nouveau de la musique.  Il se plaint qu’il entend la même mélodie dans sa tête depuis 15 ans et se réjouit à l’idée d’entendre quelques airs nouveaux.  Une génération nouvelle d’implants cochléaires, actuellement en cours de recherche, nous offrira des niveaux de discernement des fréquences bien au-delà d’une ouïe dite normale.

Des chercheurs à Harvard et à la MIT [Massachusetts Institute of Technology] sont entrain de développer des implants neuraux qui remplaceront les rétines abîmées.  Il existe des implants cérébraux pour les malades de Parkinson qui communiquent directement avec les régions du noyau postérieur ventral et du noyau subthalamique du cerveau afin d’améliorer les symptômes les plus dévastatrices de cette maladie.  Un implant conçu pour les personnes atteintes d’infirmité motrice cérébrale et de sclérose en plaques communique avec le thalamus ventral latéral et s’est révélé efficace pour le contrôle des tremblements.    « Plutôt que de traiter le cerveau comme une soupe en ajoutant des médicaments qui augmentent ou suppriment certains neurotransmetteurs, » dit Rick Trosch, un médecin américain qui participe au le stade pionnier de ces thérapies, « nous le traitons actuellement comme un circuit. »

Un ensemble de techniques actuellement en voie de développement établira le lien entre le monde aqueux analogique de traitement biologique des données et l’électronique digitale.  Des chercheurs de l’institut Max Planck en Allemagne ont développé des dispositifs non invasifs qui peuvent communiquer avec les neurones dans les deux sens.  Ils ont démontré que leur appareil est un « neuro-transistor » en contrôlant les mouvements d’une sangsue vivante au moyen d’un ordinateur.  Une technologie semblable a été utilisée pour rebrancher des neurones de sangsues et les inciter à exécuter des problèmes simples de logique et d’arithmétique.  Actuellement les scientifiques testent une nouvelle conception appelée ‘points quantiques’ qui met en jeu des petits cristaux de semi-conducteurs afin de relier des dispositifs électroniques à des neurones.

Ces développements promettent de reconnecter les voies neurales  chez des personnes dont les nerfs sont abîmés ou la moelle épinière lésée. On a longtemps pensé qu’il n’était possible de recréer ces voies que dans les cas de lésions récentes car les nerfs se détériorent progressivement lorsqu’ils ne sont pas utilisés.  Néanmoins une découverte récente montre qu’il est possible d’élaborer un système neuro-prothétique pour les patients victimes de lésions anciennes de la moelle épinière.  Des chercheurs de l’université de l’Utah ont demandé à un groupe de patients quadriplégiques de longue date de bouger leurs membres de plusieurs manières, et ont observé, au moyen de l’imagerie par résonance magnétique, comment a réagi leur cerveau.  Bien que les voies neurales de leurs membres avaient été inactives pendant plusieurs années, lorsqu’ils essayaient de bouger ces membres leur activité cérébrale était fort semblable à celle observée chez des sujets non handicapés.

En conséquence nous pourrons placer des capteurs dans le cerveau d’une personne paralysée (par exemple Christopher Reeve) qui seront programmés à reconnaître l’activité cérébrale associée avec les mouvements voulus et ensuite simuler la séquence correcte de mouvements musculaires.  Pour les patients dont les muscles ne fonctionnent plus, des conceptions de systèmes ‘nanoélectromécaniques’ (NEMS) existent déjà ; ils pourront s’allonger et se contracter pour remplacer les muscles endommagés et pourront être activés par des nerfs biologiques ou artificiels.

Nous devenons des Cyborgs

Nous faisons l’expérience d’une intimité croissante avec notre technique.  Au début les ordinateurs étaient d’énormes machines inaccessibles, entourées de techniciens en blouse blanche dans des pièces climatisées.  Par la suite ils emménagé dans nos bureaux, puis sous nos bras et maintenant dans nos poches.  Bientôt il nous paraîtra normal de les intégrer au corps et au cerveau. Ultimement nous serons davantage non-biologiques que biologiques.

Les avantages incontestables qu’offrent ces technologies quant au traitement de maladies et d’handicaps profonds leur assurent un perfectionnement rapide, mais leurs applications médicales ne représentent que la première étape de leur adoption.  Au fur et à mesure que se répand leur usage, il n’y aura pas d’obstacle quant à leur utilisation pour l’extension des capacités humaines.  A mon avis, l’augmentation de notre potentiel est précisément ce qui en premier lieu distingue notre espèce.

En outre, toutes les techniques sous-jacentes à ces développements sont en voie d’accélération.  La puissance informatique a connu un taux de croissance doublement exponentiel  durant tout le siècle dernier, et fera de même pendant une bonne partie du présent siècle à cause des possibilités offertes par l’informatisation en trois dimensions.   Les bandes passantes offertes à la communication ainsi que les progrès de l’ingénierie inverse du cerveau accélèrent également.  Entre temps, selon mes modèles, la taille des objets techniques diminue à un taux de 5.6 par dimension linéaire par décennie, ce qui signifie que la nanotechnologie sera omniprésente dans les années 2020.

A la fin de cette décennie, l’informatique va disparaître en tant que technique ‘bagage’ séparée de notre corps.  Il sera normal que nos lunettes et verres de contact inscrivent directement sur nos rétines des images à haute définition qui incluront l’ensemble de notre champ visuel (le Department of Defense utilisent déjà une technique de ce genre, développée par Microvision, une entreprise basée à Bothell, Washington).  Nous aurons une connexion Internet ininterrompue sans fil à très haut débit.  L’électronique permettant tout ceci sera insérée dans nos vêtements.  Vers 2010, ces ordinateurs très personnels nous permettront de nous rencontrer dans un milieu audio-visuel de réalité virtuelle à immersion totale et compléteront notre vision à toute heure par des renseignements spécifiques temps et lieu.

Vers 2030, l’électronique se servira de circuits de la taille d’une molécule, l’ingénierie inverse du cerveau humain sera achevée, et les bioMEMS auront évolué en bioNEMS (systèmes biologiques nanoélectromécaniques).  Ce sera pratique courante que d’avoir des milliards de nanobots (des robots à échelle nanoscopique) parcourant les capillaires du cerveau, communicant entre eux (moyennant un réseau local sans fils), ainsi qu’avec nos neurones biologiques et avec Internet.  Une application sera de nous offrir une réalité virtuelle à immersion totale qui inclura tous nos sens.  Lorsque nous souhaiterons pénétrer un milieu virtuel, les nanobots substitueront aux signaux provenant de nos sens réels les signaux qu’aurait reçus notre cerveau si nous avions été effectivement dans ce milieu virtuel.

Nous aurons une panoplie d’environnements virtuels au choix, aussi bien des mondes terrestres qui nous sont familiers que des mondes qui ne ressemblent en rien à ce que nous trouvons sur la Terre.  Il nous sera possible d’aller vers ces lieux virtuels et d’interagir de toute sorte de manières avec d’autre personnes réelles (et simulées), que ce soit un rendez-vous d’affaires ou une rencontre sensuelle.  Dans la réalité virtuelle, nous ne serons pas restreints à une seule personnalité, puisqu’il nous sera possible de changer notre apparence et devenir quelqu’un d’autre.

L’application la plus importante des nanobots des années 2030 sera de littéralement augmenter notre esprit.  Aujourd’hui nous sommes limités à quelques centaines de trillions de connexions inter-neuronales.  Nous serons en mesure de les augmenter en ajoutant des connexions virtuelles en provenance de la communication nanobotique.  Ceci nous permettra de beaucoup augmenter nos aptitudes à la reconnaissance des formes, notre mémoire, et notre capacité de réflexion en général, ainsi que d’interfacer avec des formes puissantes d’intelligence non biologique.

Il est important de noter qu’une fois l’intelligence non biologique installée dans le cerveau (un seuil que nous avons déjà franchi), elle croîtra de manière exponentielle, conformément à la nature des techniques à base d’information.  Un cube d’un ensemble de circuits de nanotubes qui mesure un pouce (qui fonctionne déjà à petite échelle au laboratoire) sera au moins un million de fois plus puissant que le cerveau humain.  Vers 2040, la partie non biologique de notre cerveau sera bien plus puissante que la partie biologique.  Et cependant elle fera partie de la civilisation de l’homme-machine, car elle dérive de l’intelligence humaine, c’est-à-dire elle a été créée par des êtres humains (ou par des machines créées par des êtres humains) et elle est fondée du moins en partie sur l’ingénierie inverse du système nerveux humain.

Stephen Hawking remarqua récemment dans le magazine allemand Focus que l’intelligence informatique dépassera celle des êtres humains d’ici quelques décennies.  Il a recommandé que nous « développions aussi vite que possible des techniques rendant possible une connexion directe entre le cerveau et l’ordinateur, afin que les cerveaux artificiels contribuent à l’intelligence humaine, au lieu de s’y opposer. »  Que Hawking soit rassuré : le programme de développement qu’il recommande est bien entamé.

Aubrey de Grey

Author:  |  Category: Santé

aubrey-de-grey-aging2008

Aubrey David Nicholas Jasper de Grey, né le 20 avril 1963 à Londres, est un scientifique anglais, ancien informaticien à l’université de Cambridge et autodidacte en biogérontologie. Il vit actuellement à Cambridge.

Il élabore le projet baptisé SENS , qui, basé sur la « théorie mitochondriale du vieillissement » émise par Denham Harman en 1972, propose de développer un moyen de régénérer les tissus cellulaires permettant de rajeunir et d’étendre l’espérance de vie humaine à l’infini. Il aurait identifié sept causes du processus de vieillissement qui doivent être contrées afin de mener à bien ce projet.

Il a été interviewé sur ce sujet par plusieurs médias ces dernières années, notamment l’émission 60 Minutes de CBS, la BBC, le New York Times, Fortune Magazine, Free Talk Live, Popular Science ou “Envoyé spécial” en France. Il est actuellement président et directeur des recherches de la Methuselah Fundation et rédacteur en chef du journal Rejuvenation Research.

Biographie

Aubrey de Grey a fait ses études à la Sussex House School, à la Harrow School et au Trinity Hall de Cambridge. Avant de s’occuper de biologie cellulaire et moléculaire, il a étudié l’informatique. En 1985, il a obtenu un Bachelor of Arts en informatique à l’Université de Cambridge et a rejoint Sinclair Research Ltd en tant que développeur d’intelligences artificielles. En 1986, il est devenu le co-fondateur de Man-Made Minions Ltd où fut mené le développement d’un programme de vérification formelle. Jusqu’en 2006, il était chargé de développement au département de génétique de l’Université de Cambridge sur la base de données génétique FlyBase.

Pendant cette période, l’Université de Cambridge a décerné à Aubrey de Grey un doctorat, par un procédé concernant uniquement les diplômés de Cambridge, qui nécessite d’avoir apporté une « contribution significative »[2] et qui est jugé par les procédés habituels (un jury d’examinateurs et une présentation orale de la thèse), mais qui ne demande pas d’avoir été inscrit comme doctorant. Il reçut ce diplôme en 2000[3] à propos de la théorie qui sert de base à son ouvrage sur un aspect du vieillissement, The Mitochondrial Free Radical Theory of Aging, qu’il a écrit en 1999. Ce livre controversé indique qu’en empêchant que l’ADN mitochondrial soit endommagé, on pouvait augmenter de manière significative l’espérance de vie ; cependant, selon la théorie de De Grey, la destruction de l’ADN mitochondrial est une des causes principales du vieillissement, mais pas la seule. Le 8 février 2007, en cherchant « De Grey AD [au] » sur PubMed, on trouvait 61 références[4] dans 25 journaux à comité de lecture, dont 19 occurrences sur Rejuvenation Research, le journal publié par de Grey.

Sur sa carrière passée d’informaticien (puis de bio-informaticien en génétique), Aubrey de Grey déclare :

«  Il y a des différences vraiment importantes entre le type de créativité d’un scientifique et celui d’un ingénieur technique. Cela signifie que je suis capable de penser de plusieurs manières très différentes, et me retrouver avec des approches des choses qui sont différentes de la manière de penser d’un scientifique normal.[5] »

Il prétend que la connaissance fondamentale nécessaire pour développer des traitements anti-vieillissement efficaces existe déjà en grande partie, et que la science est actuellement en avance. Il cherche à identifier et à promouvoir des techniques spécifiques d’inversion du processus de vieillissement ou, comme il l’appelle, « de l’accumulation des effets secondaires du métabolisme qui finissent par nous tuer »[5] et des approches les plus efficaces possibles pour prolonger l’espérance de vie humaine.

Depuis 2005, son travail se concentre sur le projet SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence), destiné à prévenir le déclin physique et mental lié au vieillissement. Il est aussi le co-fondateur (avec David Gobel) et directeur des recherches de la Methuselah Foundation, une organisation à but non lucratif basée à Springfield en Virginie aux États-Unis. La Methuselah Foundation, nommée d’après le personnage biblique Mathusalem, a pour principale activité le Prix de la Souris Mathusalem, une récompense qui encourage la recherche contre le vieillissement en accordant d’importantes récompenses aux scientifiques capables d’allonger de manière jamais atteinte auparavant l’espérance de vie d’une souris. Sur ce sujet, Aubrey de Grey déclare :

«  Si nous devons mettre en œuvre des thérapies régénératrices bénéficiant non seulement aux générations futures, mais aussi à ceux d’entre nous qui sont encore vivants, nous devons encourager les scientifiques à travailler sur le problème du vieillissement.  »

Le montant du prix était de 4,2 millions de dollars en février 2007. Aubrey de Grey pense qu’une fois que des scientifiques auront réussi à allonger de façon importante l’espérance de vie des souris, un intérêt financier sera porté à ce type de recherche, ce qui accélérera les recherches analogues sur l’espérance de vie humaine.

Le 16 septembre 2006, Peter A. Thiel, co-fondateur du système de paiement électronique PayPal, annonça la donation de 3,5 millions de dollars à la Methuselah Foundation « pour soutenir la recherche scientifique sur la réduction puis l’inversion des handicaps causés par le vieillissement »[6]

En 2007, Aubrey de Grey et sa théorie ont été l’objet d’un article critique de la revue Technology Review du MIT.

Cette même année, il écrivit un livre, Ending Aging, avec Michael Rae, qui résume les enjeux scientifiques, politiques et sociaux du projet SENS[7].

Les sept causes de vieillissement selon Aubrey de Grey

Mutations nucléaires et épigénétiques cancérigènes

Au cours de la vie, des mutations interviennent au niveau de l’ADN nucléaire contenant l’information génétique humaine, ainsi qu’au niveau des protéines qui relient cet ADN. Certaines de ces mutations peuvent déclencher des cancers et, selon Aubrey de Grey, les mutations nucléaires et épigénétiques non cancérigènes ne contribuent pas au vieillissement. Les mutations cancérigènes doivent donc être combattues.

Mutations mitochondriales

Les mitochondries sont des organites cellulaires qui jouent un rôle important dans la production d’énergie et qui contiennent également leur propre ADN, dit ADN mitochondrial. Des mutations de cet ADN peuvent remettre en jeu le fonctionnement d’une cellule. Selon de Grey, ces mutations sont une des causes du vieillissement.

Déchets intracellulaires

Le fonctionnement des cellules implique la fabrication et la consommation de protéines et d’autres molécules qui peuvent devenir inutiles, voire dangereuses. Les molécules qui ne peuvent pas être éliminées deviennent des déchets qui s’accumulent dans les cellules. L’athérosclérose et des maladies neuro-dégénératives comme la maladie d’Alzheimer pourraient provenir de ce phénomène.

Déchets extracellulaires

Les déchets de protéines peuvent également s’accumuler entre les cellules. La plaque amyloïde observée au niveau du cerveau chez les patients atteints d’Alzheimer pourrait être le résultat d’une accumulation de déchets.

Perte de cellules

Certaines cellules ne se remplacent pas, ou se remplacent très lentement, trop lentement pour compenser les pertes. Cette décroissance progressive du nombre de cellules rend le cœur fragile et cause également des maladies comme la maladie de Parkinson et fragilise le système immunitaire.

Sénescence cellulaire

Ce terme désigne des cellules qui ne se divisent plus, mais qui ne meurent pas pour laisser d’autres cellules les remplacer. Elles pourraient également connaître des dysfonctionnements, par exemple secréter des substances dangereuses. Le diabète de type 2 serait issu de problèmes de sénescence cellulaire.

Connecteurs extracellulaires

Les cellules sont tenues entre elles par des protéines de liaison. Quand il y a trop de connecteurs entre les cellules d’un tissu, le tissu peut perdre de son élasticité, et serait à l’origine de problèmes comme la presbytie[5].

Publication

Anecdote

Aubrey de Grey est aussi champion d’Othello et organisateur de tournois de ce jeu (il a notamment co-organisé le championnat du monde 2004 de la discipline)[8].

Notes et références

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Indexation génétique

Author:  |  Category: Général

999 $. C’est le prix que vous coûtera donc une analyse complète de votre ADN par la société de la femme de Serguei Brin, “23 and Me”, société dans laquelle les investissements (financiers notamment) de Google sont très importants. Résultat : ce séquençage personnalisé vous permettra de connaître votre “histoire génétique” (pourquoi pas) ainsi que les risques soi-disant encourus de contracter telle ou telle maladie génétique ou cardio-vasculaire (houlà …). Les billets de Techcrunch et la dépêche de Reuters sont suffisamment éloquents comme le montre cet extrait de la dernière :

* “La mission de 23andMe est de porter la révolution de la génétique sur un nouveau terrain en proposant un service sur internet sûr, grâce auquel les gens peuvent explorer, partager et mieux comprendre leur données génétiques”, a déclaré Linda Avey, l’une des fondatrices de 23andMe. Les personnes sollicitant un test peuvent choisir d’en savoir plus sur leurs risques de développer certains types de cancers, la maladie d’Alzheimer, des diabètes ou autres types d’affections et peuvent être mis en relation par la société avec un conseiller en génétique.”

Voilà voilà …  Voyons donc un peu au-delà, maintenant que le service est lancé et qu’il dispose de ses premiers clients, de quoi il retourne …
L’intérêt de l’alliance avec Google pour la firme 23andMe est double et à double sens : pour 23andMe, et même si tout cela n’est pas clairement indiqué, c’est la possibilité offerte de s’appuyer sur la puissance de calcul la plus puissante de la planète et d’enterrer la concurrence sur ce genre de services (très gourmand en capacité de calcul). Mais c’est pour Google que l’intérêt est probablement le plus stratégique.

* Inutile de vous resservir le couplet sur la maîtrise totale que cette firme est en train d’opérer sur des pans entiers de nos vies. Ajoutez-y simplement désormais la possibilité de connaître, en plus de tout le reste, rien moins que votre code génétique. Il est désormais facile d’imaginer qu’un client de 23andMe “génétiquement indexé” pourra voir s’afficher dans Google des publicités personnalisées pour des médicaments permettant de lutter contre la maladie d’Alzheimer s’il est supposé avoir des facteurs de risques, ou sur toute autre chose encore.
* l’autre intérêt c’est l’inscription de ce partenariat “génétique” dans le cadre de l’ambitieux projet Google Health. Un projet auquel les deux fondateurs sont très maritalement sensibilisés (Serguei Brin ayant donc épousé Anne Wojcicki – fondatrice de 23andMe- et Larry Page venant de convoler en justes noces avec une étudiante … en médecine). Si Google peut sur ce créneau apparaître légèrement en retard vis à vis de son concurrent direct Microsoft (qui a déjà lancé son service HealthVault), le lancement de Google Health est désormais annoncé pour le premier trimestre 2008 et les copies d’écran sont déjà disponibles (voir aussi cet article d’InformationWeek). Est-il bien nécessaire de rappeler que le marché de la santé est gigantesque  …

Donc ?
Donc les risques de dérives sont tout simplement à la hauteur des enjeux financiers : colossaux.
Donc plus que jamais l’homme est un document comme les autres. Sa dimension sociale était déjà largement transparente pour les moteurs, c’est désormais son code (génétique) même qui le devient.

(Source complète, initiale et absolument incontournable : l’article de Wired et la vidéo d’entretien avec les deux PDG de 23andMe.)

La grenouille

Author:  |  Category: freemen

grenouille-colore

Le principe de la grenouille chauffée.

Imaginez une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille.
Le feu est allumé sous la marmite, l’eau chauffe doucement.
Elle est bientôt tiède.
La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager.
La température continue à grimper.
L’eau est maintenant chaude.
C’est un peu plus que n’apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s’affole pas pour autant.
L’eau est cette fois vraiment chaude.
La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s’est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien.
La température continue à monter jusqu ‘au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais avoir fait quelque chose pour s’extraire de la marmite.
Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée aussitôt de la marmite.

Cette expérience montre que, lorsqu’un changement s’effectue d’une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte “.
Si nous regardons ce qui se passe dans notre société depuis quelques décennies, nous subissons une lente dérive à laquelle nous nous habituons.
Des tas de choses qui nous auraient horrifiés il y a 20, 30 ou 40 ans, ont été peu à peu banalisées, édulcorées, et nous dérangent mollement à ce jour, ou laissent carrément indifférents la plupart des gens.
AU NOM DU PROGRES et de la science, les pires atteintes aux libertés individuelles, à la dignité du vivant, à l’intégrité de la nature, à sa beauté et au bonheur de vivre, s’effectuent lentement et inexorablement avec la complicité constante des victimes, ignorantes ou démunies.
Les noirs tableaux annoncés pour l’avenir, au lieu de susciter des réactions et des mesures préventives, ne font que préparer psychologiquement le peuple à accepter des conditions de vie décadentes, voire DRAMATIQUES.

Le GAVAGE PERMANENT d’informations de la part des médias sature les cerveaux – qui n’arrivent plus à faire la part des choses entre le réel et le virtuel, entre les films et la réalité.
L’énergie nucléaire, les engrais chimiques, les clonages, le génie génétique, ont grignoté progressivement notre libre arbitre au point qu’il est devenu ILLEGAL de vouloir manger bio, condamnable de vouloir échapper aux vaccinations.
Verchip, microprocesseurs, de la taille d’un grain de riz, mises au point par la société Applied Digital Solutions, en Floride.
Ces puces sont implantées sous la peau et émettent un signal lisible par un décodeur spécial qui identifie tous nos paramètres sociaux, médicaux et autres … Les malades en sont les premiers ” bénéficiaires ” aux Etats-Unis.
L’implantation coûte 200 dollars, plus 19 dollars d’abonnement mensuel pour l’entretien des bases de données.
Nos enfants seront la prochaine cible.
Pratique, n’est ce pas ? Et puis bientôt, CEUX QUI REFUSERONT perdront l’accès aux établissements publics, aux autoroutes, aux banques, sur les routes, la police vérifiera si vous avez bien votre puce et si elle est à jour.

Big brother !!! quoi !!!

Alors, si vous n’êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuits, donnez le coup de patte salutaire avant qu’il ne soit trop tard ”

Je ne suis pas une grenouille et vous ???